Amour

(21/07/2013 by Artémise)

(Avant-propos de Spermufle : ces derniers jours, Artémise m’a proprement pété les roustapanos pour que soit publié un texte issu de sa correspondance d’autrefois. Elle a même proféré de sérieuses menaces, comme par exemple de me « défoncer la gueule à coups de para coquées et de barres de fer » – à moins que je ne la confonde avec une autre. Bref, si le cadre relationnel évoqué ici est désormais obsolète, le discours conserve cependant toute sa pertinence).

Forme d'amour #1 : l'amour charnel

Forme d’amour #1 : l’amour charnel

Quand on parle d’amour, il est courant de dire à l’être aimé « Je ne pourrais pas vivre sans toi ».

Cette attendrissante déclaration (que je reconnais sans peine avoir, avec toi, maintes fois reprise à mon compte), sous couvert d’exprimer une profonde (et vitale) dépendance affective, n’est ni plus ni moins qu’un banal chantage au suicide.

Ainsi l’on nie tout intérêt à vivre pour soi, par soi, en tant qu’être indépendant et responsable. C’est aussi très égoïste car cela revient à se décharger de notre fardeau existentiel sur un Autre qui, même s’il est à nos yeux un être suffisamment exceptionnel pour mériter un tel cadeau (empoisonné) a déjà assez bien à faire avec le sien.

Forme d'amour #2 : la dépendance

Forme d’amour #2 : la dépendance

C’est assez fou de constater à quel point cette phrase est souvent exprimée, et avec force conviction s’il vous plaît. C’est fou parce que les passages à l’acte, en plus d’être d’une rareté remarquable (comparée à la fréquence de cette « promesse ») se révèlent quasiment toujours être motivées par des envies de suicide bien réelles et antérieures à la relation amoureuse en question.

En somme, il semblerait que l’on se décharge, avec en plus l’avantage indéniable de le faire soi-disant au nom d’un sentiment sacré de toute responsabilité : celle de choisir de vivre (on vit pour l’autre), comme celle de choisir de mourir (on meurt à cause de l’autre).

Donc on donne l’impression de faire un inestimable cadeau à l’objet de notre amour (facile, valorisante, confortable attitude) alors qu’en réalité nous mettons entre ses mains une chose qui a bien peu d’intérêt à nos yeux : notre propre vie, et nous le faisons précisément parce que nous tentons de lui trouver coûte que coûte un sens. Est-ce si généreux et noble d’offrir quelque chose qui n’a, à nos yeux, ni de sens ni d’intérêt ?

Forme d'amour #3 : l'amour vache

Forme d’amour #3 : l’amour vache

 

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7 commentaires pour Amour

  1. socquettes dit :

    Des fois, toutefois, par dandysme, certains se refusent à dire expressément ce genre de phrase définitives de « je ne pourrais pas vivre sans toi ». Sans aller jusqu’au suicide, ils se contentent alors juste d’en donner les preuves irréfutables par la destruction systématique de tous les pans de leur vie. C’est vachement plus élégant, mais franchement les femmes sont souvent ingrates face à ce genre d’attitude. Bande de salopes matérialistes.

  2. Personne dit :

    Surtout que les personnes qui aiment a rappeler qu’il faut vivre pour soi et accorder de l’importance à sa propre vie sont souvent les mêmes personnes qui passent leurs vies, ou tout du moins, une bonne partie de leurs journées, a troller sur internet, à longueurs de statuts/billets sur twitter, facebook, blogs et j’en passe. Et avec multi-comptes qui plus est. J’imagine que ces personnes sont très bien organisées et optimisent leur temps de vie et leur temps de troll(tels les masculinistes) et/ou de militantisme(telles les féministes). Et/ou donc qu’elles ont une vie « saine » sans s’occuper tout le temps du contenu cérébral, estomacal ou tripales d’autrui mais de leurs propres…Oh wait !

    • socquette dit :

      Je suis complètement dépité par ce commentaire. Passons sur le multi – comptisme qui vraiment peut être très naïf. Par contre, vous avez l’air de penser que les gens qui trollent sur internet ne le font pas aussi dans le reste de leur vie.

      Excusez-moi mais je trouve ça vilain.

    • Artémise dit :

      Je vois pas le rapport mais c’est mignon tout de même ce petit ton revanchard et cette manière de tout ramener à soi… Plus egocentré que ça on se noierait dans nos propres fluides organiques.

  3. socquette dit :

    Plus égocentré et alors se noyer?! Ça a l’air vraiment tragique dîtes donc.

    • Artémise dit :

      Pas tragique, dramatique. L’ego y’a rien de plus humain. Le drame est lui aussi juste humain, causes et conséquences comprises ; La tragédie, au contraire, évoque le destin, les dieux, des forces insurmontables. Je crois au drame, pas à la tragédie. (et pour dissiper tout éventuel quiproquo, je m’adressais à la personne nommée « personne » quand je parlais de noyade nombriliste)

  4. socquette-otto-georges-etc dit :

    Oui. Dramatique, c’est plus ça. Je le souhaite en tout cas. Je voudrais pouvoir vous écrire un mail Artemise, mais je ne sais pas comment faire. Je crois que j’ai besoin de vos lumières.

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