Automate

(05/11/2013 by Artémise)

Je l’entendais s’extasier sur mon ventre plat et mes 20 ans, la douceur de ma peau. Puis je l’ai vu ahaner sur mon corps, dans mon corps, en m’écrasant de tout son poids. J’avais du mal à respirer à cause de ma cage thoracique compressée et de l’abominable haleine qu’il me soufflait au visage. Je me concentrais sur ça, respirer et me retenir de hurler « arrête ! » en le repoussant. Il ne me serait même pas venu à l’esprit de lui demander de changer de position, ou à tout le moins de ne pas peser de tout son poids sur moi. Je voulais juste que ça se termine le plus vite possible, ne pas couper son excitation, qu’il jouisse. Je ne sais plus si il m’a baisée deux ou trois fois, par contre je me souviens bien du soulagement d’en avoir fini la première fois mêlé à l’angoisse de devoir m’y soumettre à nouveau. Pour moi, par la suite, ça a toujours été un problème de savoir exactement en quoi une passe allait être insupportable, ça explique en partie pourquoi j’ai toujours évité d’avoir des « habitués ». L’anticipation du truc me rendait dingue, ça se révoltait trop en moi. Je me sentais piégée et pleine de dégoût. Il a fallu que je sourie et que je lui fasse un brin de conversation. « Ca va ? ». « Oui ». Prononcé d’une voix douce, un petit oui suffisamment léger et serein pour donner le change. En réalité d’une extrême violence, celle que je me fais à moi-même pour arriver à le prononcer si bien et à y assortir l’expression de mon visage. J’ai refusé de me laver chez lui, d’utiliser ses produits, une de ses serviettes de bain… Et je suis rentrée chez moi comme un automate : absolument neutre en apparence, atrocement mortifiée jusqu’au plus profond de moi. 

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7 commentaires pour Automate

  1. Cheminot456 dit :

    Il y a beaucoup de personnes qui nous connaissent, mais très peu qui nous comprennent…

  2. Matthieu dit :

    Pourquoi continuer, dans ce cas ?

    • spermufle dit :

      C’est comme demander à un type gravement dépressif de s’improviser un dynamisme et un amour de la vie ? Avez-vous entendu parler des déterminismes traumatiques qui mènent à la prostitution ? Et des mauvais choix de vie que ces traumas induisent, poussant à la déscolarisation, un rapport délicat au stress (donc celui du travail) et par conséquent la misère ? Dites-vous bien par ailleurs qu’Artémise était une escort GFE à 300€ de l’heure, de celle dont le grand public ne soupçonnerait pas un seul instant le mal-être…

  3. Ping : Automate | #Prostitution : paroles de celles qu...

  4. Eric V dit :

    Beaucoup de courage d’avouer par écrit les tourments qui vous rongent lors d’une rencontre somme toute d’une grande banalité: un client un peu rustre, un désir mal dégrossi, un manque de savoir faire évident, une part d’égoïsme autocentré.

    Beaucoup d’insouciance également dans le fait de dévoiler ce qu’une prostituée peut vivre en direct au coeur de l’action, sans doute motivée par un besoin irrépressible de crier sa révolte. Précieux éléments de décodage de la violence des sentiments éprouvés lors de ce coït subi plus que consenti, permettant au client d’aller au fond des choses, et de réaliser toute l’ampleur de la destruction morale qu’il inflige à son hôtesse.

    Nul doute désormais que le client ayant lu ce billet agira en toute connaissance de cause, et se delectera des signes avant coureurs de la détresse de sa victime impuissante, dans une représentation symbolique et mentalisée d’une relation sexuelle non consentie. Merci pour ce moment.

    • Artémise dit :

      Si des pervers se servent de mes textes pour fantasmer, je ne vois pas en quoi je suis responsable. M’autocensurer ne les rendra pas moins cons et/ou sadiques.

      • Eric V dit :

        Ce n’est pas tant le fantasme qui importe, que le fait de savoir ce qui se joue dans la tête de chaque pute au moment de l’envahissement. Le fait de savoir que malgré l’argent (dérisoire finalement), le viol est réel et subi comme tel, ce qu’une pute n’avouera jamais, vous en êtes là preuve. Votre témoignage est précieux pour apprécier chaque friandise à sa juste valeur, à la lumière de votre vécu d’une grande violence et d’une grande sincérité. Le viol est hautement répréhensible (à juste titre), mais dans le cas d’une passe, il est masqué tout en étant bien réel, à chaque passe, chaque penetration, chaque coup de reins, chaque ensemencement. Il ne s’agit donc pas de fantasme, mais d’une réalité dont on peut désormais se délecter en ne pouvant plus dire: « je ne savais pas ».

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