Osons la fellation !

(21/03/2013 by Artemise)

Si j’en crois quelques blogs, comme par exemple celui-ci, ou des forums Féministes que j’ai parcourus récemment, il existerait des pratiques sexuelles caractéristiques de la domination patriarcale, et donc à proscrire pour toute Féministe qui se respecte.

« Non, ce n’est pas sale ! », disait notre bon vieux Doc’. Et moi je dis « non, ça n’est pas anti-féministe ! »

Baiser en levrette, lécher une paire de couilles, pratiquer la sodomie, recueillir du sperme sur telle partie de son corps, voire l’avaler : aucune de ces pratiques ne relève intrinsèquement de la domination masculine.

Lorsque je me trouve confrontée à une idée qui me paraît absurde, j’ai le réflexe de pousser sa logique jusqu’au bout, histoire de voir de quoi ça a l’air de l’autre côté. Donc, allons-y gaiement : en voiture Simone !

Comportement normal d'homme biologiquement programmé à répandre sa semence à la première occasion

Comportement normal d’homme biologiquement programmé à répandre sa semence à la première occasion

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je ne nie pas l’intériorisation du statut de dominé chez certaines femmes. Un mécanisme de défense qui pousse à brandir en étendard les mots « libre choix », ou « plaisir », là où il n’y a qu’abnégation face à un comportement masculin égoïste et dominateur. Une réification du corps féminin, s’appuyant sur la mystification d’une sexualité masculine faite de besoins irrépressibles et d’indifférence – voire de mépris – pour la partenaire. Non seulement je ne le nie pas, mais je suis plutôt bien placée pour en parler. D’abord, en tant qu’ex-prostituée « par choix » ; ensuite (attention, un rapport de cause à effet s’est glissé dans cette phrase, trouvez-le et envoyez vos réponse à Jean-Michel Spermufle, le ou la gagnant-e remportera un séjour non-frais payés à Pattaya) en tant que femme ayant, suite à un viol, intériorisé le point de vue du dominant. A savoir : son plaisir passe avant tout, avant le mien, avant même mon propre désir, fût-ce au prix de la peur, de la douleur, malgré les conséquences désastreuses sur ma santé psychique, sur mon rapport au corps et à la sexualité, bref, sur ma vie en général.

Ceci étant dit, je ne trouve cependant aucune raison valable pour étiqueter sentencieusement et systématiquement fellation, levrette, sodomie et éjaculation corporelle voire buccales, sous le label « pratiques machistes ». Voyez-vous, en toute honnêteté, j’accueillerais bien volontiers tout argument qui justifierait cette catégorisation.

Ainsi, la raison d’être du Féminisme, à savoir l’égalité entre Hommes et Femmes, me semble être impossible à mettre scrupuleusement en pratique quand il s’agit de sexualité (et ce, d’un point de vue purement technique). A moins de s’astreindre à la station debout pendant l’accouplement, histoire qu’aucun des deux partenaires ne se retrouve sur l’autre (donc en position de « dominant »). De même, faut-il comptabiliser les coups de reins donnés par chaque protagoniste, bannir le sexe oral, et imposer un orgasme simultané afin que personne ne soit lésé ?

Baisons hors des sentiers battus, pour un Monde Meilleur

Baisons hors des sentiers battus, pour un Monde Meilleur

Par-delà ces considérations, une chose me choque réellement dans le fait que des femmes considèrent certaines pratiques comme non-féministes par nature. Une telle vision implique que toute femme s’y adonnant ne ferait que se soumettre au désir masculin. Le cas de la fellation me paraît emblématique. Ainsi, il est communément admis qu’une femme aimant sucer tire surtout son plaisir de la satisfaction du partenaire. A l’inverse, le baiser constitue l’incarnation du plaisir mutuel. Etrange distinction : si la bouche est une zone érogène, pourquoi une langue serait à même de la stimuler, et pas une bite ? Il existe un incontestable plaisir physique à la pratique de la fellation. Histoire de bien enfoncer le clou – et de redécouvrir la roue au passage – je crois qu’on perd de vue qu’une caresse peut être aussi agréable pour la main qui la donne que le corps qui la reçoit. Certes, psychologiquement parlant, il peut y avoir le plaisir de faire plaisir. Mais en quoi est-ce nécessairement le signe d’une soumission ? Se soumet-on à un ami lorsqu’on se décarcasse à lui chercher un cadeau précieux ? Toutes proportions gardées, la fellation, c’est comme un mot : ça n’est pas irrespectueux en soi, tout dépend du contexte et de l’intention qui sous-tend son usage.

Photo du trader parisien Ru2boy, 35 ans, qui fait un carton sur Meetic

Photo du trader parisien Ru2boy, 35 ans, qui fait un carton sur Meetic

Justement, parlons du contexte : un rapport sexuel égalitaire n’est possible que si aucun des deux partenaires ne détient l’ascendant sur l’autre (vision naïve, comme dirait la grande libératrice du Féminisme Morgane Merteuil). Là où je rejoins les Féministes radicales, c’est que de fait la plupart des couples – même furtifs – ne sont franchement pas égalitaires. Le sexe perd souvent sa dimension purement bestiale, animale, charnelle (bref, le plaisir du désir spontané pour une peau, un regard ou une odeur) en devenant un objet de transaction et un enjeu de pouvoir. Quand il est une monnaie d’échange (argent, protection physique, ou engagement amoureux), alors on perpétue les vieux schémas genrés découlant de l’oppression masculine. Même chose quand on aborde la rencontre avec des idées pré-conçues sur ce que doit être le ou partenaire idéal-e. Généralement, les femmes n’ont pas intérêt à être trop grosses, trop vieilles, ou trop grandes gueules ; les hommes sont sommés de déployer un arsenal machiste plus ou moins subtil. Spermufle dit souvent que les impératifs de la quête sexuelle constituent l’écueil sur lequel butera l’Antisexisme. Pour être plus claire : si l’on continue à faire du corps féminin un bien marchandisable, un trophée, ou un repos du guerrier, les hommes s’accrocheront coûte que coûte à leur domination et les femmes continueront inéluctablement d’en pâtir. Soyez forts, Messieurs, et transformez-vous en raclure Sarkozyste s’il vous manque un peu de biceps ! Soyez baisables, Mesdames, et ne perdez jamais de vue que vous n’êtes jamais assez mince, que vos seins ne sont jamais assez gros, et que votre date de péremption arrive très vite !

Des Féministes me répondront : « So what ? (car une bonne Féministe Radicale est bilingue) Depuis quand est-ce à l’opprimé de s’adapter à l’oppresseur dans sa lutte ? ». Je leur réplique d’avance : « Si les hommes n’avaient pas trouvé leur intérêt à la contraception ou à l’IVG (la possibilité de baiser sans paternité à la clef), alors on en serait encore à sortir les aiguilles à tricoter ».

zeromacho-campagne-webBref. J’ai surtout l’impression que derrière cette haine de principe pour la fellation/sodomie/etc. Il s’agit de politiser ses névroses, au lieu de les résoudre ou les assumer. Entendons-nous bien : je suis convaincue qu’il est sain et donc souhaitable d’affirmer des préférences personnelles en matière de sexe, de revendiquer autant ce que l’on désire et qu’on ne désire pas. Mais il me semble peu probable qu’une personne assumant pleinement ses désirs sexuels ressente le besoin de les justifier en y appliquant une grille de lecture idéologique, encore moins à chercher à faire du prosélytisme en la matière. Comme s’il s’agissait de se planquer derrière un « c’est pas bon », pour éviter de se confronter à un « j’aime pas ça », tout en instrumentalisant le Féminisme au passage. J’entends déjà d’ici dire que l’objet de mon article est futile, qu’il y a des combats prioritaires à mener. Soit. M’enfin, à force de laisser les « Travailleuses du Sexe » oser la sodomie, tandis que nous osons la masturbation, on se retrouvera, un beau matin, avec un bordel près de chez soi. Bordel ouvert grâce à l’action lobbyiste de prétendues Féministes (et alliées objectives du Patriarcat) qui se seront mises (mis ?) l’opinion publique dans la poche grâce à une posture « pro-sexe ».

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6 commentaires pour Osons la fellation !

  1. Artémise dit :

    C’était il n’y a pas si longtemps
    Mais c’était du temps des géants.
    Sur cette planète où je vis, y a que des filles sans saveur.

    Et des femmes pleins de poils,
    Mon pays n’est plus un pays, depuis que ces femmes sont arrivés
    De jour en jour, on rétrécit,
    On rétrécit, on rétrécit :
    Méfions-nous des féministes.

    Traitez-moi de ce que vous voudrez :
    Facho… nazi… phalo… pédé…
    En plus je tendrai l’autre joue.
    Les héros ne sont plus parmi nous.
    J’ai dû me tromper de rendez-vous,
    J’ai dû me tromper de rendez-vous.

    On rétrécit, on rétrécit :
    Méfions-nous des féministes, car elles coupent notre zizi

    Quand paraîtront les vrais femmes,
    alors moi je revidiendrai, tout amoureux, et le coeur heureux
    L’Apocalypse, de mes sentiments, fera d’elle une femme heureuse.
    J’aimerais que les féministes, ben que déjà elles se rasent, le menton et le pubis.
    Qu’elles aient la gentillesse de partir, de ce pays formidable.
    Ce serait plus gai, sans elles, car depuis, y a que des célibs

    Un rien de strass sur leurs peaux, je trouverai ça beau
    Nous des paillettes autour des yeux,
    Une plume au cul pour faire sérieux,
    Quand sautera le feu d’artifice, je leur mettrai plein dans les cuisses

    On rétrécit, on rétrécit :
    Méfions-nous des féministes.

    Car jamais une petite pipe, devant la télé et le foot.
    Pas de fessée sur la fesse, ça leur est interdit à ces religieuses.

    Méfiez vous des féministes, elles ressemblent à un kyste. »

  2. Didier dit :

    EXCELLENT ! aussi plaisant à lire que didactique avec le quiz.

    « je suis convaincue qu’il est sain et donc souhaitable d’affirmer des préférences personnelles en matière de sexe, de revendiquer autant ce que l’on désire et qu’on ne désire pas. » +1

    « M’enfin, à force de laisser les « Travailleuses du Sexe » oser la sodomie, tandis que nous osons la masturbation, on se retrouvera, un beau matin, avec un bordel près de chez soi. Bordel ouvert grâce à l’action lobbyiste de prétendues Féministes (et alliées objectives du Patriarcat) qui se seront mis l’opinion publique dans la poche grâce à une posture « pro-sexe ». » … 😉 Oui ces prétendues Féministes sont des alliées du Patriarcat 😦

    Pour le concours, parce que la perspective d’aller rejoindre Antoine et faire trempette « to the nice beatches of Pattaya », tout frais non payé, (il faudra quand même débourser quelques liquidités mais rien n’est gratuit en ce bas monde), ça ne se refuse pas… 😉
    Mais revenons au quiz, J’ai noté : « l’intériorisation du statut de dominé chez certaines femmes. Un mécanisme de défense qui pousse à brandir en étendard les mots « libre choix », ou « plaisir », là où il n’y a qu’abnégation face à un comportement masculin égoïste et dominateur. ». « en tant que femme ayant, suite à un viol, intériorisé le point de vue du dominant. A savoir : son plaisir passe avant tout, avant le mien, avant même mon propre désir, fût-ce au prix de la peur, de la douleur, malgré les conséquences désastreuses sur ma santé psychique, sur mon rapport au corps et à la sexualité, bref, sur ma vie en général. ».

    Remarquable description et didactique aussi. Je ne sais pas pourquoi mais mon envie des « nices beatches of Pattaya » s’estompe… Antoine m’aurait donc mentit ? Finalement, je vais rester avec Germaine et vivre d’amour et d’eaux fraîches. Car perpétuer le viol d’un autre saligaud, au prix de la peur de la douleur et de conséquences désastreuses sur la santé de femme, non je ne veux pas..
    .
    Pour le quiz : La phrase que je retiens est: « suite à un viol, [j’ai] intériorisé le point de vue du dominant ». La cause est « le viol », et l’effet est « l’intériorisation du point de vue du dominant », prendre pour ses propres pensées, les désirs et les paroles du violeur…
    ou encore: « prostituée par choix », la cause est « prostituée » et la conséquence est « je choisis la prostitution »… bon j’ai donné deux réponses, je triche 😉

    Merci cette prose et pour ce bon moment. Didier

  3. l'elfe dit :

    Je suis d’accord avec tout ce qui est dit dans l’article
    Le problème avec ces pratiques sexuelles, qui ne sont pas condamnables en elles-mêmes, c’est qu’avec peut-être 2 ou 3 autres, elles constituent tout l’arsenal de pratiques sexuelles possibles pour accéder à une sexualité « libérée » (je me gausse) ce qui les rend d’ailleurs quasiment obligatoires. Et d’ailleurs, quand tu n’aimes pas à titre personnel une ou deux d’entre elles, tu passes pour « coincée », comme si c’était forcément un blocage, un tabou. Or, on ne peut pas exiger de tout le monde (homme ou femme) de savoir apprécier le plaisir subtil d’une bite dans le cul (par exemple). Je n’irais pas jusqu’à dire que tous les goûts sont dans la nature, parce que c’est pas vrai, mais disons qu’on peut ne pas aimer un truc après l’avoir essayé quelques fois, sans pour autant s’en faire une maladie.

    Je pense aussi que tout ce qu’on peut doit être repris au patriarcat, y compris les pratiques sexuelles. Si on part du principe que la fellation, la levrette ou la sodomie sont des pratiques de domination masculine (comme si les hommes n’avaient pas de trou de balle, d’ailleurs) ces pratiques resteront d’autant plus liées à des pratiques de domination dans les esprits (enfin, si tant est que nous, pauvres féministes, ayons la moindre influence face à la culture pornographique, mais je pars du principe qu’on peut faire évoluer les mentalités). Vouloir pratiquer ces trucs en dehors d’un cadre de domination homme/femme c’est les libérer, quelque part.

    • Artémise dit :

      Bien dit. En plus ton passage sur le fait de passer pour une coincée en refusant certaines pratiques fait écho à une conversation que j’ai eue avec spermufle une fois l’article publié: je me disais que cette menace devait en partie expliquer ce besoin de diaboliser (en paroles) ou survaloriser (en actes) certaines pratiques, comme si il n’était pas permis de désirer, ou pas, tout simplement.
      En tout cas c’est toujours un plaisir de te lire, que ce soit chez toi ou chez nous.

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