Faire le Mur

(08/06/2013 by Artémise et Spermufle)

Connaissez-vous les Hoministes ? Ce mouvement fondé par le psychologue Canadien Yvon Dallaire, qui prétend n’avoir aucun lien de parenté avec le Masculinisme est en réalité son faux nez. Les thématiques abordées sur le site Hoministe ne laissent planer aucune ambiguïté : négation de l’existence du Plafond de verre , des statistiques portant sur la violence masculine dans un cadre conjugal, les paternités imposées, les fausses accusations de viol, les discriminations au travail dont seraient victimes les hommes, etc. L’argumentaire, qui prétend dépoussiérer les archétypes traditionnels de virilité, s’appuie naturellement sur les travaux des habituels M. Rufo ou A. Naouri. Ces deux macho-réactionnaires ne sont pas les seules références des Hoministes : on dénombre également quantité de femmes, telles que N. Polony, E. Badinter, B. Lahaye, D. Bombardier et bien entendu M. Iacub – caution d’autant plus précieuse qu’elle revendique l’étiquette de Féministe. Autant de femmes astucieusement invoquées malgré d’éventuelles divergences ; les Hoministes savent taire leurs désaccords avec leurs « alliées » quand il s’agit de diffuser leur propagande.

Le message ainsi distillé aux lecteurs naïfs est le suivant : la pensée Hoministe transcende les clivages sexuels ; hommes et femmes (bien intégrées d’un point de vue socio-professionnel et susceptibles de servir de modèles féminins) collaborent en vue d’établir une société pacifiée et respectueuse des différences – pas comme ces Féministes misandres, gauchisantes et perméables aux réflexes communautaristes Anglo-Saxons.

Folklore Masculiniste des années 70

Folklore Masculiniste des années 70

Ne nous le cachons pas : résultat d’une propagande bien rodée, c’est ainsi que les profanes perçoivent les Féministes. Y compris (et c’est l’un des effets les plus regrettables) auprès des femmes du commun, pas militantes mais raisonnablement conscientes de l’oppression patriarcale. N’avez-vous jamais entendu une femme de votre entourage proclamer : « Je ne suis pas Féministe car je n’ai rien contre les hommes, mais je suis pour telle mesure etc. » ?

Nos lecteurs sont désormais familiarisés avec nos prises de position abolitionnistes, lesquelles nous ont naturellement amené à évoluer dans le milieu Féministe. Nous avons pu découvrir qu’il n’avait rien de monolithique et n’était pas réductible à la caricature brossée par les Masculinistes. Les lignes de fracture sont nombreuses (« Sex-positives » vs RadFem entre autres, pour ce qui est du regard sur la prostitution), de même que les méthodes d’action militante. Quoi de commun entre une membre du Planing Familial, qui n’a probablement jamais lu Dworkin mais dont les efforts trouvent une traduction concrète et immédiate, et une théoricienne radicale pour qui l’Internet est le seul théâtre d’action ?

C’est auprès de ces dernières que nous avons principalement tenté de diffuser nos idées. Très rapidement, nous avons dû nous rendre à l’évidence : les Féministes radicales des Internets – que nous désignerons par l’acronyme de FRI dans cet article – ont peu en commun avec nous et peinent (c’est le moins qu’on puisse dire) à appréhender notre mode de fonctionnement. Depuis notre rencontre, à aucun moment l’un d’entre nous ne s’est posé en agent représentatif infaillible de sa catégorie (ex-prostituée et femme pour l’une ; ex-prostitueur et homme pour l’autre). En cas de désaccord, nul n’a jamais péremptoirement renvoyé l’autre à son étiquette avant de se draper dans sa dignité bafouée, ou dicté à l’autre quelle position il doit tenir sur tel sujet précis. Nos échanges nous ont permis de mieux nous comprendre mutuellement, tout simplement parce qu’aucun des deux n’a jamais cherché à asseoir sa suprématie sur l’autre – n’en déplaise à ceux qui perçoivent Artémise comme la « caution » de Spermufle, voire même une créature engendrée par son esprit fertile et pervers.

Il ne faut pas avoir la langue trop bien pendue chez les Féministes Radicales des Internets

Il ne faut pas avoir la langue trop bien pendue chez les Féministes Radicales des Internets

Nous pensions possible de débattre ainsi dans le milieu FRI. Cruelle déception : rares sont les interlocutrices fonctionnant de cette manière. Clairement, la plupart des déconstructrices qui égratignent les rapports de pouvoir dérivant du machisme ne souhaitent pas les abolir, mais plutôt de créer un microcosme où ils sont inversés au profit des dominés actuels.

L’un des instruments les plus retors pour y parvenir est l’accusation de splaining. Pour les lecteurs non-avertis, un splainer est un individu qui raisonne sur des problématiques qu’il ne maîtrise pas et qui est par conséquent à côté de ses pompes. Il peut s’agir par exemple d’un homme dépourvu d’empathie, qui ne verra pas le problème posé par les dragueurs lourdauds en milieu citadin, et à quel point leurs pratiques s’inscrivent dans la culture du viol. Le concept du splaining a donc son utilité ; le problème est qu’il est instrumentalisé à des fins de censure de toute opinion divergente en milieu FRI.

Ainsi, nous nous sommes très vite aperçus qu’un même discours (abolitionniste, que nous relayons ici-même depuis des mois) était perçu différemment en fonction de l’individu qui le portait. Spermufle, en tant qu’homme, est par essence moins crédible qu’Artémise. Peu importe son degré de compréhension du phénomène, une femme est jugée nécessairement plus légitime sur la question – surtout s’il s’agit d’une prostituée en activité. Ceci explique pourquoi bon nombre de FRI, qui n’ont qu’une connaissance superficielle de la prostitution, écoutent davantage ce qu’il faut bien appeler les conneries crypto-réglementaristes du STRASS que les propos d’un homme abolitionniste. Sur cette question (comme pour d’autres), l’accusation de splaining vient se substituer à tout effort d’argumentation. Entre autres, de sévères critiques ont été adressées à l’endroit d’hommes Féministes, l’un jugeant que les FEMEN discréditaient le mouvement, l’autre que les femmes au poil pubien désintégré sont asservies aux injonctions patriarcales. Ces deux hommes portent l’étiquette de l’ « oppresseur » ; pour une FRI, seule une « opprimée » est habilitée à juger de ce qui est bon pour la cause. La crédibilité d’un message est ainsi strictement hiérarchisée en fonction de l’étiquette portée par le messager.

Les schémas pré-conçus sont parfois inopérants pour restituer toute la complexité du réel

Les schémas pré-conçus sont parfois inopérants pour restituer toute la complexité du réel

Les abolitionnistes ne sont hélas pas épargné-e-s par cette tendance mortifère pour tout débat (puisqu’un périmètre de pensée est délimité et malheur à quiconque s’en éloigne – a fortiori s’il s’agit d’un homme). Nous avons ainsi par exemple pris connaissance, non sans perplexité, de ce qu’il faut bien appeler un « Manuel du bon allié des survivantes de la prostitution ».  Comment pousser les gens à la réflexion si on leur fournit un manuel de prêt-à-penser/agir ? Un bon militant serait-il avant tout un individu qui récite scrupuleusement une leçon ?

La prostitution n’est pas l’unique sujet où la plupart des FRI édictent ce qu’il faut bien appeler une ligne politique intangible. Comme il s’agit d’un milieu gagné par les thèses Intersectionnalistes (principe selon lequel il y aurait nécessairement convergences d’intérêts entre opprimé-e-s de catégories différentes), la question du racisme est fréquemment débattue. Là encore, un « Manuel de l’allié anti-raciste » existe et comporte un point essentiel : le terme de « racisme » doit être strictement réservé aux Blancs. Peu importe si on ne crée pas d’équivalence entre les différentes formes de racisme (celui des Blancs, systémique, a effectivement un impact socio-politique plus fort que celui à l’oeuvre parmi les minorités ethniques), quiconque évoque le phénomène du racisme anti-Blancs passe pour un agent perpétuant la domination Blanche (pratiquant au passage le whitesplaining). Pire encore : en milieu FRI, toute personne qui s’érige en représentant-e d’une catégorie opprimée (femmes, « racisé-e-s », homosexuel-les, transexuel-le-s, asexuel-le-s, etc.) est réputée avoir par essence raison face à un contradicteur issu d’une catégorie de privilégiés/dominants (surtout si la première défend ses positions avec une agressivité dont on ne tolérerait pas le dixième chez son interlocuteur). Tant pis si le débat porte sur un point marginal, comme par exemple la querelle sémantique mentionnée plus haut : celui qui s’éloigne de la ligne politique est sanctionné.

(Addendum : en définitive, l’usage du terme « racisme anti-Blancs » est épouvantablement maladroite. Il convient, tout simplement, de reconnaître que parfois des Blancs sont victimes de racisme. Le grand problème de la restriction de la définition du racisme à sa dimension institutionnelle est la perte d’une certaine logique. Ainsi, de ce point de vue, l’antisémitisme peut être envisagé comme une forme de racisme dans les années 30, mais pas de nos jours car il n’est pas institutionnel).

L’on s’aperçoit, en définitive, que le principe qui anime la pensée des FRI est le suivant : dans un conflit qui oppose un faible (celui qui porte l’étiquette de l’opprimé) à un fort (celui qui porte l’étiquette de l’oppresseur), elles donnent systématiquement raison au premier, sans égard pour le contexte. Etrange manière de défendre les opprimés que leur accorder l’absolution en toutes circonstances. Certaines phrases sont ainsi martelées dans ce milieu, comme par exemple « Le refus du manichéisme, c’est un moyen rhétorique trouvé par les dominants pour perpétuer l’oppression ». Comme si introduire de la nuance dans la pensée, décortiquer avec le plus de précision possible les choses, signifiait relativiser la domination. D’où des propos tels que « Contextualiser, c’est justifier. Expliquer, c’est légitimer » lisibles sur les TL (l’équivalent twittesque du mur sur Facebook) de certaines FRI. Propos qui n’ont rien à envier au sectarisme neuneu d’un obscur Conseiller Général UMP qui gloserait sur la délinquance.

Jack Facial, troll Masculiniste infiltré en milieu RadFem

Jack Facial, troll Masculiniste infiltré en milieu RadFem

Autre exemple : le traitement récemment réservé à un prostitueur handicapé sur un forum Féministe. Cet homme est certes, en tant que client des prostituées, un oppresseur. Néanmoins, rongé par la haine de soi et la culpabilité, il n’est clairement pas le pire d’entre eux (Artémise, qui a maintes fois croisé pareil profil, est formelle sur ce point). L’avoir traité comme s’il s’agissait d’un baiseur-pilonneur sans scrupules, adepte des FKK, fut non seulement inapproprié, mais également inefficace. Certains oppresseurs peuvent renoncer de leur plein gré à l’oppression (Spermufle est catégorique à ce propos) ; encore faut-il leur tenir un discours adéquat, ce qui est impossible si on oublie qu’il existe des nuances dans l’oppression. Tous les oppresseurs ne sont pas du même bois, et les réduire massivement à une caricature diabolisée (et sur laquelle on s’autorise à se défouler au nom de la bonne cause – et aussi sur Artémise qui a eu le malheur de ne pas suivre la ligne de  pensée) radicalise forcément ceux qui sont capables de lâcher du lest. Ne le perdons pas de vue au moment où le Législateur s’apprête à voter une loi « abolitionniste molle », de type symbolique, qui sera aisément contournée par tous les acteurs de la prostitution (proxos, clients, et prostituées indépendantes).

Ces quelques exemples montrent que le milieu FRI sécrète des règles entrant en totale contradiction avec l’idéal égalitariste dont se prévalent ses militant-es, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de cohérence aux yeux de l’extérieur. En outre, cette logique de hiérarchisation des interlocuteurs en fonction de l’étiquette a pour effet de scléroser les débats. La marge de manoeuvre des hommes y est étroite ; un « bon allié » doit répéter servilement le discours porté par les « opprimé-e-s », allant même parfois jusqu’au fayotage. Quant aux militantes théoriciennes, on s’aperçoit qu’à de rares exceptions près elles ne font que recycler des concepts RadFem Anglo-Saxons ; leur contribution personnelle, fruit d’une réflexion propre, reste limitée par la faute d’un conformisme pesant. En somme, et toutes proportions gardées, les FRI recréent tranquillement une petite R.D.A où les opposants sont sanctionnés (diabolisation par une étiquette infamante; comme par exemple celle de racisme), et où les blogs/forums sont à peu près interchangeables, le tout avec une prétention agaçante à détenir le monopole de la Vertu et du Juste.

Voilà ce qui arrive quand on confie un peu de pouvoir aux Forces du Bien

Voilà ce qui arrive quand on confie un peu de pouvoir aux Forces du Bien

Ces dérives peuvent paraître insignifiantes car elles n’ont pas la même portée socio-politique que le sexisme institutionnel. Effectivement, le machisme tue ; on ne peut pas en dire autant du Féminisme. En revanche, ce qui a jadis tué (et continuera de le faire), c’est une manière très précise d’exercer la politique, qui anime nombre de ces FRI dont il est question dans ce billet. Il est tout à fait évident que ces dernières se seraient parfaitement épanouies dans un contexte de type dictatorial, où les déviants sont diabolisés et dûment châtiés. Quoi de plus logique pour des individus qui évoquent sans cesse la nécessité de déconstruire… en oubliant sciemment d’appliquer cet idéal s’agissant de leur rapport à l’ego, et par conséquent au pouvoir

Prétendre que tout cela est sans conséquence, c’est oublier qu’il en va de la crédibilité du mouvement Féministe : ce n’est pas en se comportant comme les caricatures brossées par les Masculinistes (lesquels insinuent qu’une transition gynarchique est planifiée) qu’on affaiblit ces derniers. De plus, cette mentalité qu’il faut bien appeler tribaliste (repli sur une chapelle identitaire aux règles encore plus oppressives que celles du monde extérieur) est peu attractive pour le grand public, et donc l’électorat. On se condamne par avance à rester minoritaire, voire groupusculaire, ce qui réduit la possibilité d’exercer une influence politique. Faute de pouvoir convaincre la masse par une stratégie conciliatrice (comme le font les Masculinistes, cf premier paragraphe), le seul recours pour influencer le Législateur prend la forme du lobbyisme. Mais qu’adviendra-t-il lorsque la Gauche, débouché politique naturel des FRI, sera balayée en 2017, voire avant en cas de crise majeure, hypothèse vraisemblable ? C’est très simple : le pseudo-Féminisme à la Iacub/Polony écrabouillera le Féminisme Dworkinien.

P.S. : Ce billet a été conjointement rédigé par Spermufle et Artémise. Tant pis pour les règles en vigueur chez les FRI, qui stipulent que seule Artémise est fondée (en tant que femme) à émettre un avis à propos du militantisme Féministe.

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DU SANG, DES LARMES ET DU FOUTRE !!!

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13 commentaires pour Faire le Mur

  1. Jezebel dit :

    Bon je suppose qu’on en prend pour notre grade à raison, par contre je ne comprends pas trop la mention de Jack Facial dans la légende?

    • spermufle dit :

      Beeeeeh j’avais juste envie de placer cette photo et j’ai saisi le premier prétexte venu (d’ailleurs j’ai suivi le truc de loin, peux-tu m’expliquer cette polémique en MP ?)

  2. l'elfe dit :

    Je pense qu’il y a eu des malentendus et je trouve dommage que vous ayez ce ressenti par rapport au splainging. C’est vrai que l’accusation de splaining est parfois brandie à tort, mais peut-on vraiment en vouloir aux féministes et autres activistes? En tant que femme, noir-e, trans etc, si quelqu’un te marche sur les pompes, tu sais jamais si ça a un rapport avec ton statut de femme, de racisé-e ou de déviant-e… Ca vire assez vite à la parranoïa… Je ne pense pas que beaucoup de féministes pensent que les hommes ne sont pas par essence légitimes pour parler de sujets touchant au féminisme (ho bien sur il doit y en avoir), la plupart des féministes sont nettement plus existentialistes qu’essentialistes, même si parfois on se fourvoie. Tout le monde peut se fourvoyer, se tromper, mal évaluer un discours ou mal juger celui qui l’émet.

    Par rapport au prostituteur, ça me gène un peu que tu précises qu’il est handicapé parce que pour moi ça n’a pas vraiment d’importance par rapport à son statut d’oppresseur, et ce qui me gène n’est pas en soi qu’un mec avoue consommer des prostituées, mais qu’il se justifie et tente d’obtenir une caution morale pour avoir bonne conscience, avec des arguments typiques de l’oppresseur (c’est la faute des femmes, etc) et en plus sur un forum de féministes radicales, avec refus total de se remettre en question… Je pense qu’il ne pouvait être que mal reçu, même si des choses très maladroites ont été dites à propos du handicap qui pour le coup relevaient peut-être du splaining… (mais la personne ne semble avoir relevé que les arguments anti-prostitution, j’espère en revanche qu’il n’a pas été blessé par les choses qui n’auraient pas du être dites au sujet du handicap).

    Désolée j’espère que mon commentaire n’enfonce pas le clou. Je suis sincèrement navrée que vous ressentiez les choses comme ça. Il y a sans doute des critiques valables dans cet article même si j’ai un peu du mal à y voir clair.

    • Artémise dit :

      Je ressens beaucoup de culpabilité dans ton message, finalement. Et si vous essayiez de vous remettre en question, tous, au lieu de perdre votre énergie en « justifications » ? Le but c’est peut être de tirer de bonnes leçons de nos erreurs au lieu de chercher à tout prix à les minimiser, les nier, les enrubanner avec des jolis mots, non ?

      • l'elfe dit :

        Ben je me sentais pas spécialement visée en fait. Sauf par rapport au gars qui est client, mais par rapport à ça, j’ai pas changé ma position. Je veux bien écouter, ne pas juger, etc, mais donner une caution morale ou laisser passer certaines justifications est pour moi hors de question, et vraiment peu importe le locuteur. C’est peut-être pas un discours adéquat, mais il n’y a pas eu de dialogue de toutes façons. En tant que militante, j’ai toujours rencontré des personnes qui se justifient de leur comportement d’oppresseur (quel qu’il soit), et je ne les ai jamais vus changer d’avis face à aucun discours à partir du moment où ils cherchaient à se justifier et pas à dialoguer réellement. Je suis donc absolument certaine qu’il n’y avait rien à faire à ce moment-là pour faire changer cette personne-là. Bien sur je suis pas infaillible, mais c’est ce que je pense. C’est vrai que c’est triste de se débattre dans sa culpabilité, mais y a les intérêts des victimes de l’autre côté qui m’empêchent de dire « très bien, continue », et même si je le faisais, ça ne soulagerait la culpabilité que d’une façon infime… Quant à exprimer de l’empathie, de la sympathie… C’est à chaque personne de réagir selon son vécu, sa perception. Mais ça n’a rien à voir avec l’efficacité. Si spermufle était allé se justifier sur un forum radfem de la même façon plutôt que de se remettre en question il aurait été accueilli pareil. Au lieu de ça il s’est remis en question et je pense qu’il n’attend pas qu’on lui offre un cookie pour sa bonne conduite.

        Pour le splaining (ou les accusations de splaining), je sais pas s’il m’arrive à moi d’être parrano, mais je sais que ça arrive de temps en temps, alors peut-être plus à certaines personnes qu’à d’autres, mais bon. Je dis pas que ça peut pas m’arriver, hein. Mais je me rappelle pas que ça me soit arrivé en particulier; j’ai un peu l’impression que tu généralises et que tu me met dans un sac « féministes radicales » un groupe de personnes sur un forum ayant dit ceci et cela, alors que personnellement moi-même je n’ai pas forcément d’avis sur tout ce qui a été dit, débattu, sur telle ou telle accusation de splaining, j’ai pas participé à toutes les conversations (enfin pas de façon active, j’ai lu)… Parce que souvent j’avais juste rien à dire… Je sais pas ce qui est du splaining et ce qui ne l’est pas, je sais pas si on doit réserver le terme « racisme » à une situation d’oppression dominants/dominés ou si on peut l’utiliser pour tout propos ou acte haineux ayant rapport avec la race ou l’ethnie, je sais pas si tout ça c’est pas qu’une question de vocabulaire ou si y a une idéologie plus profonde là-dessous, j’en ai vraiment aucune idée, et je crois pas que les féministes radicales ou autres aient toutes les mêmes réponses à ces questions, bien sur. Et même les personnes du forum. Je pense pas être en train de me justifier, je sais pas pourquoi les choses ont tourné de telle façon que vous en avez été sincèrement blessés, mais si j’ai fait une erreur (moi personnellement et non pas le forum ou « les féministes), alors je ne la vois pas… D’ailleurs très sincèrement je ne comprend pas tout de cet article, notamment cette notion de crédibilité m’échappe totalement…

        • spermufle dit :

          Complément (personnel) à l’article : je pensais que dans un environnement où le machisme et ses manifestations (valorisation des rapports de force, de l’ego, etc) étaient égratignés, je croiserais davantage de gens capables d’aborder un débat politique autrement. Qu’il y avait eu une vraie déconstruction à ce propos. Je me rends compte qu’il n’en est rien. C’est pas spécifique au forum, je t’ai notamment relaté d’autres mésaventures dans un autre cadre. En fait j’ai la désagréable impression d’avoir affaire à des gens RadFem parce que femmes, égalitaristes parce que pauvres, etc. et qui pourraient sans l’ombre d’une hésitation être du bord opposé si leurs intérêts en dépendaient.

        • Parleur dit :

          Juste a propos de ceci : « Je suis donc absolument certaine qu’il n’y avait rien à faire à ce moment-là pour faire changer cette personne-là. »

          Je suis, moi, intimement persuade qu’une seule chose, a un seul moment ne peut pas en effet changer quoi-que ce soit chez qui que ce soit.
          Par contre, il y a un ammassement qui, lui, peut changer un peu les choses, petit a petit.

          Et que la, il a ete choisit de ne pas saisir cette occasion, si miniscule puisse-t-elle sembler a certains.

          Ceci dit, je ressentais justement qu’il y avait dans ses messages suffisament de… je cherche mes mots… souffrance sous-jacente dans ses messages pour croire qu’il y avait moyen de faire de cette occasion qu’elle ne soit pas si petite que ca.

          Du coup, ca me fait un peu mal que ce potentiel ait ete refusee.

          Refuse sur des principes plutot justes, je crois.
          Mais qui, sans y mettre un peu de « personnel » sont aussi parfaitement improductifs dans ce genre de situation.

    • spermufle dit :

      Alors,

      Pour ce qui est de l’essentalisme, il semblerait plutôt que ce soit du « sociologisme », qui est finalement une dérive assez compréhensible quand on envisage la prépondérance de l’acquis dans à peu près tout domaine. On peine à concevoir qu’un individu puisse s’affranchir des repères liés à la catégorie à laquelle on le rattache. Les Féministes qui ont des préjugés sur les hommes, AMHA, ne diffèrent guère de tous ceux qui ont tendance à appréhender les racisés en plaquant sur eux toute une série de préjugés (et qu’ils soient négatifs ou positifs ne change rien dans le fond).

      A propos de la paranoïa : à une époque (2010-2011), je suivais le site « Viedemeuf », et j’étais assez frappé de voir qu’un bon quart des anecdotes avaient peu de rapport avec le sexisme et relevaient d’une forme de paranoïa, ce qui donnait du grain à moudre au troll Masculiniste qui traînait dans les parages. Je constate que cette paranoïa me vaut une suspicion de principe ; logique que j’aille voir ailleurs si je peux porter mon discours.

      En ce qui concerne le handicap du client, je crois qu’au contraire c’est important de le mentionner. On a affaire à un type atteint d’une dégénérescence musculaire, sur laquelle il n’a aucune prise. L’injustice par excellence, qui commande un rapport particulier au monde (focalisation sur sa propre souffrance au détriment de celle de l’autre par exemple). Il ne pourra donc pas être réceptif à autant d’arguments qu’un individu du commun. Si on commence par l’assimiler à un au type que tu avais cité dans ton article « Le client est roi », qui se vantait d’avoir violé une prostituée (et qui a d’ailleurs récemment fait la pub d’un évènement du STRASS sur docti), et qu’en plus on nie certains phénomènes, comme par exemple le sexisme des femmes dans leurs choix de partenaires (les hommes le pratiquent à fond – les préférences des prostitueurs en témoignent – et je ne vois pas pourquoi les femmes en seraient magiquement épargnées), ben le type ne peut que se braquer.

      Le « Tu es un salaud d’oppresseur » est moins efficace pour le faire évoluer qu’un « Désolé, tu es un oppresseur et je ne peux pas t’approuver, mais je comprends par quoi tu passes et j’estime que tu as beaucoup à gagner en renonçant à ton oppression ». Evidemment ce type de discours ne peut marcher qu’avec certains prostitueurs, pas sur les punters chevronnés par exemple (la future loi promet d’ailleurs d’être trop indulgente à leur égard). Tant qu’un mec arrêtera d’aller aux putes, j’estime que c’est bon à prendre. Si après il développe une réflexion de fond éventuellement Féministe, tant mieux, mais en tant qu’abolo ça ne me paraît pas le plus important.

  3. Artémise dit :

    Il y a une chose qu’il faut savoir : cet article ne parle pas uniquement de comportements observés sur le forum mais de ce dont nous avons pu être témoins un peu partout sur la toile, s’agissant de féminisme (blogs, facebook, twitter, commentaires d’articles de presse internet). Il s’agit, de notre point de vue, d’une tendance majoritaire dans le milieu du féminisme 2.0.

    Spermufle est un lecteur moins assidu mais pour ma part j’ai passé un temps fou à fouiner et à lire. Et je ne partais pas avec des a priori particuliers, ou alors ils étaient plutôt positifs. Alors oui, bien sûr, tout le monde ne se comporte pas comme nous le décrivons dans l’article. Il y a les « meneurs », plus ou moins actifs, plus ou moins intransigeants et agressifs, ceux pour qui la cause féministe (ou une autre cause juste) n’est au final qu’un instrument leur permettant de justifier en toute circonstance leur comportement aberrant et moralement injustifiable (goût pour les rapports de force voir la tyrannie, besoin de se défouler sur des « ennemis »). Et puis il y a les autres, moins belliqueux et même pas du tout dans l’ensemble mais n’hésitant pas pour autant à justifier, soutenir sans réserve le comportement des premiers. Au final on va faire passer ces comportements pour une conséquence logique de l’engagement militant, de l’adhésion à des idéaux, alors même qu’ils relèvent plutôt de la personnalité, de problèmes personnels (refus total de remise en question, haine, ressentiment…).

    Et le pire dans tout ça, ce que je trouve le plus fou, c’est que ce fonctionnement s’épanouisse sur le terreau d’idéaux égalitaires et non-violents. Il y comme un décalage, et c’est un euphémisme. Une personne violente, agressive et nourrissant de grands désirs de domination sera cohérente et plutôt logique si elle choisi d’adhérer à des causes prônant la violence, la haine de l’autre, les rapports de domination. Son comportement ne me semblera pas pour autant souhaitable mais au moins je lui reconnaitrais une certaine lucidité et un certain courage à l’assumer au grand jour. Evidement il y aura aussi probablement une part de déni (« je suis violent pour la cause ») mais au final il sera moins hypocrite (« la cause doit être violente, la domination est juste, etc »). Ce texte s’inscrit, d’une manière générale, dans la lignée de « violence pour tous ». Et il n’a pas été écrit dans un but de vengeance, de défouloir, mais plutôt pour exprimer notre réflexion suite à une observation en fait assez longue dans le temps et dont ma participation sur le forum a été en quelque sorte un aboutissement. Alors oui, émotionnellement parlant je reconnais que sur la fin j’y ai laissé quelques plumes, cependant je suis plutôt du genre à ne pas nourrir de ressentiment, je pardonne (le pardon n’a rien à voir avec le fait d’être d’accord) assez facilement et je passe à autre chose. C’est-à-dire que je me sers de mes expériences (mais pas que) pour développer une réflexion sur un sujet donné, et je me surveille beaucoup pour éviter de penser noir ou blanc sous prétexte que noir ou blanc m’arrange personnellement.

    Donc bon, je ne trouve pas cela vraiment utile de s’arrêter particulièrement sur les exemples choisis pour illustrer notre pensée ou de donner trop d’importance à ce que nous avons pu personnellement ressentir comme « blessure ». Pour ma part j’ai une vision d’ensemble d’un phénomène observé dans un milieu plus ou moins ciblé, résultant (le phénomène) de fonctionnements aussi banals que regrettables. J’ai constaté que cela se rapprochait fortement du « beurre et de l’argent du beurre », une volonté de renvoyer une image de personne vertueuse et juste tout en se laissant aller, tranquilou, à ses plus bas instincts (et donc complètements à l’opposé des idéaux prônés). A partir de là, comment être crédible ? Et par extension comment ne pas risquer de renvoyer une image douteuse des causes prônées ? J’ai suffisamment de recul et de foi pour ne pas assimiler ces comportements à ces idéaux, pour moi les causes restent justes même si elles sont instrumentalisées. Néanmoins premièrement je comprends que d’autres puissent faire l’amalgame, et deuxièmement je suis effrayée à l’idée qu’on puisse donner le moindre pouvoir à ces gens (belliqueux instrumentalisant des causes justes) sous prétexte de soutenir ces idéaux.

    En gros, je préfère qu’on estime que je ne mérite aucun AOC vertueux plutôt que d’apporter un soutien plus ou moins actif à des voix hypocrites et potentiellement nocives. Et d’après ce que j’ai pu en voir ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde, il suffit apparemment de brandir une accusation qu’on veut diabolisante pour que beaucoup abdiquent bon sens et lucidité et fassent automatiquement machine arrière. D’où notre refus des étiquettes et surtout de leur donner plus d’importance qu’aux idées. Parce que bon, à partir du moment où l’on préfère conserver une ou plusieurs « bonnes étiquettes », qu’on est prêt à tout pour cela, je vois pas trop où il reste de la place pour la réflexion, la déconstruction, l’évolution, etc. Ce n’est pas quelque chose que je reproche uniquement au féminisme de la toile, plus globalement je le constate beaucoup dans les engagements politiques de gauche.

    Cette trouille de passer pour moins vertueux que son voisin, cet affolement pitoyable rien qu’à l’idée d’être étiqueté « méchant » (« méchant comme les pourritures d’en face »)… Personne, ou presque, n’aime être considéré comme un méchant pas beau, seulement ce n’est pas une raison pour préférer devenir complètement stupide voir carrément délirant dès que cette accusation plane au dessus de nos têtes. Céder à cette forme de pression, uniquement pour sauver les apparences donc, osef le fond, cela a toujours amené à faire un peu tout et n’importe quoi et surtout des choses pas très reluisantes. Le mec qui, à la base, n’avait aucune envie de baiser et encore moins de nuire mais qui va participer à un viol collectif parce que sinon « il est pas un homme ». La meuf qui va en traiter une autre de « salope, pute » parce qu’elle craint (à juste titre souvent) que si elle ne le fait pas on lui collera à elle aussi cette même étiquette infamante.

    L’Histoire et le quotidien de chacun regorgent d’exemples venant appuyer ce que j’ai développé ici, après oui on peut choisir d’admettre que « oui ça existe et c’est pas bien » mais de rester aveugle quand cela se passe dans certains milieux, sous certains drapeaux, sous couvert de profiter à certains idéaux… Mais alors non, je suis intimement persuadée que dans ce cas on n’aura rien compris du tout au problème et qu’on se condamne à le reproduire/soutenir, plus ou moins activement et avec plus ou moins de bonne foi certes, mais les résultats, eux, sont invariablement négatifs…

  4. Personne dit :

    Un idiot dangereux disait en substance il y a peu : « certain-e-s militent parce que ca leur évite d’aller voir un psy. » ; et c’est diablement pertinent, hélas. Trois fois Hélas. Quand des chevaliers blancs de la vertu s’amusent a caricaturer un comportement chez l’autre sexe avec dés le départ une mauvaise foi telle, qu’elle te coupe pour longtemps toute envie(mais aussi et surtout la possibilité : quand les mots te touchent au plus profond de ta blessure et que le créateur de ces mots se pare de mille vertus, c’est foutu !) d’argumenter parce que, tellement pernicieuse et dissimulée dans un premier temps, et finalement si évidente dans un deuxième voir un troisième temps, d’ailleurs tu finis par ne plus voir que ca au bout d’un moment. Tout s’assujettit à cette réaction défensive qu’on peut avoir face à cette mauvaise foi primaire, typique de la personne qui dés qu’elle a un soucis dans sa vie privée, en fait un combat politique sur son blog. Pitoyable et profondément malsain mais suivi par des dizaines, peut être même par des centaines de zozos bien contents de pouvoir mettre des mots, mais en réalité des Maux plutôt, sur le dos de leur sois-disant « ami-e-s »/alliés ou de je ne sais quelles cibles sur lesquelles il est apparemment nécessaire de gloser, sois-disant pour « déconstruire et remettre les choses en Ordre »…

    Tenter, mollement, certes, de se « déconstruire » ou s’informer/réfléchir sur les féminismes en vigueur dans le petit internet francais avec les mots/maux de ce type d’hypocrite est quelque peu risqué, pour tout le monde. Cela semblerait absolument caricatural de parler à leur endroit de « fasciste…..anti-fasciste », surtout vu l’actualité du moment et pourtant !! C’est bien de ca qu’il s’agit et je rajoute donc du grain à moudre au propos de spermufle(édifiant pseudonyme !! lol)quand il pense avoir affaire a des gens qui sont « RadFem parce que femmes, égalitaristes parce que pauvres, etc. » ; et qu’effectivement, devant une telle mauvaise-foi, tellement un tel manque d’empathie(alors qu’ils/elles utilisent ce mot souvent pour faire la morale à qui n’oserait pas être d’accord avec elles/eux !!), et pour pas dire, un tel manque d’humanité. Vous m’excuserez, ô personnes cons-cernées(oui ces personnes magnifiques sont entourées par des cons, en permanence, ne pas être d’accord avec leurs délires signifie « être con » et ca leur donne le droit d’étaler leur « caca mental » un peu partout sur ternet)(ma foi, je ne juge pas les cerveaux restés au stade fécal, si ca leur chante), de vous considérer, comme étant, l’un des plus dangereux ennemis qu’un/qu’une survivante puisse avoir. (après, survivant/survivante de quoi, ma foi, cela, et ne vous en déplaise, ne vous regarde pas ! ;).

    Cordialement. (malgré tout)

    • Artémise dit :

      « ne vous en déplaise »
      Je sais pas pourquoi mais plus ça va et plus ça me hérisse les poils des pattes de lire cette formule. Elle est d’ailleurs en tête de la liste que je me suis constituée, de ces mots qui me sortent par les globes à force de les croiser quand je traîne mes espadrilles sur la toile. Juste après on retrouve « bien pensant » « Cerise sur le gâteau » « Pudibonderie » « déguster une escorte » « moralisateur » « un véritable arsenal » « fasciste » « morale dominante » « ordre moral »… (liste non exhaustive)

    • Georges dit :

      Je souscris à l’entièreté de ce commentaire du 10 juin à 6:42, moins les considérations de caca mental, et je tenais à le faire savoir à son auteur, Personne.

  5. Jack Facial dit :

    Artémise, tu voulais me contacter, non ?

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