Chronique du viol ordinaire

(30/08/2013 by Artémise)

«  Quand une porte a été enfoncée, ensuite c’est difficile de la tenir fermée.  » (une prostituée de quatorze ans, citée par Marro dans «  La puberté  » en 1902 et reprise par Beauvoir dans «  Le deuxième sexe  » volume deux)

« Il faut aussi savoir que beaucoup de filles abusée deviennent des salopes car elles n’ont plus de respect pour elles mêmes » (un player, cité sur Tweeter par l’Elfe, 2013)

player

Être en quelque sorte programmée pour servir, de temps à autre, de sac à foutre au premier clampin venu. A disposition, sans désir ni volonté, je fais de mon corps un objet. Je les touche et les embrasse le moins possible, en général je ne les suce pas ou alors mal, mécaniquement, sans plaisir. Je ne goûte pas leur peau et leurs odeurs ne me plaisent pas. Ils me répugnent, je les méprise. Pourtant je narrive pas toujours à résister à cette pulsion. Il marrive aussi de repousser en premier lieu des avances puis, finalement, de céder sous la contrainte en laissant le mec se branler dans mes chairs. C’est ce que je me permets de nommer un «  viol ordinaire » et c’est d’une affreuse banalité.

On peut établir un parallèle avec les pulsions boulimiques, ou encore l’automutilation, voire certaines formes de toxicomanie. A ceci près que la pulsion sexuelle morbide implique la plupart du temps un tiers, c’est-à-dire une volonté et des pulsions qui rentrent elles aussi dans le «  jeu  » et qu’il faut donc gérer, quand cela reste possible bien sûr… La prise de risque est évidente. Une boulimique, quand elle sent la pulsion satisfaite, arrête de manger et va se faire vomir. A ce moment-là les aliments ne continuent pas l’acte destructeur en pénétrant d’eux même, donc de force, son système digestif. Pareil pour la drogue, l’automutilation, etc. Quand une pulsion sexuelle morbide envoie le signal «  stop  » il est reçu par son hôte mais pas forcément par son «  partenaire  » qui, lui, peut avoir envie de passer outre. Et qui peut d’autant plus se le permettre qu’il sollicite alors la soumission d’une personne fragilisée et plus ou moins rompue à encaisser les violences sexuelles. Merveilleuse occasion pour les prédateurs de tous poils, assumés ou non (surtout ceux qui n’assument pas, je crois), que cette mise à disposition d’une intégrité écorchée dont la pulsion de mort s’inscrit autant dans l’ambiguïté : «  je suis d’accord pour te servir d’objet, mais à un moment je ne le suis plus.  » Un objet n’a pas de volonté ni de désir, il ne peut donc pas refuser de servir. En se positionnant en objet il faut presque un miracle, c’est-à-dire tomber sur (choisir…) une «  bonne  » personne, pour pouvoir espérer se faire considérer en sujet quand cela nous devient consciemment nécessaire.

exemple de prédateur sexuel incapable de différer l'actualisation pulsionnelle

exemple de prédateur sexuel incapable de différer l’actualisation pulsionnelle

Quand finalement je me laisse faire, silencieuse et immobile, parfaitement passive, ce «  consentement  » pèse plus lourd sur la balance que les multiples refus explicites qui l’ont précédés (verbaux et physiques). Et le fait de céder suite à une contrainte physique (il me retient fermement et me pénètre alors que je tente encore de le repousser) est jugé par lui comme acceptable, c’est-à-dire «  normal  ». «  Céder n’est pas consentir  ». Les hommes qui m’ont violée (ou ont tenté de le faire) n’ont apparemment pas été éduqués dans ce sens. Faut-il hurler, griffer, frapper ? Un homme capable de maintenir une femme pour la pénétrer prendra conscience de la gravité de cet acte et cessera si sa victime se défend plus ? Il n’y a pas de mode d’emploi miracle mais force est de reconnaître que se débattre peut avoir des conséquences autres que le but initial : exciter l’agresseur, provoquer les coups, voire l’étouffement (surtout pour les cris, on peut se retrouver à ne plus pouvoir respirer sous la main ou la bouche du violeur). D’un autre côté, il y a ces horribles histoires où l’on s’aperçoit qu’un violeur en série a fait de nombreuses victimes et que la seule qui ait réussi à échapper à l’agression est celle qui, passant outre la peur du couteau avec lequel il les menaçait, s’est défendue en le frappant et en hurlant. Il y a toujours ces questions : «  pourquoi tu n’as pas frappé/crié  ?  », «  Pourquoi tu ne t’es pas laissée faire pour éviter les coups  ?  ».

Mmmh certes, faudrait penser, au moment de l’agression, à demander au violeur : «  Minute mec, excuse-moi de t’interrompre mais j’ai une question. Si je hurle et/ou me débat plus fort, si je te frappe, tu :

a. me cogneras 

b. m’étrangleras 

c. me lâcheras  »

Puis agir en fonction de la réponse qu’il ne manquera pas de nous donner avec la plus grande sincérité. Précisez toutefois, afin de lui éviter un embarrassant dilemme, que le choix des réponses n’est pas restrictif et que a et b sont éventuellement cumulables.

A titre personnel, la question que j’ai envie d’entendre posée ne s’adresse pas aux victimes : «  Pourquoi l’avoir pénétrée alors qu’elle refusait au début et qu’elle a fini par faire la morte pendant que tu la tenais   ?  ».

Cependant, je crois que ce qui se joue là va aussi au-delà de la peur des coups. Pour ma part, et dans les cas de viols ordinaires, je cessais de me débattre à partir du moment où la pénétration n’avait pas réussi à être évitée. Pourquoi ? La première fois j’étais complètement tétanisée par la douleur et la surprise, paralysée par le choc, mais les autres fois ? Je n’en suis pas certaine mais j’ai l’impression que je rejouais inconsciemment, par réflexe, ce premier viol. Que mon corps et mon psychisme avaient gardé l’empreinte de cette réaction, parfaite immobilité et silence total, attendre que ça passe en se détachant au maximum de ses sensations corporelles. Les violeurs ne se contentent pas de jouir dans un ventre, un orifice, ils éjaculent aussi, plus ou moins abondamment, dans le psychisme de leur victime (laisser une trace, une empreinte, une emprise, service après vente de la domination par la violence sexuelle). Avec à la clef le Syndrome de Stockholm, qui se déploie lorsqu’on intériorise le regard et le ressenti de l’agresseur.

Il en est de même, je pense, pour les prises de risques, la plupart du temps parfaitement conscientes. Choisir de suivre, de laisser rentrer chez moi, de se retrouver en tête à tête avec un individu alors même que mon intuition décryptait clairement des signaux de danger.

La culpabilité s’est délitée au fil du temps et au profit de la responsabilité, prendre conscience de cette tendance à me positionner comme proie, cette pulsion que longtemps je n’ai su/voulu identifier et contre laquelle je ne pouvais donc pas lutter. La distinction sémantique entre culpabilité et responsabilité me paraît essentielle dans un processus de résilience. Il y a une grande différence, ainsi qu’un lien étroit, entre la responsabilité et la culpabilité. Nier ma part de responsabilité, laisser la part belle au déni, c’était me condamner à reproduire inlassablement ce « besoin » de mise en danger et cette passivité dans l’agression.

La responsabilité, qui permet de retrouver un statut de sujet, se substitue à la culpabilité qui elle, provoque/empire les pulsions mortifères. Lorsque j’estime inconsciemment mériter du mal, je fais tout pour provoquer ma mise en danger. Culpabilité qui, dans mon cas précis (et peut-être bien d’autres) provient de tout à fait autre chose que le contexte socio-culturel. J’ai ressenti la culpabilité bien avant d’avoir caractérisé mon premier viol comme tel (processus qui a pris des années). Par conséquent, quelle peut en être l’origine ?

A bien y réfléchir, je crois qu’elle trouve aussi sa source en grande partie dans la jouissance du violeur. Les regards extérieurs, les jugements négatifs vis-à-vis de la victime ne font que la rendre plus aiguë, elle est déjà là et ce dès l’agression. Il est courant de se sentir coupable d’avoir été agressé, mais dans le cas du viol c’est bien pire  : on a «  pas su  » se défendre et en plus, on a «  donné  » du plaisir, un orgasme, à notre agresseur. Le plaisir sexuel de l’agresseur (ressenti par la victime, donc réel ou fantasmé par l’agresseur) pose la différence fondamentale entre une violence ordinaire et une violence sexuelle, ce qui explique probablement, au moins en partie, que le viol soit plus traumatisant et culpabilisant. Et le déni est une conséquence courante du traumatisme et de cette culpabilité.

l'éducation conditionne grandement le fonctionnement sexuel

l’éducation conditionne grandement le fonctionnement sexuel

Il est selon moi idiot, et même carrément contre-productif, de prétendre qu’un viol n’a rien à voir avec du sexe selon l’agresseur. Là, je ne me base pas sur la définition saine, donc souhaitable, de ce que devrait être le sexe (désir mutuel + rapport consenti) mais sur le fonctionnement et le ressenti de l’agresseur. Je le fais aussi et surtout parce qu’ils déteignent souvent dangereusement sur ceux des victimes (et c’est parfaitement transposable au rapport prostitutionnel). L’agresseur est aussi et peut être même avant tout à la recherche d’une jouissance génitale, qu’il l’obtienne ou non ne change pas grand-chose à sa motivation originelle. Que sa libido s’épanouisse dans la domination et la violence n’est pas du tout antithétique avec cette vision et ce ressenti de l’agresseur  : il a eu un rapport sexuel. (culpabilité de la victime en lien avec le plaisir de son bourreau  : la victime ne s’y trompe pas, il y a bel et bien eu du sexe pour lui).

J’ai l’impression que l’inconnu, que ce soit la pratique sexuelle ou celui qui l’impose, est un facteur déclenchant plus de réactions d’auto-défense. Dans mon lexique, le «  viol ordinaire  » est commis par un individu faisant partie de l’entourage, éventuellement un amant passé ou présent, qui nous force à un acte sexuel que l’on a déjà pratiqué par le passé, ou en tout cas que l’on ne considère pas comme   particulièrement tabou  dans notre sexualité. Et les stats sont formelles, le viol ordinaire est largement le plus répandu. Je crois bien que c’est aussi ceux pour lesquelles les victimes déposent le moins de plaintes. Et je vais jusqu’à penser que c’est notamment ceux pendant lesquelles les victimes se défendent le moins…

J’ai pu identifier quelques traits psychologiques souvent communs aux violeurs du dimanche. Il s’agit de personnes égocentriques, habituées à prendre leurs désirs comme des impératifs souverains, idéalisant volontiers leur propre valeur et donc plutôt réfractaires à la remise en question. J’ai notamment pu constater qu’ils étaient plus ou moins choyés par leur mère, dont on peut dire qu’elle les déifiait, et qu’ils n’hésitaient pas à tyranniser à la moindre occasion. Ils ont tendance à envisager le monde comme un champ de bataille, le théâtre d’un rapport de force permanent. Certains mêmes excellent dans la séduction, puisque, hélas, celle-ci procède trop souvent d’une logique de pouvoir. Ce sont des hommes qui croient que tout leur est dû, peu habitués à fonctionner sur le partage. Selon eux, le sexe représente avant tout un corps féminin qu’on «  obtient  ».

«  Obtenir  » du sexe… Mais que recouvre exactement cette notion ? La croyance qu’au fond, le sexe se mérite (par la conquête, la transaction, la pression, etc). Les moins malfaisants d’entre eux se contentent de flatter la couenne de leur cible ou encore d’acheter son consentement par une monnaie «  symbolique  ». Comme par exemple le Poire décrit par l’Elfe, qui tente d’échanger une gentillesse purement intéressée contre un peu de sexe. «  Mériter  » et «  obtenir  » du sexe ne désignent pas exactement la même chose. Et la distinction est subtile. A tel point qu’elle finit parfois par s’estomper… Il n’est pas si difficile de basculer d’un «  je manipule pour baiser  » à un «  je force un peu pour baiser  ».

le célèbre Poire s'est tourné vers le body-building afin d'emballer Cerise

le célèbre Poire s’est tourné vers le body-building afin d’emballer Cerise

Messieurs, vous voulez savoir comment être sûrs de ne pas violer ? Soyez attentifs, non seulement aux paroles, mais aussi au langage corporel de la personne que vous désirez. Parce que celle-ci ne vous désire pas forcément, a fortiori si elle dit «  non  », «  arrête  », «  j’ai pas envie  »… Oui si elle se crispe, si son regard exprime de la crainte, un malaise, si son bassin esquisse des mouvements pour éviter la pénétration et que cela ne fait pas partie d’un jeu complice clairement défini… Bref, ne «  séduisez pas comme Kamal  » si vous ne voulez pas devenir un violeur du dimanche. Vous croyez vraiment, sincèrement, que le désir est une chose si mystérieuse et versatile qu’il est impossible de s’en assurer pleinement ? Vous, vous avez la certitude que le vôtre est bien présent et vous l’exprimez. Quelle est donc cette fondamentale différence qui fera que vous ne prendrez pas au sérieux l’expression de son absence chez votre partenaire ? J’ai ma petite idée là-dessus : il s’agit de votre égoïsme, votre manque d’empathie, votre refus d’avoir à contenir vos pulsions ainsi que votre vision glauquissime et mortifère de ce qu’est un rapport sexuel. Travaillez donc là-dessus au lieu de vous demander quelles sont les meilleures techniques pour arriver à vos fins, c’est à dire réussir à baiser des femmes qui ne vous désirent fondamentalement pas. J’ai envie de vous dire que cela vous permettra d’éviter la prison, mais c’est malheureusement souvent faux, dans la majorité des cas cela évite juste de devenir un violeur en liberté…

NDSpermufle : il m’arrive souvent de discuter avec des homologues masculins qui, en présence d’une femme telle qu’Artémise, ont tendance à raisonner selon le principe « Elle avait qu’à pas dire oui, après tout, c’est une adulte et elle sait ce qu’elle fait ; si elle a des problèmes, qu’elle s’en prenne d’abord à elle-même au lieu de se plaindre d’autrui » (le même refrain est d’ailleurs employé s’agissant de la prostitution « librement consentie » et de son caractère destructeur). J’espère que de tels individus n’expérimenteront jamais la dépression nerveuse, état psychique dans lequel des comportements aberrants peuvent se produire en contradiction totale avec la volonté consciente. Sans quoi ils seront mal placés pour grogner face à quiconque exigerait qu’ils se « sortent les doigts du fondement ». J’espère également que ces individus ne croiseront jamais la route d’un patron tyrannique, voire authentiquement psychopathe. Sans quoi ils ne seront pas du tout fondés à se plaindre de leur sort. « Bah quoi, t’as qu’à te faire respecter, ou alors changer de boulot, quand on veut on peut dans la vie ! ». J’espère aussi que de tels individus ne militent pas bruyamment contre la domination de tel groupe sur un autre (les Blancs sur les Noirs, les Israéliens sur les Palestiniens, etc). Car leurs beaux discours entreraient en contradiction flagrante avec leur vision des femmes et de la sexualité, qui repose sur le très libéral « Chacun sa merde et après moi le déluge », unevision souvent légitimée par l’invocation d’une sorte de Loi Naturelle, intangible, sur laquelle l’éducation aurait peu de prise. Le problème est que la « Nature » est sans pitié, elle ne laisse aucune alternative aux rapports de domination et broie impitoyablement les faibles. Qu’on y songe avant de trouver parfaitement légitime d’avoir le cœur à Gauche et la bite (ou le vagin) à l’Extrême-Droite.

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6 commentaires pour Chronique du viol ordinaire

  1. socquettes dit :

    Je vous prie de m’excuser par avance de prendre l’histoire de l’autre côté, mais c’est pour informer les gens.
    Prenez un schizophrène lambda. Quand il avait encore un peu d’allant, il séduit une fille. Ça se passe tellement mal, il en est traumatisé et rendu complètement fou mais quand même vaguement conscient que quelque chose cloche dans sa sexualité.
    Ben il arrivera plus du tout à séduire de fille, il foirera systématiquement toutes ses tentatives, et généralement n’en nourrira pas plus de ressentiment que ça. Bon jusque là tout va pas trop mal.
    Maintenant imaginez il reprend un peu d’allant, et se remet à fréquenter une fille, content d’avoir une amitié féminine. Un jour, elle lui envoie un texto pour tâter le terrain. Il est avec un ami et comme d’habitude sait pas quoi répondre. À la fois il a quand même envie d’avoir une vie affective, et elle elle est super admirable, à la fois il est bien tenté de tout faire foirer encore. Son ami, pas vraiment conscient de ce qu’il fait, lui souffle une possibilité. Il envoie le texto. Résultat: elle lui demande de sortir avec elle. Il accepte. Puis de coucher avec elle. Il accepte encore.
    Une fois une seule, il provoque un peu de désir en elle, mais tout de suite apeuré se rétracte. Ben avec les conneries de conditionnement qu’on subit, notre schizophrène qui veut avant tout être normal veut aussi avoir la vie sexuelle qu’on dit qui va avec la vie affective. Et elle, qui est gentille et qui a dans l’idée de le soigner, obtempère, et peut être même est dans le même conditionnement.
    Après faut savoir qu’un des symptômes de la schizophrénie, c’est de pas savoir s’adapter à un changement d’environnement. De rester sur une idée première malgré son obsolescence.
    Ben du coup un jour elle dira « non arrête », assez doucement, et lui il persistera. C’est pas vraiment qu’il est méchant je pense, il est juste malade et on l’a mal soigné. Il a pas perçu de frayeur, elle s’est pas débattue, il n’a pas eu à la contraindre, mais voilà il a pas obtempérer. Il se soigne et tout, mais au fond il est révolté par la manière dont on l’a traité lui, sans son consentement, a un désir de revanche social qui se concrétise vaguement à cette époque, et au final c’est toujours les innocents qui se retrouvent au centre des tirs. Comme c’est un éjaculateur précoce et que c’est une nouvelle configuration, il jouit tout de suite. Peut être aussi que comme on lui a pourri son rapport au consentement, et qu’il a trop regardé la télé, le viol est un fantasme pour lui.
    Après, il a super honte mais elle, elle a pas du tout l’air perturbée. Il préfère pas en parler. Il la quitte quelques mois plus tard parce qu’à l’évidence ils sont et seront malheureux ensemble, elle lui dit qu’elle a l’impression de devenir folle, mais se reprend et sort avec quelqu’un d’autre, et continue à se construire une vie enviable.
    J’ai peut être l’air de prendre tout ça par dessus la jambe, mais moi comme lui je n’ai plus de coeur et quand même que depuis ce schizophrène pleure parfois quand il reprend conscience sur ce cauchemar et en tout cas n’arrive pas à aller au delà du flirt, sauf une fois avec sa première ex qui lui a fait prendre du ghb à son insu et alors il s’est imaginé quand même s’être fait violé mais personne le croit et probablement en fait qu’elle a fait ça juste pour qu’il soit un peu plus détendu. Parce que voilà le mauvais coup que c’est.
    Enfin bref. Tout ça pour dire, il a mille excuses mais aucune bonne raison. Les schizophrènes sont généralement gentils et dénués de perversité si ils sont bien soignés, mais un peu retardés, et si vous sortez avec un, je pense que la bonne solution pour marquer son refus c’est de se débattre.

  2. Grunt dit :

    « Messieurs, vous voulez savoir comment être sûrs de ne pas violer ? Soyez attentifs, non seulement aux paroles, mais aussi au langage corporel de la personne que vous désirez. Parce que celle-ci ne vous désire pas forcément, a fortiori si elle dit « non », « arrête », « j’ai pas envie »… Oui si elle se crispe, si son regard exprime de la crainte, un malaise, si son bassin esquisse des mouvements pour éviter la pénétration et que cela ne fait pas partie d’un jeu complice clairement défini »

    Je trouve ces conseils dangereux, car à double tranchant : Le « langage corporel » n’a pas un sens précis et univoque. Prétendre l’interpréter c’est aussi marcher sur les traces des « PUA » qui prétendent que, parce qu’une femme se comporte comme ceci/cela, alors elle exprime un désir auquel il faudrait accéder quel que soit son discours.

    Et si quelqu’un-e dit « non », « arrête », « j’ai pas envie », il n’y a pas besoin d’indices supplémentaires pour prendre acte de son refus !
    La fin de ce billet, et pire encore la note de Spermufle, sonnent comme une dépossession de la volonté individuelle, au profit d’une sorte de « morale corporelle » selon laquelle ce qu’il serait légitime ou pas de faire dépendrait de choses aussi floues que l’attitude ou la crispation d’autrui, quasi indépendamment de l’expression consciente, verbale et délibérée de leur volonté.

    Et c’est _exactement_ la mauvaise soupe que nous servent les « coachs en séduction ». C’est le même raisonnement, utilisé dans l’autre sens : si pour vous l’interprétation d’indices flous suffit à conclure au non-consentement, pour eux une interprétation légèrement différente implique le consentement.

    • spermufle dit :

      Eh ben, tu as vraiment du mal avec le principe « Dans le doute, on s’abstient »… C’est pas comme si des hommes soutiraient des consentements verbaux alors que le langage corporel traduit tout à fait autre chose, hein…

      • Grunt dit :

        « C’est pas comme si des hommes soutiraient des consentements verbaux  »
        Au temps pour moi, j’avais lu le texte dans l’optique où un mec de bonne foi veut éviter de commettre une agression malgré ses bonnes intentions.
        S’il commence par manipuler sa future victime, le ver est dans le fruit depuis le départ – et il n’en a certainement rien à faire des conseils pour éviter d’être un violeur, tant qu’il « chope ».

  3. Marie dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article. J’arrive exactement aux mêmes conclusions (rationnelles) mais c’est mon ressenti depuis longtemps.

    « Je n’en suis pas certaine mais j’ai l’impression que je rejouais inconsciemment, par réflexe, ce premier viol. Que mon corps et mon psychisme avaient gardé l’empreinte de cette réaction, parfaite immobilité et silence total, attendre que ça passe en se détachant au maximum de ses sensations corporelles. Les violeurs ne se contentent pas de jouir dans un ventre, un orifice, ils éjaculent aussi, plus ou moins abondamment, dans le psychisme de leur victime (laisser une trace, une empreinte, une emprise, service après vente de la domination par la violence sexuelle). Avec à la clef le Syndrome de Stockholm, qui se déploie lorsqu’on intériorise le regard et le ressenti de l’agresseur. »

    Moi, c’était mon beau-frère, j’avais dans les deux ans lorsque ça a commencé, à un moment cela s’est arrêté, rendant flou/abstrait les agissements passés, j’en parlais sans savoir mais l’état d’esprit du violeur restait présent dans les agissements de mon agresseur, état d’esprit toujours sensible à l’heure actuelle, j’ai 24 ans.

    Une tentative de viol avortée par mes hurlements (sa fille est arrivée, ma soeur était dans la maison d’à côté m’entendait et n’est pas venue voir de quoi il s’agissait) à 19 ans. L’état de sidération m’empêchait de réaliser ce qu’était l’agression sexuelle que je venais de subir (et pourtant, une main dans la culotte ça devrait alerter l’esprit rationnel d’une femme de 19 ans). Totale omerta familiale. J’ai fini par être internée « librement » en HP, puis j’ai été séquestrée 6 mois chez moi, avant que je change de version, et que je reconnaisse à ma famille ses bienfaits. Que j’aurais pu vivre pire, que j’aurais pu être abandonnée plutôt que livrée aux bons désirs des caprices de mes « éducateurs ». Oui, amen. Merci pour tout.

    Pourtant, le sentiment de culpabilité (éprouvé dans une relation de 3 ans avec un homme qui se branlait dans mon corps sans trop que je sache, sinon par compassion pour le désir que je suscitais en lui, pourquoi je le laissais faire, ni pourquoi cela me rendait folle, ni pourquoi j’hurlais mon dégoût, à un entourage qui me répétait que si je l’aimais alors cela était beau. Moi, incapable de comprendre, je subissais sans savoir l’expliquer, j’ai fini par assumer le mal que je lui faisais à lui en le quittant, lui. J’ai continué un an après la rupture à lui servir de réceptacle à sperme, mais après je n’ai plus pu.) s’estompait peu à peu. Jusqu’à ce que je sois en capacité de faire l’hypothèse d’un syndrome de Stockolm associé à de la maltraitance infantile.

    J’ai eu du mal à me croire dans ce que je supposais car je viens d’une famille idéologiquement féministe (et égalitariste) qui ne tolère pas que les femmes se fassent violer à l’autre bout du monde. Maman dit que je suis égoïste, que mon beau-frère a une sexualité déviante et que si ça n’avait pas été moi, ça serait tombée sur des petites filles innocentes. Le mot « innocentes » est sorti de sa bouche, et j’ai eu la certitude de l’origine de mon sentiment de culpabilité associée à ma sexualité. Je subissais, par culpabilité, pour compenser le fait que je n’en ai pas envie.

    J’étais tombée sur l’extrait cité aux détours d’une visite sur FTS, mais je fréquent(ais) ADS et la communauté d’art de séduire. Je ne fais pas partie des gens qui disent qu’un viol ce n’est pas grave et qu’il suffit de passer à autre chose. Mon entourage (hors famille) commence à peine à entendre ce que je dis (tu es sûre ? c’est gros quand même, etc.) que d’autres personnes que moi aient vécu les mêmes type d’abus et parviennent aux mêmes conclusions me conforte dans le fait qu’à cela il faut non seulement y survivre, mais en plus se croire soi-même.

    Je refuse de cesser d’en parler comme d’événements honteux que je porte sur moi et qui m’ont salie (tâche originelle dont je dois dissimuler les conséquences sur ma vie actuelle). Mon passé traumatique est mon passé AUSSI, je suis seule juge de ce qui légitime le fait que j’en parle ou non.

    Je n’ai pas su me protéger ni protéger mon corps de tout cela, et bien, et alors donc ? Je crois que c’est pas la faute à moi si ça dérange les gens d’entendre que cela est venu sur moi, venu dans moi et que j’en porte les séquelles comme des traces de vie où mon corps et mon esprit ont lutté. On ne gagne pas toutes les batailles. Et donc ? je ne suis pas une abrutie conquérante en mal de victoires absurdes, je fais ma vie ainsi. Merci pour cet article.

    Marie

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