Violence pour tous

(25/03/2013 by Artémise, Spermufle & Mol)

« Avant de faire la Révolution dans la rue, faut d’abord la faire dans la tête. » (Léo Ferré)

(Préambule : les trois contributeurs qui s’expriment ici ne sont aucunement hostiles à la loi Taubira et n’éprouvent aucune sympathie connue ou souterraine envers les participants de la « manif pour tous ». D’ailleurs nous avons tous les trois des amis homos. Et toc).

article0106008je337Vendredi matin (NDSpermufle : à 16h ? La blague), tandis que je me rendais paisiblement sur l’excellent blog « Mélange Instable » de Salomée en espérant y trouver un nouvel article (j’avoue que j’attends avec impatience le deuxième volet de son texte traitant du féminisme), j’ai aperçu un lien intitulé « contre la loi Taubira » et j’ai eu la curiosité de cliquer dessus. Ce que j’y ai lu, commentaires compris, m’a littéralement stupéfiée. Au point que je me suis dit qu’il serait peut être bon que quelqu’un réagisse, arguments à l’appui, en rappelant que non, la fin ne justifie pas les moyens et que c’est en épousant ce genre de raisonnement sans réserve qu’on en arrive aux pires horreurs, aux pires injustices (la tristement bien connue « loi de la jungle »). Exactement comme certaines Féministes se permettent de rappeler, chaque fois que l’occasion se présente, que les différentes formes de sexisme ordinaire font le lit des pires violences (tabassages conjugaux, viols…). Ah la la, quelle bande d’égocentriques misogynes, tatillonnes et donneuses de leçon ces Féministes! Bref, comme je n’avais personne d’autre sous la main je m’y suis collée et voilà où nous en sommes quelques jours plus tard.

Vous allez me dire (ne niez pas, je vous vois venir petits taquins revendicateurs à la perspicacité partiale) qu’en écrivant ceci je ne fais moi-même pas autre chose que de trouver un prétexte pour me faire mousser la coquille. C’est peut être bien le cas, on peut parfaitement imaginer que je me suis réveillée un matin en étant un peu sur ma faim, en voulant faire quelque chose mais sans savoir quoi et que je me suis dit : « Bordel, je ne suis qu’une spectatrice de l’Histoire qui se fait, en ce moment, cette idée est intolérable à l’image que j’ai de moi-même et que je mets tant d’énergie à essayer de renvoyer aux autres. ». Ni une ni deux, je me serais donc précipitée valeureusement sur mon moteur de recherche dans le but de trouver une noble cause au nom de laquelle m’indigner avec toute la grâce et la flamboyance qui me caractérise (et je ne vous cache pas que pour ce faire j’aurai dû prendre le risque inconsidéré de taper les mots clefs adéquats). Suite de l’histoire : tel un impitoyable rapace fondant sur un mignon petit chaton innocent je me suis méchamment ruée sur le blog de Daria Marx en lui arrachant son clavier des mains (ce qui n’était, en soi, vraiment qu’un acte anodin, une peccadille puisqu’elle l’a récupéré dans sa poubelle deux minutes plus tard et que de toute façon elle en avait un autre dans le tiroir de son bureau) et en lui intimant l’ordre de dégager de la toile. Pas de ça sur mon internet bordel. J’ai évidemment par la suite récolté moult félicitations et pléthore de soutiens, comme vous pouvez le constater, pour avoir mené cette bataille hardie.

Les enfants de couples hétérosexuels ne sont PAS forcément plus équilibrés que les autres

Les enfants de couples hétérosexuels ne sont PAS forcément plus équilibrés que les autres

Ben non, en fait, c’est juste la rhétorique déployée par l’auteure de l’article qui m’a semblé dangereuse et contre-productive pour la cause qu’elle défend. J’aimerais par conséquent revenir dessus, de même que sur les commentaires suscités. Extraits :

1) Tentative de censure, intolérance et agressivité assumées :

« Je décide donc d’aller empêcher de tourner en rond »

« Je fonce sur lui avec toute l’élégance et la grâce qui me caractérisent, et lui demande de lever le camp. Pas de discours de haine dans mon quartier, je ne le supporte pas »

« Je lui arrache donc sa pile de tracts des mains »

« Notre interlocuteur est de plus en plus énervé, il sent que la situation lui échappe »

« Je demande à la petite bande de remballer leurs paperasses et de dégager »

« Je les sens un peu dépassés par ma volonté évidente de nuire. »

« Ils osent à peine tracter. »

2) Motivations invoquées :

« Je n’ai pas pu me rendre aux manifestations soutenant ce projet de loi, et j’étais un peu sur ma faim, je voulais faire quelque chose, mais je ne savais pas quoi. »

« Pour rencontrer ceux qui vont marcher à l’encontre de ce que je pense être un droit essentiel »

« Pour voir ce qu’ils avaient dans le bide »

« Pour faire chier, bien sur, clairement, pour montrer mon désaccord, pour qu’on ne puisse pas laisser dire à 300m de chez moi des horreurs », « pour qu’on trouve dans cette distribution homophobe un autre son de cloche, une voix divergente. »

« Pour avoir l’impression de faire quelque chose, égoïstement. »

« Pour ne pas être spectatrice de l’histoire qui se fait, en ce moment. »

« Pour mes amis, mes amies, mes proches, qui sont comme moi, des humains à grands pieds, et qui veulent avoir, comme moi, le choix de se marier, d’enfanter, et d’être protégés par la République. »

Face aux commentaires désapprobateurs (essentiellement les miens), Daria Marx articule une stratégie de défense autour de deux grands axes : minimisation (MM) et noyage de poisson (NP) :

«  oui, avec le recul, j’ai un seul regret, celui d’avoir arraché les tracts. Mais nous sommes des dizaines à en prendre par paquets entiers sous prétexte de les distribuer, pour les déchirer dans un grand élan de joie un peu plus tard, le résultat est donc le même. Ceci dit, j’ai du choper une 100 aine de flyers, alors qu’ils en possédaient 20 fois plus dans leurs sacs, et qu’ils ont continué leur distribution pendant que j’étais là. Je n’ai donc pas empêché quoique ce soit. » « Quand au champ lexical que vous semblez me reprocher, le « pas de ca dans mon quartier », les demandes successives de quitter l’emplacement, vous me pensez bien rustre pour imaginer un seul instant que je les imaginais obtempérer. »

==> MM : Daria commence par faire mine de reconnaître qu’elle n’aurait pas du avoir ce geste violent, mais comme il n’a pas eu le résultat escompté, ceci annule sa responsabilité face au dit acte. L’absence de réussite de l’entreprise ou alors l’équivalence de son résultat à celui obtenu par une action non-violente sont les preuves que le moyen mis en œuvre était légitime et irréprochable. Conclusion : en fait non, finalement elle n’a rien fait de mal.

« Je n’ai fait que me tenir devant une bouche de métro, et parler, crier ou chanter. Je n’ai fait que répondre à chaque fois qu’ils tendaient un tract en disant qu’ils le distribuaient au nom de l’amour, contre une loi que je pense nécessaire. Me taxer d’intimidation est une farce. »

==> MM : Daria ne s’est pas présentée devant les manifestants pour une simple discussion ou quoi que ce soit en rapport avec une argumentation. Non, son attitude, radicale, sans compromis, et relevant d’une forme de défense du territoire (Qui lui a donné mandat ? Hormis son ego) ne pouvait déboucher que sur une retraite des opposants ou bien à la confrontation physique.

« Il ne s’agissait pas ici d’une manifestation validée par la préfecture, ou de tout autre rassemblement officiel sur l’espace public. Nous étions, chacun, dans nos droits les plus stricts. »

==> NP : Daria n’a vraisemblablement appris cette information qu’a posteriori, sans quoi elle ne se serait pas privée d’en faire grief aux manifestants. En outre, de quel droit de substitue-t-elle à la force publique pour faire respecter la loi ? Voilà une mentalité digne d’un membre d’une milice d’auto-défense.

«Je ne vais pas revenir sur mon avis et ma position. Je pense que j’ai eu raison de faire ce que j’ai fait. » 

==> NP :Je crois qu’on tient là le passage le plus sincère du bloc article + commentaires. Daria Marx a forcément raison parce qu’elle estime avoir raison. Circulez, y’a rien à voir.

C'est à la maréchaussée de faire respecter l'ordre Républicain

C’est à la maréchaussée de faire respecter l’ordre Républicain

Les partisans de l’action Dariamarxiste, nettement majoritaires, se répartissent en trois catégories :

les frères d’armes (« Bien joué, un grand bravo. C’est la même motivation qui nous apoussés à manifester contre Frigide L’Idiote et Xavier Bon-Nigaud à Bruxelles plus tôt dans la semaine. Ne pas les laisser faire, ne pas les laisser dire, et ne pas les laisser haïr ! ») ;

les supporters, admiratifs et envieux (« Je suis impressionné et touché de ce que t’as fait pour d’autres et pour un monde plus juste ») ;

les vocations naissantes (« Hier, j’ai trouvé un tract de leur merde dans ma boîte aux lettres, j’étais furieuse ! J’aurais tant aimé tomber sur les responsables, dans le hall, pour les dégager et déchirer tous leurs papelards puants ! »)

Ses détracteurs sont nettement plus rares. On compte parmi eux l’idiot du village (« La bêtise de ton post n’a d’égale que ton laideur physique. Beurk cache toi le boudin »), ainsi qu’un individu se déclarant homosexuel et peu convaincu par l’efficacité du militantisme de choc (« En essayant d’imposer vos convictions aux autres, vous vous comportez de la même façon que les homophobes qui se permettent de faire la morale aux homos. Vous vous abaissez à utiliser les mêmes procédés haineux. « Pas de ça chez moi ». Ne serait-ce pas des paroles qui pourraient pareillement sortir de la bouche d’un homophobe? Ces paroles sont intolérables, quel que soit le contexte. Je précise que je suis moi-même homo et pour le mariage aux couples du même sexe, mais je trouve votre action maladroite. Vous ne faites que desservir notre cause en agissant de la sorte et je ne pense pas que vous ayez contribué à faire changer l’avis de quiconque sur la question. A part peut être pour les opposants au mariage, à qui vous avez donné de bonnes raisons d’être homophobe »).

Tu la sens, ma grosse Vertu ?

Tu la sens, ma grosse Vertu ?

J’ai trouvé particulièrement inquiétante la minimisation de ses actes par Daria Marx. Elle n’a fait que balancer du papier à la poubelle, nous explique-t-elle en réponse à mes objections, ça ne constitue en rien une restriction de liberté d’expression. Elle avait pourtant évoqué dans son billet l’une de ses motivations principales : ne pas laisser aux homophobes le droit de s’exprimer et d’occuper « son » territoire. Je ne peux m’empêcher de tracer un parallèle avec un macho à l’ancienne qui décrirait une altercation avec une femme, et qui adoucirait son discours à mesure que les reproches pleuvraient :

Dans un premier temps, ça donnerait : Ah ah ah ! Comment je l’ai bien remise à sa place cette salope aguicheuse en lui malaxant bien comme il faut son cul de connasse ! Et vous savez quoi ? Je lui ai même dit : « T’es bonne toi, j’te verrai bien sur le bout de ma bite » ! Elle foutait la merde avec sa minijupe mais moi j’ai réagi, au nom de tous les mecs qu’elle allumait pour mieux les mépriser ensuite en repoussant leurs avances, je suis fier de moi !

… (messages de soutiens) … (un commentateur lui fait remarquer que ses agissements sont intolérables) ….

… ça va hein, je l’ai pas violée je lui ai JUSTE peloté les fesses en lui disant qu’elle était bonne et que je la verrais bien sur le bout de ma bite ! Elle allumait tout le monde en plus !

… (quelques heures et quelques commentaires outrés plus tard) …

… Ah non finalement, vous allez rire mais en fait c’est un quiproquo, je me suis mal exprimé, je lui ai JUSTE à peine frôlé les fesses en faisant pas trop exprès. Pis c’était pour défendre quelqu’un qu’elle avait insulté (même si ça je ne l’ai appris qu’après coup)… ça va j’ai bon là ? Nan parce que je voudrais pas passer pour un méchant hein, c’est mauvais pour mon image.

Evidemment, il ne s’agit pas d’affirmer que Daria pourrait tripoter des femmes dans la rue, ou pratiquerait le frotteurisme en milieu RATPien. Simplement, cette manière de se dédouaner de ses actes me rappelle furieusement les machos dans le déni auxquels j’ai été confrontée. J’y vois le même égocentrisme adolescent et la même irresponsabilité.

Autre parallèle significatif : l’agressivité assumée. Sans même en avoir conscience, et sans non plus le remettre en question après coup, Daria et ses partisans (et en premier lieu ceux qui regrettent de ne pas l’avoir imitée) véhiculent une vision du monde digne des plus réacs des Masculinistes. Dans le système patriarcal, la crédibilité est accordée à celui qui déploie un maximum d’agressivité – qualité masculine par excellence. Le pacifisme est la marque de la faiblesse, de l’infériorité, de la soumission, un truc de pédés et de bonnes femmes, en somme. Le lien entre la glorification de la violence et machisme/homophobie n’est plus à prouver, des féministes se sont déjà penchées dessus et leurs conclusions sont édifiantes. Tout est lié, on ne peut décemment pas prétendre lutter contre l’injustice, l’intolérance, la haine raciale/homophobe/sexiste tout en s’autorisant ce type de comportement, et encore moins en le revendiquant publiquement. J’imagine mal un groupe de Féministes organisant un jour une expédition visant à violenter les hommes, les discriminer et réifier leurs corps puis le lendemain leurs reprocher de leur avoir fait la même chose (l’exemple fonctionne aussi très bien avec l’homophobie et le racisme). Le terme « responsabilité individuelle » n’a pas été inventé pour faire joli.

0769Comme je l’ai signalé ci-dessus, l’attitude de Daria Marx relève bel et bien d’une tentative d’intimidation. Ce ne sont plus des opinions qui se confrontent, mais des individus. La loi du plus fort se substitue à celui de l’argument le plus pertinent. On définit un territoire qui nous appartient, et les déviants doivent être réduits au silence voire bannis. On estime que nos principes ont plus de légitimité que tout autre, la loi, le respect de l’autre, la liberté d’expression, etc. Il s’agit de comportements adolescents, voire infantiles ; je ne saurais trop conseiller à nos vaillants et belliqueux militants des lectures pédagogiques telles que Le grand livre de toutes les violences, Gigi la girafe au pays des animaux, ou encore des jouets éducatifs tels que ceux-ci. Un petit rappel à l’ordre Républicain s’impose également pour ceux qui sont tentés de se faire justice soi-même. Car conchier ces principes, c’est prôner la loi du plus fort, à mille lieues des idéaux pour lesquels nous militons. Non, la fin ne justifie pas les moyens. Qu’en penses-tu, Spermufle ?

***

23437La même chose que toi. Samedi matin, j’ai jugé utile de m’immiscer dans le débat et de signaler à Daria Marx qu’elle prônait une conduite susceptible de lui nuire ultérieurement. On peut par exemple imaginer qu’un jour, elle se retrouvera à défiler/tracter/effectuer toute action publique en rapport avec la défense d’Israël, état dont l’existence même suscite l’hostilité de nombreux antisémites plus ou moins masqués et plus ou moins agressifs. Il est fort possible qu’elle soit alors aux prises avec l’un d’eux, qui n’hésitera pas à lui chercher querelle en usant de procédés similaires à ceux qu’elle a employés. Cet individu s’abritera alors derrière une idéologie aux atours humanistes (ici, la défense d’un peuple opprimé – Palestinien en l’occurrence), puis se gargarisera probablement de son courage sur les réseaux sociaux.

De la même manière, le port de la burqa inspire une franche opposition à bon nombre d’individus animés par des principes à la légitimité morale incontestable (Féminisme ou Laïcité). S’ils agissaient comme Daria Marx, ils ôteraient de force les burqas, y compris dans l’espace public (ce qui a d’ailleurs déjà été fait, et pas à l’initiative d’un groupe de skin assoiffés de sang mauresque d’ailleurs). Somme toute, lorsque l’application d’un idéal se superpose à toute autre contrainte (la loi, la tolérance ou le respect du prochain), alors s’en prendre à un vêtement est à peine plus violent et tout aussi légitime que de détruire des tracts.

On est tous, potentiellement, le salaud de quelqu’un : voilà ce que j’ai souhaité dire à Daria Marx. Hélas, mon commentaire a de toute évidence abouti dans les spams, cause probable de sa non-parution.

Ceci étant, je ne reproche pas à Daria Marx d’avoir exercé une « terreur » ou une « inquisition » (pour reprendre ses objections à Artémise), juste d’avoir eu un comportement symptomatique de ce qui merdoie dans notre civilisation. Pire encore, la complaisance dont elle a bénéficié me suggère l’impossibilité de remédier au problème. La raison pour laquelle je me tiens à distance des mouvements liés à la Gauche Radicale n’est pas d’ordre idéologique : je suis conscient des divers rapports de domination qui structurent notre Société (pas de sympathie particulière pour le Capitalisme par exemple) et je ne crois pas qu’un statu quo nous soit collectivement favorable. Le problème réside à mon sens dans le psychisme des acteurs du changement.

Ainsi, ce ne sont pas des idées qui sont au pouvoir, mais des individus ; s’ils ont tendance à instrumentaliser une cause au service de leur ego, alors on peut être certain de courir à la catastrophe. Tous les systèmes fonctionnent parfaitement sur le papier ; leur application est néanmoins grippée par une absence de Révolution « intérieure » qui coïnciderait avec la Révolution à caractère politique. J’avais déjà soulevé cette problématique quelques semaines plus tôt. Le sectarisme et la violence dont peuvent faire preuve certains militants de causes « humanistes » ne laisse planer aucune ambiguïté quant à leurs intentions en cas d’exercice du pouvoir : les déviants sont nécessairement des salauds qu’il convient de réduire au silence. Voilà qui me donne fort peu envie de m’associer politiquement à eux, et même d’ailleurs de les côtoyer dans un cadre non-militant. Je préfère le contact d’un individu moins « idéologiquement vertueux », mais moins égocentrique, moins belliqueux et plus ouvert d’esprit.

En outre, je pense tout comme Artémise que les méthodes ont autant d’importance que les fins poursuivies. Mon esprit garde encore le souvenir frémissant du discours d’un membre du NPA, qui partageait ma passion du football, et qui estimait approprié de lutter contre les hooligans d’Extrême-Droite par la constitution de brigades de supporters d’Extrême-Gauche. D’où mon impression que le désaccord politique sert, dans ce cas précis, de prétexte à en découdre tout en se gargarisant d’être du côté des héros à la vertu immaculée.

Et toi, Octave Mol, désires-tu émettre un avis entre deux plongées dans les eaux limpides au large de Shépuhou, aux Philippines ?

***

30265Oui. Je voudrais nuancer l’avis de mes collègues à propos de Daria Marx, que je trouve très sévères et même injustes. Déjà, je voudrais leur dire que 4300 abonnés twitter ne peuvent pas se tromper, et que critiquer Daria revient à insulter l’intelligence de tous ses followers. Mais qui êtes-vous Artémufle pour vous arroger le droit de remettre en cause l’esprit critique de tant d’internautes ?

Daria, je la connais électroniquement depuis 2004, nous avons eu le temps de tisser une relation de grande non-complicité, et j’ai toujours beaucoup non-apprécié sa prose emprunte de straight forwardness et de gimmicks cool (yes baby). D’ailleurs, je lui ai naguère rendu un hommage appuyé

Pour revenir à la pomme de discorde, à cet article où DM explique avec bravoure comment elle a déployé son organe vocal et offert son corps en pâture à une cause juste, eh bien moi je dis bravo. Personnellement, je n’aurais jamais osé mettre en scène mon ego de la sorte en prétendant servir une cause juste, me transformer en clown grotesque et vitupérant, me frotter aux fascistes en leur opposant des méthodes qui n’ont rien à leur envier. DM a fait preuve de beaucoup d’abnégation en sacrifiant sa fierté et en bravant la honte, ça prouve à mes yeux qu’elle est dans une démarche d’honnêteté et de droiture.

 

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17 commentaires pour Violence pour tous

  1. Salomée dit :

    Heu… Sérieusement?

    Je veux dire… Sérieusement? L’un des plus longs article de ce blog pour chacun votre tour cracher votre venin sur la dangereuse et totalitaire Daria Marx?

    Vous craquez pas un peu là?

    Bon,sans compter que vos comparaisons sont incohérentes. Elles le seraient dans une société complètement égalitaire,mais en l’occurrence ce n’est pas le cas du tout.
    Faire de la résistance contre un groupe over friqué qui a des gros moyens de représentation médiatico-institutionnel c’est quand même pas pareil que de faire de la résistance à une minorité opprimée hein…

  2. Rad Cashew dit :

    Je suis d’accord avec Salomée. Quand Spermufle dit : « Faire de la résistance en employant les méthodes et la rhétorique des groupes contre lesquels on lutte, c’est assez naze » – le truc, c’est que ce sont les dominants qui ont la force, ceux sont eux qui contraignent les dominé-e-s, Parfois, les dominé-e-s n’ont pas d’autre choix que d’user de ce qu’on (souvent, les dominants) appelle alors de la « violence », plutôt qu' »autodéfense » ou « légitime défense ». Il n’y a pas d’égalité non plus sur les « méthodes » et leurs perceptions par les gens.
    Cet article prétend que ce que Daria Marx aurait fait est « grave », alors que franchemment, il y a pire. Sur EFiGiES, ça causait d’arrestations de militants pro-mariage pour tou-te-s qui aurait fait pareil que Daria Marx. Dans le texte envoyé pour les soutenir, ça parlait d’un homme qui aurait arraché des tracts à une « bigote ». Je ne reviens pas sur les détails de l’affaire, et de tout ce que ça a provoqué en cascade, mais je pense que poser dans ce cas-là la question de la violence masculine derrière cet acte et cette formulation n’était pas une mauvaise chose. Poser cette question ne voulant pas dire pardonner l’homophobie des anti-mariage pour tous.
    Je trouve intéressante la question de la violence dans la révolution / le changement / ce qu’on veut, mais je trouve qu’elle est souvent posée de manière trop déconnectée des enjeux réels qui nous concernent. Honnêtement, Daria Marx ne porte pas les germes du fascisme en elle.
    Pour parler de Martin Luther King, j’aime beaucoup ce texte :
    Pourquoi nous ne pouvons pas attendre
    http://lmsi.net/Pourquoi-nous-ne-pouvons-pas
    « cette lettre est adressée aux « blancs modérés », c’est-à-dire aux Blancs qui reconnaissent le caractère illégitime de la ségrégation raciale, mais qui reprochent aux activistes noirs d’être trop « impatients », trop « extrémistes », et d’utiliser des moyens de lutte illégaux. »
    Tout est relatif…

    • spermufle dit :

      La situation décrite par DM ne requérait absolument pas l’usage de la violence. Il n’y avait pas d’homosexuels tabassés, juste une bande de types qui n’ont ni la loi (désormais) ni l’opinion publique de leur côté, qui diffusaient leur propagande dans la rue avec un infime espoir d’infléchir le cours des évènements. Où est ICI le cas de force majeure qui justifie le recours à la violence ?

      • Rad Cashew dit :

        Rebonjour,
        Je ne crois pas que dans cette situation, il y avait un cas de force majeure, mais ce n’est pas pour autant que ce qu’elle a fait est absolument démesuré, et mérite qu’on s’y attarde plus que ça.
        Est-ce que le fait que des personnes de « La manif pour tous » mettent leurs enfants en première ligne devant les CRS n’est pas plus violent ? Et leur discours homophobe ressassé à longueur de temps ?
        Et est-ce qu’en situation, c’est complètement contrôlable ? Parfois, quand je vois des personnes tracter contre le mariage, ça me met en colère. Je me dis juste que ce serait plus intéressant si l’on faisait quelque chose de collectif, par exemple, systématiquement diffuser des tracts pour le mariage en restant à côté d’elleux ? Mais quelle énergie cela prendrait ? Leurs moyens sont bien supérieurs aux nôtres…
        Je dois quand même dire en passant que si j’ai répondu à l’article, c’est parce que cette question me turlupine beaucoup. La lettre que Simone Weil a adressé à Georges Bernanos [http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article704 ; des réponses ici : http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article712%5D m’a profondément marqué, et me rend dans l’idée opposé à toute forme de violence. Mais en situation, ce n’est pas pareil… Je crois que pour pouvoir mener des actions directes non-violentes utiles, il faut être plein, et arriver à faire comprendre aux gens que sa cause est absolument juste. C’est pas gagné. Mais c’est pas pour autant que je justifie la violence, hein. Je me pose la question : comment on fait pour gagner ?

        • spermufle dit :

          Le truc, c’est qu’en ce qui concerne la cause des homosexuels,la partie est gagnée. Salomée parle plus haut de relais médiatico-institutionnels du côté des homophobes ; mais les égalitaristes, en l’espèce en disposent aussi. Ils ont même la loi de leur côté. Les CRS ont été jusqu’à charger les homophobes dimanche dernier, au lieu de se montrer complaisants. C’est pourquoi la violence exercée par DM est tout à fait dispensable, et traduit une intolérance digne des dominants. Quel intérêt dans ces conditions de mener un combat contre un système de pensée, si c’est pour s’en approprier les valeurs ? Les tracteurs homophobes dont il est question mènent un combat d’arrière-garde et ils m’inspirent plus de mépris/hilarité que des pulsions belliqueuses. Quant aux manifestants de dimanche, c’est une autre histoire.

  3. Georges dit :

    Je pensais comme Artemise et Spermufle au départ, mais Octave Mol m’a ouvert les yeux. Et je dirais même qu’en plus d’une démarche d’honnêteté et de droiture, ce qu’a fait Daria Marx relève symboliquement de la propagande par le fait, tradition anarchiste de mise-en-échec directe de certaines ruses que la domination déploie pour discipliner la vie et ainsi, se perpétuer.
    Ses rétractations après-coup n’enlèvent rien à la beauté de son geste de départ, le terrorisme intellectuel des croquants ayant des moyens que nous sommes contraints de reconnaître effroyablement efficaces.

  4. l'elfe dit :

    Moi j’avoue que je trouve ça un peu inquiétant. Sans aller jusqu’à dire que l’attitude de Daria est extrêmement grave, hé bien elle fait appel à la violence pour empêcher d’autres de s’exprimer. Certes, ces personnes à mon avis ne méritent nullement qu’on leur accorde la moindre attention, leur idéologie pue le moisi à des kilomètres. Mais je pense qu’il n’y avait pas matière à déployer de la violence, à employer des méthodes dignes du camp adverse, celui des fachos. Ce qui m’inquiète en fait ce n’est pas la réaction de Daria, que je peux comprendre (même si je n’aurais pas agi de la sorte). Ce qui m’inquiète c’est justement la quasi-absence d’opposition à son attitude dans son propre camp. Venir dire « aujourd’hui j’ai arraché des tracts à un anti-mariage-homo et je lui ai gueulé dessus jusqu’à ce qu’il déguerpisse » et recevoir une approbation générale?

    Y a un souci, là. Je trouve ça emmerdant que la plupart des gens applaudissent sans remettre en question cette attitude alors qu’on crierait au fachisme si c’était les anti-mariage-homo qui faisaient la même chose (et force est de constater qu’on aurait bien raison)… Je trouve ça emmerdant que personne ne vienne dire « hé Daria, c’est cool que tu défendes l’égalité et tout, mais tu crois pas que tes méthodes sur le coup elles sont un peu violentes et un peu facho, et comment tu réagirais si on te faisait ça? ».

    Parce que si on réfléchit plus à ça, alors c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
    Après bon en général les questions de forme, de « comment faire » me paraissent assez secondaire au regard des idées à défendre. Mais y a quand même des questions à se poser. Que défend-on, pourquoi, et qu’est-ce qu’on fait et pourquoi on le fait… Et pas juste « ha des méchants allons les embêter ».

    • Georges dit :

      Je n’ai plus bien en tête tout le déroulé de l’histoire, mais ce ne sont pas exactement des méthodes de fachos. Des fachos seraient venus en nombre, auraient fait preuve d’une violence réelle et sans contredit à la première résistance.
      Là il s’agit quand même plus ou moins d’une excitée toute seule qui arrache des tracts, c’est-à-dire le produit de la mobilisation de toute une série de moyens impliquant une organisation sociale fondée sur l’injustice et l’exploitation. Ce qui en soi est bon.
      Et puis même, les méthodes des fachos ne sont pas complètement indéfendables quand elles restent limitées à de la bagarre et qu’elles s’opèrent contre des adversaires politiques. Elles ont le mérite de faire un rappel à la réalité la plus concrète, douloureux certes, mais nécessaire.
      L’hégémonie de l’intelligence abstraite est aujourd’hui une forme de domination comme une autre sur les plus démunis, les plus honnêtes.
      L’intelligence, la raison, et le débat ne sont pas intrinsèquement bons. Les rapports de force économiques et liés à la position sociale s’y retrouvent, on peut y mentir, et d’ailleurs on y ment largement. Les actes, eux, mentent beaucoup moins, représentent une prise de risque plus importante, et ont l’avantage de renvoyer à des inégalités issues du sensible ou d’un travail sur le sensible, et non pas sur des constructions culturelles. Je préfère les séquestrations de patrons, mais bon.
      Pour moi, les conditions actuelles n’invalident pas l’usage d’une violence politique artisanale, pour autant qu’elle reste dans certaines bornes.

      • spermufle dit :

        Vous êtes flippant, Georges.

      • Artémise dit :

        Gné ? J’ai l’impression que vous n’êtes pas d’accord avec nous et, en plus, je n’ai pas bien compris tout votre charabia (donc je me sens démunie, bien qu’honnête, face à votre intelligence qui tente de me dominer); deux bonnes raisons donc pour que je vous casse la gueule et pour que spermufle censure dès à présent vos commentaires. Vous n’y voyez pas d’inconvénients je présume ?

        • Georges dit :

          Non.

          • Artémise dit :

            Bien, vous avez donc cette qualité, apparemment, d’être parfaitement cohérent (au niveau du lien idées/applications réelles) et d’assumer votre logique jusqu’au bout. Ce qui n’est, au passage, absolument pas le cas de l’auteur du billet qui nous a inspiré cet article. Cependant je pense peu ou prou comme Spermufle que votre discours est pour le moins flippant. Je ne vais pas m’étendre là-dessus car j’ai l’impression que l’article et les commentaires font à peu près le tour de la question. Voilà, je voulais surtout préciser qu’il y a selon moi une différence entre quelqu’un se réclamant à la fois de l’égalité/justice/liberté et de la loi du Talion (selon où se situe son intérêt, voir Daria Marx), et quelqu’un assumant le choix tranché de l’un ou de l’autre, tout comme vous. Différence tenant de la cohérence, d’un certain courage et d’une volonté d’assumer ses choix jusqu’au bout, mais certainement pas des résultats.
            Donc dans les deux cas je ne trouve pas ça rassurant du tout.

            • Georges dit :

              Artémise, je crois que je nourris un début de sentiment amoureux pour vous. Peut-être n’ai-je dit tout cela que pour que vous m’accordIez quelques mots. Je sais bien que c’est pas rassurant: les psychiatres à l’hôpital disaient pareil.

  5. Ping : Mourir pour des idées. Vraiment ? | Un peu de Mollesse… Et beaucoup de Muflerie

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