D.O.A.

(21/08/2013 by Spermufle)

Le militantisme est une tâche ingrate, tout le monde en convient. Quoique… Ce truisme mérite d’être nuancé. Le militantisme n’est ingrat que si la cause représente la vraie finalité, et non un moyen au service d’ambitions personnelles. Celles-ci peuvent être matérielles ou tout simplement narcissiques. Au passage, big up à tous les humanisto-vertueux qui se donnent une contenance de « mec bien », pensent dans les clous, s’indignent comme il faut, luttent contre leur misère sexuelle et éventuellement contre la misère tout court. Dans ce cas de figure, peu importe si les idéaux se concrétisent par une transformation sociale, l’action militante est par nature gratifiante à court terme. Elle devient alors une guignolade semblable à celle des philosophes imposteurs brocardés quelques mois plus tôt par Octave Mol.

Les psycho-évolutionnistes prétendent que les rapports de force sont indépassables, y compris par l'éducation

Les psycho-évolutionnistes prétendent que les rapports de force sont indépassables, y compris par l’éducation

D’autres militants prennent leur tâche bien plus au sérieux, tout en ayant conscience de son caractère possiblement vain. La plupart ne verront pas la mise en application de leur modèle de société ; d’autres n’en constateront même jamais les prémices. Certaines causes sont encore plus ingrates que d’autres. Celles qui touchent à l’intime, par exemple. Au rapport à l’autre, à son corps, à sa culpabilité, à son ego en somme, ce qui explique la résistance face à des discours qui décrivent une réalité déplaisante.

Certains contradicteurs prétendent oeuvrer pour le bien commun ; ils sont exclusivement guidés par la sauvegarde de leur posture valorisante d’un point de vue narcissique (et éventuellement pécuniaire). D’où cette tendance risible à ne pas incarner les idéaux qu’ils promeuvent, à se définir par leur posture et non leurs actes, et brandir à la face du monde ce masque social. La discussion est délicate avec ces contradicteurs, otages d’un ego à fleur de peau, qui recourent au déni, au chantage affectif, à la diabolisation et parfois la menace explicite. Quiconque tente de voir ce que dissimule le masque social est honni sur-le-champ : malheur à celui qui découvre le gros rat faisandé planqué sous le tapis.

Sans flatter sa croupe, pas moyen d'obtenir quoi que ce soit d'autrui

Sans flatter sa croupe, pas moyen d’obtenir quoi que ce soit d’autrui

Dans une société régie par l’ego et les rapports de force, ces contradicteurs suscitent une adhésion massive. Il est triste de constater que même dans les milieux égalitaristes, censés déconstruire les rapports de domination, c’est celui qui gueule le plus fort qui se montre le plus convaincant. La colère, l’indignation, viennent ainsi se substituer à une argumentation dépassionnée ; l’on voit davantage des egos s’entrechoquer sous les yeux de spectateurs ne concevant pas un seul instant qu’un fonctionnement alternatif est possible.

Une civilisation qui érige l’orgueil en vertu cardinale, qui promeut le ménagement des egos coûte que coûte comme principe de savoir-vivre, mérite l’anéantissement imédiat. Elle ne peut donner lieu qu’à des rapports de force permanents, qui se logent dans tous les domaines possibles, même ceux qui devraient en théorie être préservés (éducation, rapports affectifs, etc). Inutile de dire que je suis un partisan de la guerre, de la pollution (chaque soir, je brûle d’ailleurs vingt litres de kérosène sur mon balcon pour le plaisir) et j’encourage la propagation des MST. Il m’arrive souvent de regretter le discernement de Stanislav Ievgrafovitch Petrov, sans lequel la IIIè Guerre Mondiale aurait éclaté et offert à l’humanité le destin qu’elle mérite.

De temps à autres, il m’arrive néanmoins de croiser des individus atypiques. Avec lesquels il est possible d’établir des liens d’une nature à la fois singulière et rafraîchissante. Capables d’une sincère remise en question (qui n’a rien en commun avec sa version dévoyée, le repentir), de faire face à leurs responsabilités (sans ressentir son avatar pathologique, la culpabilité) et d’écarter la tyrannie de l’émotion pour développer leur faculté d’analyse, ils apportent énormément à leur entourage. Allons plus loin : ils rendent le monde meilleur.

Les plus belles rencontrent surviennent le plus souvent par hasard

Les plus belles rencontrent surviennent le plus souvent par hasard

Avec eux, il est possible d’établir des liens affectifs ne reposant pas sur une association de complaisance mutuelle (autrement dit un pacte de non-agression), et de sortir de la logique des rapports de force. Aucun sujet n’est tabou, peu de choses les choquent (malgré un passif traumatique parfois accablant), et l’ego n’imprègne que modérément leur rapport à l’autre. L’auto-dérision est possible, de même que le cynisme, rien n’est donc durablement tragique. Ils ne perçoivent pas le désaccord comme une intolérable remise en question et les échanges sont authentiques, féconds, non-superficiels car l’ombre du « vrai tyran » ne plane pas sur eux.

Au contact de pareils individus, je me surprends parfois à retrouver l’optimisme. Tout n’est pas perdu, me dis-je, et surgissent soudain des fantasmes philanthropes, où ces individus d’exception recruteraient des homologues à des fins reproductives. De la fusion de leurs gamètes naîtrait une humanité bien plus enthousiasmante et qui mériterait qu’on la défende.

Artémise, ceci est une Déclaration Officielle d’Amitié.

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Amour

(21/07/2013 by Artémise)

(Avant-propos de Spermufle : ces derniers jours, Artémise m’a proprement pété les roustapanos pour que soit publié un texte issu de sa correspondance d’autrefois. Elle a même proféré de sérieuses menaces, comme par exemple de me « défoncer la gueule à coups de para coquées et de barres de fer » – à moins que je ne la confonde avec une autre. Bref, si le cadre relationnel évoqué ici est désormais obsolète, le discours conserve cependant toute sa pertinence).

Forme d'amour #1 : l'amour charnel

Forme d’amour #1 : l’amour charnel

Quand on parle d’amour, il est courant de dire à l’être aimé « Je ne pourrais pas vivre sans toi ».

Cette attendrissante déclaration (que je reconnais sans peine avoir, avec toi, maintes fois reprise à mon compte), sous couvert d’exprimer une profonde (et vitale) dépendance affective, n’est ni plus ni moins qu’un banal chantage au suicide.

Ainsi l’on nie tout intérêt à vivre pour soi, par soi, en tant qu’être indépendant et responsable. C’est aussi très égoïste car cela revient à se décharger de notre fardeau existentiel sur un Autre qui, même s’il est à nos yeux un être suffisamment exceptionnel pour mériter un tel cadeau (empoisonné) a déjà assez bien à faire avec le sien.

Forme d'amour #2 : la dépendance

Forme d’amour #2 : la dépendance

C’est assez fou de constater à quel point cette phrase est souvent exprimée, et avec force conviction s’il vous plaît. C’est fou parce que les passages à l’acte, en plus d’être d’une rareté remarquable (comparée à la fréquence de cette « promesse ») se révèlent quasiment toujours être motivées par des envies de suicide bien réelles et antérieures à la relation amoureuse en question.

En somme, il semblerait que l’on se décharge, avec en plus l’avantage indéniable de le faire soi-disant au nom d’un sentiment sacré de toute responsabilité : celle de choisir de vivre (on vit pour l’autre), comme celle de choisir de mourir (on meurt à cause de l’autre).

Donc on donne l’impression de faire un inestimable cadeau à l’objet de notre amour (facile, valorisante, confortable attitude) alors qu’en réalité nous mettons entre ses mains une chose qui a bien peu d’intérêt à nos yeux : notre propre vie, et nous le faisons précisément parce que nous tentons de lui trouver coûte que coûte un sens. Est-ce si généreux et noble d’offrir quelque chose qui n’a, à nos yeux, ni de sens ni d’intérêt ?

Forme d'amour #3 : l'amour vache

Forme d’amour #3 : l’amour vache

 

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Je passe mon Tour

(07/07/2013 by Spermufle)

Ca y est. La météo s’est enfin alignée sur le calendrier pour proposer un été digne de ce nom. Et qui dit été dit Tour de France, l’un des évènements incontournables de l’année, même si mes proches n’adhèrent pas particulièrement au propos (j’explique pourtant ici, de manière implacable, pourquoi le cyclisme est un sport passionnant).

Le public du cyclisme est effectivement plutôt âgé

Le public du cyclisme est effectivement plutôt âgé

L’on m’objecte souvent que la course est d’un ennui mortel. Il n’y aurait rien d’autre à voir que la longue procession d’un peloton bariolé, par ailleurs dopé jusqu’au trognon, ce qui entacherait la régularité de l’épreuve. Constat sévère qui décrit, hélas, assez bien la réalité.

Pourtant, et même si je peine à le faire comprendre autour de moi, le tableau n’a pas toujours été aussi sombre. L’un des derniers tours disputé sans dopage « moderne », c’est à dire sans recours aux produits type EPO et successeurs, était par exemple très animé. Dix étapes étaient alors organisées dans le nord de la France, sur terrain plat, ce qui n’empêchait nullement une course de mouvement. Les sprints massifs étaient rares, les échappées souvent victorieuses, et il arrivait même que des favoris exploitent le moindre petit relief pour distancer le peloton. En montagne, les meilleurs se dégageaient très vite ; on assistait à des luttes d’homme à homme, et non pas à des confrontations entre équipes aux coureurs interchangeables. En somme, la course était particulièrement spectaculaire d’un point de vue dramaturgique.

La physionomie de l’épreuve a évolué en très peu de temps. Quelques années ont suffi pour que les performances s’élèvent de 10%, gain attribuable à la diffusion de l’EPO d’après les experts (à tel point que dans les années 1993-94, les coureurs arrivaient systématiquement avec une heure d’avance sur l’horaire prévu). A mesure que la vitesse s’élève, l’abri aérodynamique revêt davantage d’importance. Par conséquent, à partir du début des années 90, les échappées ont été quasi-systématiquement condamnées sur terrain plat, occasionnant presque à tous les coups un sprint massif. Autrefois économes de leurs efforts, les équipes de sprinteurs se sont mises à effectuer des rallyes de près de 100km, et à cadenasser quotidiennement la course. Les finisseurs comme Nijdam, Skibby, Ekimov, ou encore Thierry Marie, sont soudain devenus incapables de jaillir du peloton près de l’arrivée. La course est également devenue insipide en montagne, où les grimpeurs poids plume ont subi la loi de puissants rouleurs métamorphosés (Indurain, Riis, etc). Phénomène étrange : les équipiers des leaders, autrefois rapidement décramponnés, se sont soudain montrés plus efficaces que les très bon grimpeurs du peloton. Adieu les longues chevauchées impromptues ou les stratégies élaborées, place aux étapes prévisbles, où les rouleurs mènent un train d’enfer, éliminant les concurrents par l’arrière, et où la décision se fait toujours dans la dernière montée.

En d’autres termes, le Tour de France ressemble désormais à une succession de Grands Prix de Formule 1 sans le moindre dépassement, ou alors à une phase finale de Coupe du Monde où tous les matches se termineraient par un bon vieux 0-0 tirs aux buts.

Oiseaux de mauvaise augure annonçant la mort du Tour de France

Oiseaux de mauvaise augure annonçant la mort du Tour de France

Suite aux scandales ayant émaillé l’actualité cycliste depuis quinze ans, la promotion du Tour de France s’articule chaque année autour d’un axe majeur : « Le dopage ? Autrefois oui, mais cette fois-ci, c’est un phénomène marginal, juste une affaire de quelques brebis galeyses ». En 2011, les performances inhabituellement basses enregistrées en montagne ont laissé croire que les coureurs tournaient désormais à l’eau claire. Et pourtant… D’une part, la tendance s’est inversée en 2012, et encore davantage cette année (suspicions sérieuses autour des Sky et des Europcar par exemple), d’autre part, le dopage n’est pas circonscrit aux grimpeurs. Si elle était réellement « propre », la course dans son ensemble aurait retrouvé la physionomie des années pré-EPO. Or, que peut-on constater ? Que les étapes de plaine obéissent au scénario habituel, similaire à celui des années 90-2000. En résulte un ennui aux proportions insensées, accentué par le parti pris du diffuseur (France 2). Comme le signale mon camarade Jérôme, « Le Tour, maintenant, c’est un épisode des Racines et des Ailes avec, parfois, des gars qui pédalent ».

Paradoxalement, les images du Tour s’exportent de mieux en mieux,, et ce, grâce à l’internationalisation du peloton. Autrefois l’apanage des Français, Belges, Hollandais, Italiens et Espagnols, le cyclisme attire désormais Allemands, Scandinaves, Slaves et Anglo-Saxons dans leur ensemble. Le schéma est à tous les coups identique : un coureur-pionnier originaire d’un pays « atypique » obtient quelques succès, puis déclenche l’adhésion massive de ses compatriotes (drainant une flopée de sponsors au passage). La fibre patriotique est ainsi le plus puissant vecteur de diffusion internationale et donc du développement économique du cyclisme. Enfin, jusqu’à ce qu’un scandale éclate et affecte la crédibilité de l’épreuve. Songeons à l’édition 2007, lorsque les chaînes Allemandes ZDF et ARD ont retiré le cyclisme des antennes et entraîné dans leur sillage les sponsors (trois équipes Teutonnes dans le peloton en 2007, aucune aujourd’hui). Trajectoire funeste également empruntée par les Italiens (onze équipes en Première Division en 1996, plus que deux aujourd’hui), de même que les Espagnols (réduction drastique du nombre d’équipes professionnelles).

Bientôt, le Tour de France passera par ici

Bientôt, le Tour de France passera par ici

L’emballement des nouvelles « niches commerciales » du cyclisme risque fort d’être fugace. A la moindre affaire impliquant Sky (Britannique), BMC (Américaine) ou Orica (Australienne), le sport cycliste dans son ensemble sera durablement discrédité dans ces pays; et le krach économique inévitable. La stratégie du déni face au dopage, visible dans l’affaire Armstrong (les autorités, l’UCI en tête, ont fermé les yeux car le champion US facilitait la conquête de la cible Américaine), est donc suicidaire à moyen terme. Le Tour de France deviendra bientôt un gouffre financier, une épreuve déjà ringardisée dans son propre pays, et qui peinera à renouveler son audience faute de proposer un spectacle intéressant. On observe ainsi que la moyenne d’âge des téléspectateurs, déjà élevée, est globalement en baisse depuis dix ans, et l’on perd 20% d’entre eux en moyenne lorsque la course est plus figée qu’à l’accoutumée.

Restituer sa dimension dramaturgique au sport cycliste est donc indispensable et dans cette optique, la lutte contre le dopage est une nécessité. Puisque l’éthique et l’enjeu de santé publique ne semblent guère mobiliser les acteurs du sport (la domination des Sky évoque furieusement celle des US Postal d’il y a dix ans), il faudra plus certainement faire appel à leur pragmatisme. Moins de dopage = course plus intéressante = toujours plus d’oseille à se faire.

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Bêtisier

(30/06/2013 by Spermufle)

Si d’un point de vue météorologique, l’arrivée de l’été n’en finit plus d’être imminente, le calendrier est néanmoins formel : il est temps de partir en vacances. Ce qui est valable pour les écoliers l’est également pour les blogueurs. C’est donc un billet strictement récréatif que je vous propose, qui recense, captures d’écran à l’appui, les requêtes les plus cocasses aboutissant ici.

Les stats fournies par WordPress (l’hébergeur) montrent que la problématique sexuelle anime de nombreux visiteurs. La plupart semblent assez inoffensifs et l’on peut même saluer leur crédibilité libidinale :

77

balai

michel

minou

pompe

silicone

vaginou

ummites

La dernière requête m’inspire une perplexité totale. Non seulement les Ummites sont un peuple extra-terrestre fictif (issu du canular ufologique le plus élaboré de l’Histoire), mais d’après la mythologie dédiée, ils ont renoncé à la reproduction sexuée depuis des millénaires. Pauvre homme contraint à errer indéfiniment sur Internet, à la recherche d’un shoot pornographique que jamais il ne trouvera…

D’autres visiteurs paraissent déjà moins choupinets, comme en témoigne cette capture d’écran :

asiatique

De toute évidence, cet individu est venu consulter Octave Mol, une sommité mondiale en matière de sexe inter-ethnique.

Il arrive parfois que des égarés aboutissent sur ce blog, en quête de réponses que nul ici ne peut leur apporter. Moi et mes camarades confessons volontiers nos limites, aussi bien en physiologie,

foot

qu’en ethnologie.

reunion

.Un autre visiteur nous a soumis une question pertinente :

mac

Je crois qu’il est très important de fournir une réponse à ce Monsieur. De nos jours, on ne soutient pas assez les petits entrepreneurs ; faute de compétences en management et en ressources (in)humaines, cet artisan proxénète risque de mettre la clef sous la porte. Plusieurs dizaines de travailleuses du sexe pourraient à nouveau arpenter le trottoir, au péril de leur vie, alors qu’elles seraient – et c’est bien connu, tout le monde le répète inlassablement – nettement plus en sécurité dans un bordel quelconque.

Et qui sait, peut-être devrions-nous le mettre en rapport avec ce client ?

fkk

Certains visiteurs sont manifestement en proie à la plus vive agitation :

faute

boulogne

homo

J’espère qu’au fil de leur lecture, ils auront trouvé ici un apaisement au moins relatif. 

Quelques-uns ont atteint un stade supérieur dans la perversité,

ovinou

dingo

dissection

Et il faut espérer que ces individus ne traduisent jamais leurs fantasmes en acte. Surtout celui-ci :

bebe

Qui mériterait une bonne perquisition avec saisie du disque dur.

N’allez toutefois pas conclure que seul l’ignoble nous attend, lorsque moi et mes camarades consultons les stats de fréquentation. Au contraire, le hasard nous adresse un clin d’oeil et nous confirme que nous sommes dans le vrai :

connerie

_______________________________________________________________________

Tout en vous souhaitant de délicieuses vacances, j’attire votre attention sur ce projet littéraire singulier qui mérite, à n’en pas douter, un financement.

 

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Mourir pour des idées. Vraiment ?

(18/06/2013 by Spermufle)

Ces derniers jours, un fait divers navrant s’est produit à Paris. Clément Méric, un militant anti-fasciste à peine sorti de l’adolescence, a été rossé mortellement par Esteban Morillo, un bonehead  lui aussi à peine majeur, à l’occasion d’une braderie.

Malgré une connaissance fragmentaire des faits, les réseaux gaucho-sociaux ont immédiatement instrumentalisé l’affaire Méric à des fins diverses, telles que la propagande militante (le terme de « propagande » n’a rien de péjoratif ; nous nous livrons ici-même à une propagande Prosti-Abolitionniste), ou encore le règlement de comptes personnels, voire dans certains cas l’appel aux armes. Pour ces individus, l’affaire est instruite et jugée d’avance : la victime était un paisible militant lâchement assassiné par des fascistes ivres de haine et de fanatisme. Cet article est ainsi très significatif. Manifestement, l’auteur est loin d’être un Harpagon du cliché : « ventre fécond de la bête immonde », « citoyen du monde » (affirmation qui tombe comme un cheveu sur la soupe, et qui repose sur un concept vague au possible : Gérard Depardieu se targue, lui aussi, d’être un « citoyen du monde »). Même « les heures les plus sombres de notre Histoire » sont subtilement évoquées au travers d’une allusion à un DST consacré aux années 30.

Deux semaines plus tard, à la faveur d’un peu de recul, on réalise que la réalité est plus complexe que ne le suggéraient les premiers tweets enfiévrés. Selon des sources concordantes, les militants anti-fascistes ont injurié puis défié un groupe de boneheads. Ces derniers ont appelé du renfort, parmi lesquels figuraient le futur meurtrier de Clément Méric. En d’autres termes, ces fascistes n’étaient aucunement en train de se livrer à une ratonnade, ou tout autre acte justifiant un usage impérieux de la violence.

La Bête Immonde est revenue !

La Bête Immonde est revenue !

Au passage, on ne peut s’empêcher de relever l’inertie des autorités au sujet du meurtrier. Le combo port d’armes + militantisme belliqueux aurait nécessairement dû mettre sur la piste d’un problème psychiatrique justifiant un suivi. Un tel profil est capable à tout instant d’un passage à l’acte violent, voire meurtrier, et je doute que sa pathologie soit circonscrite au champ politique. Cette désinvolture des autorités est également observable dans les cas de violence domestique ou toute autre forme de brutalité criminelle, et elles ne réagissent bien souvent qu’une fois le pire survenu. On peut également relever la promptitude à l’indignation d’un certain nombre de gaucho-militants, qui pratiquent ici une hiérarchie de la victimisation (la mort d’un « camarade » crée davantage de remous que celle d’un flic, voire d’un citoyen lambda), alors qu’ils n’ont de cesse de proclamer leur dégoût lorsque les médias s’émeuvent davantage de la mort d’Occidentaux au détriment de victimes Africaines ou Moyen-Orientales. En somme ces militants se vautrent dans une turpitude qu’ils dénoncent par ailleurs. Rien de plus logique : les propagandistes de chaque camp instrumentalisent les morts à leur guise (ici Clément Méric, à l’autre bord, un flic lambda). Notons enfin que la posture virilo-martiale de certains groupuscules anti-fascistes (tenue caractéristique qu’il faut bien appeler un uniforme, esthétisation de la violence, dialectique soumis-lopettes vs rebelles-qui-en-ont-dans-le-pantalon, etc.) ne pose aucun problème de conscience aux Féministes qui les soutiennent.

Supposons un instant que Clément Méric et ses camarades aient eu le dessus dans cette bagarre : quels auraient été les résultats concrets d’une telle issue ? D’un point de vue militant, en quoi une raclée administrée aux boneheads aurait eu un quelconque impact sur l’opinion publique ? Le FN n’aurait perdu strictement aucun électeur ; nul Lepéniste n’aurait changé sa perception des minorités ethniques ou sexuelles. Les effectifs des mouvements fascistes n’auraient pas décru, pas plus que leur pouvoir de nuisance. Au mieux, Clément Méric et ses copains auraient savouré un triomphe narcissique, lié à la satisfaction d’avoir gagné une bataille (dérisoire) contre l’Ennemi. Celui-ci n’aurait pas manqué d’exercer des représailles massives à la première occasion, alimentant un cycle infini de violence et d’expéditions punitives, qui aurait incité l’opinion publique à renvoyer dos à dos Extrême-Droite et Extrême-Gauche.

Bref, la bagarre qui a entrainé la mort de Clément Méric est aussi absurde qu’inutile. Parmi tous ceux qui ont érigé ce jeune homme en martyr, je me demande combien encourageraient leur propre fils souffreteux (il était freluquet et se remettait d’une leucémie) à se battre avec des dingues pour des motifs strictement idéologiques. Défier un bonehead, c’est-à-dire un fêlé en guerre avec la Terre entière, alors qu’on n’est pas correctement outillé pour la baston, équivaut à se promener sur un terrain vague, un soir d’orage, abrité par un parapluie.

L’on trouvera peut-être que je suis particulièrement sévère à l’égard de la Gauche Radicale. Des esprits limités en concluront que je « manque de respect » à la mémoire du martyr ; il paraît même que mentionner l’absurdité de la bagarre qui a conduit à sa mort, l’imprudence de la victime, équivaut (selon une logique abominablement tordue) à un « Bien fait pour lui ! », voire à une inversion de culpabilité. D’autres, encore plus limités, manichéens, et dont le tempérament belliqueux n’attend que le premier prétexte pour se manifester, estimeront que je suis un propagandiste de l’autre bord. Pour ces individus, tous les moyens sont bons au nom d’une cause « juste », et quiconque ose prétendre le contraire est assimilé à un ennemi. A cet égard, la discussion entre contributeurs de Wikipedia sur la page dédiée à l’affaire (et citée plus haut) montre bien que ses initiateurs n’avaient aucunement l’intention de mettre cette affaire en perspective et la présenter avec neutralité, mais souhaitaient exclusivement créer un équivalent virtuel de la plaque commémorative. Comportement indécent d’individus incapables de faire face à la complexité du réel, et qui sont visiblement en quête de certitudes et d’un défouloir pour proclamer leur vertu et exprimer leur agressivité le cas échéant.

Ouvrez l'oeil : les Fascistes sont omniprésents

Ouvrez l’oeil : les Fascistes sont omniprésents

Certes, l’Extrême-Gauche et l’Extrême-Droite n’ont en théorie rien de commun. Et pourtant… Lorsque des idéaux nobles sont captés par des individus qui n’ont pas accompli leur « Révolution Intérieure », tout effort réellement progressiste est vain. La différence qui existe sur le papier n’est alors plus observable dans les faits. Artémise l’exprimait dans un récent commentaire au précédent billet, que je me permets de recopier :

Alors oui, bien sûr, tout le monde ne se comporte pas comme nous le décrivons dans l’article. Il y a les « meneurs », plus ou moins actifs, plus ou moins intransigeants et agressifs, ceux pour qui la cause féministe (ou une autre cause juste) n’est au final qu’un instrument leur permettant de justifier en toute circonstance leur comportement aberrant et moralement injustifiable (goût pour les rapports de force voir la tyrannie, besoin de se défouler sur des « ennemis »). Et puis il y a les autres, moins belliqueux et même pas du tout dans l’ensemble mais n’hésitant pas pour autant à justifier, soutenir sans réserve le comportement des premiers. Au final on va faire passer ces comportements pour une conséquence logique de l’engagement militant, de l’adhésion à des idéaux, alors même qu’ils relèvent plutôt de la personnalité, de problèmes personnels (refus total de remise en question, haine, ressentiment…).

Et le pire dans tout ça, ce que je trouve le plus fou, c’est que ce fonctionnement s’épanouisse sur le terreau d’idéaux égalitaires et non-violents. Il y comme un décalage, et c’est un euphémisme. Une personne violente, agressive et nourrissant de grands désirs de domination sera cohérente et plutôt logique si elle choisit d’adhérer à des causes prônant la violence, la haine de l’autre, les rapports de domination. Son comportement ne me semblera pas pour autant souhaitable mais au moins je lui reconnaîtrais une certaine lucidité et un certain courage à l’assumer au grand jour. Evidement il y aura aussi probablement une part de déni (« je suis violent pour la cause ») mais au final il sera moins hypocrite (« la cause doit être violente, la domination est juste, etc »). Ce texte s’inscrit, d’une manière générale, dans la lignée de « Violence pour tous »

Militant de Gauche se préparant à bouter le Fascisme hors de France

Militant de Gauche se préparant à bouter le Fascisme hors de France

Faute de l’avoir connu personnellement, j’ignore si Clément Méric faisait effectivement partie de ces individus éprouvant une fascination morbide pour la violence et les rapports de domination. En revanche, j’affirme qu’une frange non négligeable des « indignés » récents manifesteraient a minima une complaisance coupable en cas d’exactions « pour la bonne cause ». Si Esteban Morillo avait trouvé la mort, l’indignation aurait été nettement moins vive, et l’on aurait trouvé mille excuses à son meurtrier, un peu comme lorsqu’un flic est tué dans l’exercice de ses fonctions. Des tweets de jubilation seraient même assez probables, à la manière de ceux envoyés lorsqu’un torero se fait encorner dans l’arène.

Parvient-on à lutter efficacement contre le hooliganisme d’Extrême-Droite en créant des groupes de hooligans d’Extrême-Gauche, comme me l’expliquait un jour un membre du NPA ? Evidemment pas, on ne fait que créer un contexte où des morts absurdes et vaines sont inévitables. C’est exactement pareil avec l’action politique : si l’on ne renonce pas à la violence non-nécessaire, d’une part on ne se distingue guère de l’Ennemi (un des facteurs qui me font détester les fascistes, outre ceux cités plus haut, est leur désir d’imposer leurs vues par la force), d’autre part on envoie immanquablement à la catastrophe des jeunes gens tels que Clément Méric.

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Ceci est un renard

Vous l’aurez compris, mon ventre est lui aussi très fécond, et il a engendré à son tour une « bête immonde » à la lecture des réactions liées à l’affaire Méric. Et ce, pendant « une des heures les plus sombres » de la journée, puisqu’il est quatre heures du matin au moment où j’écris ces lignes.

Non-cordialement,

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Faire le Mur

(08/06/2013 by Artémise et Spermufle)

Connaissez-vous les Hoministes ? Ce mouvement fondé par le psychologue Canadien Yvon Dallaire, qui prétend n’avoir aucun lien de parenté avec le Masculinisme est en réalité son faux nez. Les thématiques abordées sur le site Hoministe ne laissent planer aucune ambiguïté : négation de l’existence du Plafond de verre , des statistiques portant sur la violence masculine dans un cadre conjugal, les paternités imposées, les fausses accusations de viol, les discriminations au travail dont seraient victimes les hommes, etc. L’argumentaire, qui prétend dépoussiérer les archétypes traditionnels de virilité, s’appuie naturellement sur les travaux des habituels M. Rufo ou A. Naouri. Ces deux macho-réactionnaires ne sont pas les seules références des Hoministes : on dénombre également quantité de femmes, telles que N. Polony, E. Badinter, B. Lahaye, D. Bombardier et bien entendu M. Iacub – caution d’autant plus précieuse qu’elle revendique l’étiquette de Féministe. Autant de femmes astucieusement invoquées malgré d’éventuelles divergences ; les Hoministes savent taire leurs désaccords avec leurs « alliées » quand il s’agit de diffuser leur propagande.

Le message ainsi distillé aux lecteurs naïfs est le suivant : la pensée Hoministe transcende les clivages sexuels ; hommes et femmes (bien intégrées d’un point de vue socio-professionnel et susceptibles de servir de modèles féminins) collaborent en vue d’établir une société pacifiée et respectueuse des différences – pas comme ces Féministes misandres, gauchisantes et perméables aux réflexes communautaristes Anglo-Saxons.

Folklore Masculiniste des années 70

Folklore Masculiniste des années 70

Ne nous le cachons pas : résultat d’une propagande bien rodée, c’est ainsi que les profanes perçoivent les Féministes. Y compris (et c’est l’un des effets les plus regrettables) auprès des femmes du commun, pas militantes mais raisonnablement conscientes de l’oppression patriarcale. N’avez-vous jamais entendu une femme de votre entourage proclamer : « Je ne suis pas Féministe car je n’ai rien contre les hommes, mais je suis pour telle mesure etc. » ?

Nos lecteurs sont désormais familiarisés avec nos prises de position abolitionnistes, lesquelles nous ont naturellement amené à évoluer dans le milieu Féministe. Nous avons pu découvrir qu’il n’avait rien de monolithique et n’était pas réductible à la caricature brossée par les Masculinistes. Les lignes de fracture sont nombreuses (« Sex-positives » vs RadFem entre autres, pour ce qui est du regard sur la prostitution), de même que les méthodes d’action militante. Quoi de commun entre une membre du Planing Familial, qui n’a probablement jamais lu Dworkin mais dont les efforts trouvent une traduction concrète et immédiate, et une théoricienne radicale pour qui l’Internet est le seul théâtre d’action ?

C’est auprès de ces dernières que nous avons principalement tenté de diffuser nos idées. Très rapidement, nous avons dû nous rendre à l’évidence : les Féministes radicales des Internets – que nous désignerons par l’acronyme de FRI dans cet article – ont peu en commun avec nous et peinent (c’est le moins qu’on puisse dire) à appréhender notre mode de fonctionnement. Depuis notre rencontre, à aucun moment l’un d’entre nous ne s’est posé en agent représentatif infaillible de sa catégorie (ex-prostituée et femme pour l’une ; ex-prostitueur et homme pour l’autre). En cas de désaccord, nul n’a jamais péremptoirement renvoyé l’autre à son étiquette avant de se draper dans sa dignité bafouée, ou dicté à l’autre quelle position il doit tenir sur tel sujet précis. Nos échanges nous ont permis de mieux nous comprendre mutuellement, tout simplement parce qu’aucun des deux n’a jamais cherché à asseoir sa suprématie sur l’autre – n’en déplaise à ceux qui perçoivent Artémise comme la « caution » de Spermufle, voire même une créature engendrée par son esprit fertile et pervers.

Il ne faut pas avoir la langue trop bien pendue chez les Féministes Radicales des Internets

Il ne faut pas avoir la langue trop bien pendue chez les Féministes Radicales des Internets

Nous pensions possible de débattre ainsi dans le milieu FRI. Cruelle déception : rares sont les interlocutrices fonctionnant de cette manière. Clairement, la plupart des déconstructrices qui égratignent les rapports de pouvoir dérivant du machisme ne souhaitent pas les abolir, mais plutôt de créer un microcosme où ils sont inversés au profit des dominés actuels.

L’un des instruments les plus retors pour y parvenir est l’accusation de splaining. Pour les lecteurs non-avertis, un splainer est un individu qui raisonne sur des problématiques qu’il ne maîtrise pas et qui est par conséquent à côté de ses pompes. Il peut s’agir par exemple d’un homme dépourvu d’empathie, qui ne verra pas le problème posé par les dragueurs lourdauds en milieu citadin, et à quel point leurs pratiques s’inscrivent dans la culture du viol. Le concept du splaining a donc son utilité ; le problème est qu’il est instrumentalisé à des fins de censure de toute opinion divergente en milieu FRI.

Ainsi, nous nous sommes très vite aperçus qu’un même discours (abolitionniste, que nous relayons ici-même depuis des mois) était perçu différemment en fonction de l’individu qui le portait. Spermufle, en tant qu’homme, est par essence moins crédible qu’Artémise. Peu importe son degré de compréhension du phénomène, une femme est jugée nécessairement plus légitime sur la question – surtout s’il s’agit d’une prostituée en activité. Ceci explique pourquoi bon nombre de FRI, qui n’ont qu’une connaissance superficielle de la prostitution, écoutent davantage ce qu’il faut bien appeler les conneries crypto-réglementaristes du STRASS que les propos d’un homme abolitionniste. Sur cette question (comme pour d’autres), l’accusation de splaining vient se substituer à tout effort d’argumentation. Entre autres, de sévères critiques ont été adressées à l’endroit d’hommes Féministes, l’un jugeant que les FEMEN discréditaient le mouvement, l’autre que les femmes au poil pubien désintégré sont asservies aux injonctions patriarcales. Ces deux hommes portent l’étiquette de l’ « oppresseur » ; pour une FRI, seule une « opprimée » est habilitée à juger de ce qui est bon pour la cause. La crédibilité d’un message est ainsi strictement hiérarchisée en fonction de l’étiquette portée par le messager.

Les schémas pré-conçus sont parfois inopérants pour restituer toute la complexité du réel

Les schémas pré-conçus sont parfois inopérants pour restituer toute la complexité du réel

Les abolitionnistes ne sont hélas pas épargné-e-s par cette tendance mortifère pour tout débat (puisqu’un périmètre de pensée est délimité et malheur à quiconque s’en éloigne – a fortiori s’il s’agit d’un homme). Nous avons ainsi par exemple pris connaissance, non sans perplexité, de ce qu’il faut bien appeler un « Manuel du bon allié des survivantes de la prostitution ».  Comment pousser les gens à la réflexion si on leur fournit un manuel de prêt-à-penser/agir ? Un bon militant serait-il avant tout un individu qui récite scrupuleusement une leçon ?

La prostitution n’est pas l’unique sujet où la plupart des FRI édictent ce qu’il faut bien appeler une ligne politique intangible. Comme il s’agit d’un milieu gagné par les thèses Intersectionnalistes (principe selon lequel il y aurait nécessairement convergences d’intérêts entre opprimé-e-s de catégories différentes), la question du racisme est fréquemment débattue. Là encore, un « Manuel de l’allié anti-raciste » existe et comporte un point essentiel : le terme de « racisme » doit être strictement réservé aux Blancs. Peu importe si on ne crée pas d’équivalence entre les différentes formes de racisme (celui des Blancs, systémique, a effectivement un impact socio-politique plus fort que celui à l’oeuvre parmi les minorités ethniques), quiconque évoque le phénomène du racisme anti-Blancs passe pour un agent perpétuant la domination Blanche (pratiquant au passage le whitesplaining). Pire encore : en milieu FRI, toute personne qui s’érige en représentant-e d’une catégorie opprimée (femmes, « racisé-e-s », homosexuel-les, transexuel-le-s, asexuel-le-s, etc.) est réputée avoir par essence raison face à un contradicteur issu d’une catégorie de privilégiés/dominants (surtout si la première défend ses positions avec une agressivité dont on ne tolérerait pas le dixième chez son interlocuteur). Tant pis si le débat porte sur un point marginal, comme par exemple la querelle sémantique mentionnée plus haut : celui qui s’éloigne de la ligne politique est sanctionné.

(Addendum : en définitive, l’usage du terme « racisme anti-Blancs » est épouvantablement maladroite. Il convient, tout simplement, de reconnaître que parfois des Blancs sont victimes de racisme. Le grand problème de la restriction de la définition du racisme à sa dimension institutionnelle est la perte d’une certaine logique. Ainsi, de ce point de vue, l’antisémitisme peut être envisagé comme une forme de racisme dans les années 30, mais pas de nos jours car il n’est pas institutionnel).

L’on s’aperçoit, en définitive, que le principe qui anime la pensée des FRI est le suivant : dans un conflit qui oppose un faible (celui qui porte l’étiquette de l’opprimé) à un fort (celui qui porte l’étiquette de l’oppresseur), elles donnent systématiquement raison au premier, sans égard pour le contexte. Etrange manière de défendre les opprimés que leur accorder l’absolution en toutes circonstances. Certaines phrases sont ainsi martelées dans ce milieu, comme par exemple « Le refus du manichéisme, c’est un moyen rhétorique trouvé par les dominants pour perpétuer l’oppression ». Comme si introduire de la nuance dans la pensée, décortiquer avec le plus de précision possible les choses, signifiait relativiser la domination. D’où des propos tels que « Contextualiser, c’est justifier. Expliquer, c’est légitimer » lisibles sur les TL (l’équivalent twittesque du mur sur Facebook) de certaines FRI. Propos qui n’ont rien à envier au sectarisme neuneu d’un obscur Conseiller Général UMP qui gloserait sur la délinquance.

Jack Facial, troll Masculiniste infiltré en milieu RadFem

Jack Facial, troll Masculiniste infiltré en milieu RadFem

Autre exemple : le traitement récemment réservé à un prostitueur handicapé sur un forum Féministe. Cet homme est certes, en tant que client des prostituées, un oppresseur. Néanmoins, rongé par la haine de soi et la culpabilité, il n’est clairement pas le pire d’entre eux (Artémise, qui a maintes fois croisé pareil profil, est formelle sur ce point). L’avoir traité comme s’il s’agissait d’un baiseur-pilonneur sans scrupules, adepte des FKK, fut non seulement inapproprié, mais également inefficace. Certains oppresseurs peuvent renoncer de leur plein gré à l’oppression (Spermufle est catégorique à ce propos) ; encore faut-il leur tenir un discours adéquat, ce qui est impossible si on oublie qu’il existe des nuances dans l’oppression. Tous les oppresseurs ne sont pas du même bois, et les réduire massivement à une caricature diabolisée (et sur laquelle on s’autorise à se défouler au nom de la bonne cause – et aussi sur Artémise qui a eu le malheur de ne pas suivre la ligne de  pensée) radicalise forcément ceux qui sont capables de lâcher du lest. Ne le perdons pas de vue au moment où le Législateur s’apprête à voter une loi « abolitionniste molle », de type symbolique, qui sera aisément contournée par tous les acteurs de la prostitution (proxos, clients, et prostituées indépendantes).

Ces quelques exemples montrent que le milieu FRI sécrète des règles entrant en totale contradiction avec l’idéal égalitariste dont se prévalent ses militant-es, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de cohérence aux yeux de l’extérieur. En outre, cette logique de hiérarchisation des interlocuteurs en fonction de l’étiquette a pour effet de scléroser les débats. La marge de manoeuvre des hommes y est étroite ; un « bon allié » doit répéter servilement le discours porté par les « opprimé-e-s », allant même parfois jusqu’au fayotage. Quant aux militantes théoriciennes, on s’aperçoit qu’à de rares exceptions près elles ne font que recycler des concepts RadFem Anglo-Saxons ; leur contribution personnelle, fruit d’une réflexion propre, reste limitée par la faute d’un conformisme pesant. En somme, et toutes proportions gardées, les FRI recréent tranquillement une petite R.D.A où les opposants sont sanctionnés (diabolisation par une étiquette infamante; comme par exemple celle de racisme), et où les blogs/forums sont à peu près interchangeables, le tout avec une prétention agaçante à détenir le monopole de la Vertu et du Juste.

Voilà ce qui arrive quand on confie un peu de pouvoir aux Forces du Bien

Voilà ce qui arrive quand on confie un peu de pouvoir aux Forces du Bien

Ces dérives peuvent paraître insignifiantes car elles n’ont pas la même portée socio-politique que le sexisme institutionnel. Effectivement, le machisme tue ; on ne peut pas en dire autant du Féminisme. En revanche, ce qui a jadis tué (et continuera de le faire), c’est une manière très précise d’exercer la politique, qui anime nombre de ces FRI dont il est question dans ce billet. Il est tout à fait évident que ces dernières se seraient parfaitement épanouies dans un contexte de type dictatorial, où les déviants sont diabolisés et dûment châtiés. Quoi de plus logique pour des individus qui évoquent sans cesse la nécessité de déconstruire… en oubliant sciemment d’appliquer cet idéal s’agissant de leur rapport à l’ego, et par conséquent au pouvoir

Prétendre que tout cela est sans conséquence, c’est oublier qu’il en va de la crédibilité du mouvement Féministe : ce n’est pas en se comportant comme les caricatures brossées par les Masculinistes (lesquels insinuent qu’une transition gynarchique est planifiée) qu’on affaiblit ces derniers. De plus, cette mentalité qu’il faut bien appeler tribaliste (repli sur une chapelle identitaire aux règles encore plus oppressives que celles du monde extérieur) est peu attractive pour le grand public, et donc l’électorat. On se condamne par avance à rester minoritaire, voire groupusculaire, ce qui réduit la possibilité d’exercer une influence politique. Faute de pouvoir convaincre la masse par une stratégie conciliatrice (comme le font les Masculinistes, cf premier paragraphe), le seul recours pour influencer le Législateur prend la forme du lobbyisme. Mais qu’adviendra-t-il lorsque la Gauche, débouché politique naturel des FRI, sera balayée en 2017, voire avant en cas de crise majeure, hypothèse vraisemblable ? C’est très simple : le pseudo-Féminisme à la Iacub/Polony écrabouillera le Féminisme Dworkinien.

P.S. : Ce billet a été conjointement rédigé par Spermufle et Artémise. Tant pis pour les règles en vigueur chez les FRI, qui stipulent que seule Artémise est fondée (en tant que femme) à émettre un avis à propos du militantisme Féministe.

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DU SANG, DES LARMES ET DU FOUTRE !!!

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Seule.

(09/05/2013 by Artémise)

Ce soir là j’ai craqué. Il faut dire que cela couvait depuis quelques jours déjà, cette sensation de gouffre noir où rien ne résonne jamais. Pourtant je n’aurais pas dû, puisqu’en apparence rien ne suggérait cet état de solitude extrême, cette certitude de n’être rien pour personne et donc de ne pas exister. On me « voyait », on « m’écoutait », on disait me « comprendre ». Moi, je n’arrivais pas à y croire et j’avais bien raison. Des gens avec leurs bruits et leurs mouvements, qui se regardent bouger et s’écoutent parler comme s’ils étaient les esclaves volontaires d’un infernal théâtre de masques, et je suis censée me contenter de cela ? Suis-je seulement moi même cela ?

La dissociation : à quinze ans je fixais le miroir sans me voir, sans me reconnaître et j’avais beau essayer de me convaincre que j’étais « là » je n’arrivais pas à me retrouver, mon reflet ne m’inspirait qu’un fort sentiment d’étrangeté mêlé d’incrédulité. Je m’étais perdue sans même comprendre comment. J’ai donc dû, comme l’homme invisible avec ses bandelettes, endosser un masque pour pallier à cette disparition, et dès lors je ne pouvais être aimée pour moi mais pour celui-ci, ce qui finalement revenait à me nier (encore). Pourtant il n’y avait rien d’autre en mon pouvoir que cette instinctive protection, c’était ça ou devenir tout à fait folle. Je n’ai peut être pas choisi le point de non-retour mais à cette époque, j’ai emprunté, sans m’en douter, un chemin qui allait s’avérer long et tortueux. Jack Griffin, donc, lorsqu’il enlève ses bandelettes, devient aux regards des autres un vrai monstre ; c’est ce que je pressentais fortement à mon sujet. S’en est fatalement suivie la mise en place et l’entretien de relations superficielles, et avec elles leur cortège d’avantages illusoires qui, aujourd’hui, me fait penser à ce qu’on peut vivre dans la prostitution. J’étais déjà une pute, éternelle GFE évoluant dans la prostitution affective, jolie jeune fille échange sécurité émotionnelle contre comédie de qualité. Cette comédie c’était aussi du silence, une forme de mensonge par omission et le meilleur moyen de me jeter la tête la première dans le puits sans fond de l’illusion de n’être pas seule, de briser le vide qui me rongeait en étant entourée.

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Et bien sûr il me fallait de la complaisance, beaucoup et en permanence, surtout que rien ne risque d’ébrécher ma fragile façade-muraille, alors même que je crevais d’envie qu’on m’aime pour moi. Impossible. On n’aime pas un monstre, on le rejette, on le fuit, quand on ne va pas jusqu’à tenter de lui faire payer ce qu’il est. Toute cette complaisance que je parvenais sans vraiment de peine à recueillir de mon entourage me rassurait tout en enterrant encore plus profondément mes chances de briser cette solitude, cet affreux manque découlant de la perte de moi-même. Elle me protège mais me nie. Cercle vicieux. Parfois cependant, une forme de « désir de solitude » passager traversait mon quotidien. Mais ça n’était qu’un dégoût des relations superficielles à des moments où je prenais intuitivement conscience de leur côté vain, s’ajoutant à l’usure d’être une personnalité hypothétique à laquelle je me conformais plus ou moins facilement et contre laquelle je ne pouvais que me rebeller, finalement. Je me repliais alors sur moi-même, c’est à dire sur du rien. Ou bien j’explosais, je fuyais par l’instabilité périlleuse, la prise d’alcool, de drogues, de risques. Il n’y avait pas d’issue, chaque manquement à mon besoin de complaisance était vécu comme une agression, quelque chose d’extrêmement violent qui me blessait à mort. Et le mépris, cet horrible mépris que j’osais à peine m’avouer, pour ceux qui prétendaient vouloir m’aimer moi, moi ce monstre que je méprisais au-delà de tout. Presque totalement incapable de la moindre confiance, ni envers moi ni qui que ce soit, trop risqué, trop fragilisée pour tenter volontairement ma chance et encaisser le moindre échec. Et persuadée que personne ne faisait ce qu’il fallait pour. Le pire dans tout ça c’est que je me croyais « forte » à louvoyer de la sorte, forte de cet acharnement à encaisser les évènements merdiques qui me tombaient en cascade sur le coin du coeur. Logique enchaînement de drames pour une personne qui non seulement ne sait pas se protéger réellement mais qui, en plus, met un point d’honneur à se mettre en danger tout en se condamnant à l’affronter seule. Fuite, silence et faux semblant. Déni de soi. Jusqu’à ce que je me rende compte, enfin, au bout d’un temps paraissant si long qu’il m’a semblé être l’équivalent de celui qu’Orphée a mis pour traverser les enfers et en revenir, que la force n’était pas de se « relever » de mes échecs mais de faire en sorte de ne pas, plus, plus jamais les reproduire.

Voilà ce que je ressentais. Voilà la deuxième moitié de mon adolescence et la première de ma vie de jeune adulte. « Et je suis censée me contenter de cela ? Suis-je seulement moi même cela ? ». Non, deux fois non. Aujourd’hui, grâce au travail que j’ai réussi à faire sur moi-même et à des rencontres propices qui m’ont aidé à prendre du recul, à y voir plus clair, aujourd’hui je me suis retrouvée. Je suis, tout simplement, et je sais que de monstre il n’y a jamais eu que dans ma tête. Le miroir me le confirme. Le temps aussi a joué son rôle d’ingrédient indispensable. Et si j’ai écrit ce texte je crois bien que c’est pour m’assurer, en me retournant une dernière fois sur lui, que ce cadavre que je me croyais condamné à traîner à ma suite pour sauver Eurydice, mon « moi » perdu, a définitivement disparu. Enfin seule.

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