Le pervers

(07/11/2013 by Artémise)

Il faisait nuit noire, le taxi m’a déposée devant l’enceinte du collège dont mon futur client est le concierge/homme à tout faire. C’est un homme maigre et passablement édenté qui m’ouvre la porte avant de me proposer de m’asseoir et de prendre un verre. Je suis venu pour un rdv « classique » d’une heure, une heure et demi maximum, mais il ne l’entend pas de cette oreille et je suis loin de chez moi, pas d’autre solution que de payer à nouveau 50 euros à un taxi pour repartir. Il veut parler. De lui, de moi, mais surtout de sa fille de 16 ans dont il me montre la chambre ainsi que des photos. « Elle est belle hein ? tu t’entendrais bien avec elle ». Il veut parler, longtemps, d’à quel point il aime sa fille, il veut aussi et surtout que je mette un de ses pyjamas. « Pour que tu sois plus à l’aise ». Je tente de refuser sous n’importe quel prétexte, d’embrayer sur le côté « physique » du rdv, rien n’y fait. Son truc, c’est que j’aille dans la salle de bain pour enfiler le t-shirt court et la culotte que sa fille met pour dormir quand elle est chez lui. Ce qu’il, veut c’est me voir vêtue comme cela pour me baiser. J’ai franchement la trouille, et c’est exactement pour cette raison que je m’exécute au lieu de tenter de me barrer. Il m’emmène dans sa chambre et tient à ce que je garde le t-shirt, imprégné du parfum de l’adolescente, pendant toute la durée de la passe. Et moi, je regarde ce père incestueux aller et venir entre mes cuisses complaisantes.

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3 commentaires pour Le pervers

  1. Belgarel dit :

    Ça fait un moment que j’ai pas commenté, mais je passe toujours régulièrement. Enchantée, Artémise.
    Tes dernières interventions me font réfléchir un peu. S’il te plaît, ne m’en veux pas trop si je dis des conneries ou si je dévie vraiment à côté de ce que l’article peut vouloir dire : je sais pas grand-chose sur la pross et l’abolitionnisme en-dehors de ce que je lis ici et sur mélange instable (ça suffit déjà à faire un beau casse-tête, même si ça ne donne qu’un aperçu très sommaire et réduit…)
    Par contre, tu peux me reprocher de tartiner des tartines de raisonnements trop carrés avec d’autres tartines. Et de relire mes tartines pour boucher les trous. Avec des tartines.

    Étrangement, ma réaction face à cette série d’articles (surtout pour les deux derniers) a moins été de me préoccuper de tes sentiments que de réfléchir aux personnes (presque « caractères », « types ») que tu décrivais. Forcément, s’il y a un client et une pross, qui est le plus intéressant ?
    Penser : « le puceau est dans une sale situation, j’ai pitié de lui » (un peu comme tu l’as fait), ou : « avec ce genre d’obsessions, le père passe peut-être à côté d’une vraie relation avec sa fille (dans la mesure où il est désireux d’assimiler une inconnue à sa fille, se persuadant que « vous vous entendriez bien », que de chercher à savoir qui tu es et comment ta fille te percevrait) ; mais il est probablement conscient de cette situation et recourt sans doute aux pross pour contrôler sa passion… » – rien que de penser cela, n’est-ce pas déjà oublier la prostituée qui est en train de nous parler ?
    (À ma décharge, il faut néanmoins reconnaître que l’organisation de tes articles invite à considérer avant tout des types clairement identifiés de clients.)

    Une autre chose qui m’as surprise, c’est le côté « décontracté » avec lequel les clients exposent leur intimité. Pas pour le puceau, bien sûr (il expose son intimité, mais pas de façon décontractée) – mais les deux autres, et en particulier ce père qui te fait comprendre l’inavouable, qui te l’avoue de façon on ne peut plus claire. Bon, je dis « décontracté » même si je n’étais pas là pendant la discussion ni dans sa tête ; mais le fait est qu’il te montre son endroit le plus vulnérable. Il te fait rentrer chez lui, dans sa maison et sur son lieu de travail, il te montre sa famille, et surtout, te confie l’ultime tabou, son fantasme le plus secret (en tout cas, il faut l’espérer). D’une certaine manière, en faisant ça, en toute logique, il te donne sur sa vie des informations précieuses, et un pouvoir terrible.
    Mais c’est là que c’est incroyable : avec un tel pouvoir entre ses mains, la pross reste la dominée absolue. L’isolation, la menace physique, et surtout, le statut social et le rapport de force économique, couvrent les arrières du client, à court terme comme à long terme ; ils réduisent la prostituée au silence, et annihilent toute la valeur dudit secret. Ce statut social qui te fait comprendre et intérioriser que tu es tellement inférieure que tu n’as pas le droit de te rebeller, de juger, de refuser ; que même si on te donne une arme, ce n’est pas du tout un souci, puisque tu n’es rien, car tu es l’incarnation de la honte. La pross est condamnée à être spectatrice – ou non, moins de spectatrice, car un spectateur juge : la pross est un outil. Un objet. Ils le croient, ils lui imposent leurs propres projections de qui elle est, ils l’aliènent complètement : la pross ne peut plus rien faire, ni même penser, qui ne corresponde pas à leur désir. Dans la façon dont ils te regardent ; et dans la façon dont tu dois agir.

    Ce statut de la prostituée, dont je conçois mal encore comment précisément il peut être imposé à l’individu par la culture du milieu et du métier, est ce qui à mon sens explique aussi pourquoi le puceau et toi ne vous sentiez pas à votre place. Parce que la fameuse « expérience » de la pross inverse le rapport de force « naturel » de la prostitution. Le client doit être le dominant en tous points dans la relation* : le puceau tente d’assumer ce rôle sans se croire capable de bluffer, et toi tu ne sais pas quelle position adopter face à un demandeur de services si peu volontairement demandeur.

    * En relisant cette phrase, je me demande si je dis pas une bêtise et si ça s’applique à tous les clients…(Je ne pense pas aux masos/dominés, qui après tout ne font que définir les termes d’un jeu de rôle.)

    PS : ton article fait 270 mots. Mon commentaire en fait 780. Tout est dit ! 😛

    • Artémise dit :

      Tout ceci est assez confus… Si tu peux me le résumer de manière plus clair je tâcherai d’y répondre (si cela attend vraiment une réponse).

    • Artémise dit :

      En fait j’adhère tout à fait à la première partie de ton message : quand j’ai eu l’idée de composer cette série d' »EV », j’avais clairement en tête de brosser des petits portraits de clients par le biais de récits de passes, comment ils se présentent, se comportent… En gros, braquer le projecteur sur eux et non pas sur moi (ou sur les putes en général) et tenter de le mettre en perspective par rapport à l’activité prostitutionnelle. En essayant aussi d’être la plus réaliste et sincère possible. Du coup ta réaction (« ma réaction face à cette série d’articles (…) a moins été de me préoccuper de tes sentiments que de réfléchir aux personnes (presque « caractères », « types ») que tu décrivais ») est normale, je dirai même souhaitable.
      (Mais il est vrai que pour « l’automate » mon ressenti éclipse le portrait du client)

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