Stérilisez le Féminisme !

(20/02/2013 by Spermufle & Artémise)

  • Artémise ! Ma fidèle amie, ma muse, ma précieuse camarade de militantisme, comme je suis heureux que tu me rendes visite ! Mais… Que vois-je ? Tu as glissé dans ta valise un petit livre tout à fait intrigant, de quoi s’agit-il ?

  • Eh bien il s’appelle « Libérez le Féminisme », et il a été écrit par Morgane Merteuil.

  • Aïe. Je pressens le pire.

  • Et tu as tout à fait raison ! Ecoute, je te laisse le lire, on en reparle dans la foulée. Tu en as pour une heure, une heure et demie tout au plus.

(Quarante-cinq minutes plus tard)

  • Voilà, Artémise, je viens d’achever la lecture de ce, euh… cet essai (?), et le moins qu’on puisse dire, c’est que le propos ne m’a pas vraiment convaincu.

  • Exactement, ça m’a donné l’impression d’un bouquin assez inconsistant, écrit à toute vitesse pour coller à l’actualité, et composé d’un empilement de lieux communs démagos se substituant à tout argument.

  • 1758202523Bon déjà, ce qui me frappe, ce sont les allusions récurrentes à cette vieille folle de Grisélidis Réal. Un superbe modèle de féministe que cette personne, qui a certes dit « merde » à sa famille et aux conventions bourgeoises, mais qui avait beaucoup de mal à en faire autant avec les types qui la battaient en présence ses gosses.

  • Jean-Michel Spermufle, tu as sans doute relevé le superbe poncif de la page 61, également…

  • Oh oui ! « Il n’y a pas une forme de prostitution, mais chaque cas est unique ». La blague.

  • On dirait un discours de client à putes sur Docti, n’est-ce pas ?

  • Précisément. Il y a ce refus maladif d’aller au-delà des apparences, et de chercher les dénominateurs communs à tous ces cas en apparence dissemblables. Puis bon sang, il y a un phénomène qui se produit quasi à coup sûr lors d’une passe : le client est un homme qui paye pour baiser une femme n’ayant aucun désir pour lui. Comportement qui semble tout à fait aller de soi, pour Merteuil.

UN PARALLELE DOUTEUX

  • STOP aux parallèles douteux

    STOP aux parallèles douteux

    Ah puis à un moment, Merteuil trace un parallèle entre la défense de l’IVG et la défense de la prostitution.

  • J’ai vu, Artémise. Ma réaction oscille entre hilarité et consternation. D’abord, on sent bien l’aspect présomptueux de son discours, son désir de s’inscrire dans une prestigieuse tradition d’émancipation des femmes. Elle se prend clairement pour l’une des « 343 salopes » de 1971.

  • Oui, selon une logique tordue. Les opposants à l’IVG criminalisaient les femmes qui avortaient ; les abolos ne souhaitent en aucun cas pénaliser les prostituées, mais uniquement les clients. Elle nous dit en outre qu’une loi abolo rendra la prostitution encore plus clandestine, les femmes se cacheront et seront exposées à la violence des clients. Bravo, elle vient de reconnaître que la prostitution est une activité intrinsèquement dangereuse et les clients des criminels en puissance, sans parler des inévitables proxénètes. Par ailleurs, les tapineuses de rue opèrent déjà de manière clandestine, dans des ruelles sordides ou garent leurs camionnettes dans les sous-bois. Comment leurs conditions d’exercice pourraient-elles davantage se dégrader ?

CONTRADICTIONS

  • Jean-Michel Spermufle, as tu remarqué que Merteuil soutient qu’il n’existe aucune étude montrant qu’une majorité de prostituées ont été violées avant de se lancer dans l’activité ?

  • Comment cela aurait-il pu m’échapper ? Elle l’écrit à trois reprises, p.67, 69, et 71. Cependant, marteler un mensonge n’en fait pas une vérité, sauf pour ceux qui ont envie de se laisser convaincre… Ces études existent bel et bien. En France, c’est Judith Trinquart qui fait autorité ; Trinquart dont Merteuil a mentionné les travaux quelques pages plus loin.

  • Ouh la contradiction !6706_original_1324353314685

  • Ah mais, ça n’est pas la seule, hein… Une autre au hasard : la page 103, où elle évoque la nécessité d’ « investir la sexualité pour exprimer ses désirs », pour ne plus laisser les hommes imposer les leurs. Excellente idée. Mais le problème, c’est qu’une passe, ça n’a quasiment jamais le moindre rapport avec un plan cul rémunéré.

  • Bien sûr. Lorsque je tapinais, le contrat était clair : je DEVAIS me soumettre aux besoin des clients et ne surtout pas exprimer mon individualité. Même lorsqu’ils étaient gentils, ça ne faisait strictement aucune différence. C’est ainsi que je payais mes factures : tu parles d’une liberté ! Si je ne respectais pas ce contrat, je risquais d’être mal évaluée sur les forums de clients. Ils auraient alors été moins nombreux à me démarcher, j’aurais dû baisser mes tarifs ou bien accepter davantage de pratiques.

LES CLIENTS BROSSES DANS LE SENS DU POIL PUBIEN

  • Ma chère Artémise, on peut dire que Morgane Merteuil est une chanceuse. Ainsi, elle serait tombée à deux reprises sur le dahu, autrement dit LE client qui ne réclame aucun acte de pénétration, et qui cherche exclusivement une prostituée de type confidente.

  • Oui, ça ne m’est jamais arrivé en cinq ans de tapin, pas plus qu’à mes copines-putes malgré une carrière très longue.

  • Pareil de mon côté. Mon prosti-entourage est formel : c’est une légende urbaine.

  • Les clients des putes ne sont pas toujours de vieux porcs brutaux

    Les clients des putes ne sont pas toujours de vieux porcs brutaux

    Ah mais, si on l’examine plus attentivement, son histoire est crédible Ces deux passes sont survenues en bar à champagne. Or, c’est un contexte – que je connais bien – où la concrétisation sexuelle n’est pas garantie. Très souvent, les clients se contentent d’un effeuillage suivi de caresses plus ou moins appuyées.

  • Donc c’est un peu malhonnête de laisser croire que ça arrive « plus souvent qu’on ne le dit » dans un prosti-cadre traditionnel ?

  • Tout à fait. Tu noteras au passage que son petit récit géronto-érotique est plutôt efficace.

  • Tu veux parler de ce moment où elle raconte qu’elle a pris trop de plaisir, tu vois, à se faire minoulinguer par un vieillard cancéreux et impuissant ?

  • Ouiiiiii ! C’est bien simple, ça m’a fait penser aux récits qui figurent sur les blogs tenus par certaines escorts. L’équivalent virtuel de la brochure publicitaire.

FEMINISME DEVOYE

  • J’ai gloussé en lisant la page 64, lorsqu’elle déclare que « La sexualité gratuite est un idéal naïf et hypocrite », ajoutant que Grisélidis Réal en personne estimait être davantage respectée par ses clients que par ses partenaires hors prostitution.

  • Ta réaction est compréhensible, Artémise, ça en dit long sur le fonctionnement de cette maso. On dirait qu’elle s’est acharnée, toute sa vie durant, à éviter les types qui auraient pu la respecter. De plus, ce modèle de « sexualité transactionnelle » est affreusement réac, typique d’une époque où les relations hommes-femmes étaient puissamment inégalitaires et où le désir et la recherche du plaisir ne suffisaient pas pour justifier la sexualité féminine. Il fallait une compensation (affective, matérielle ou les deux à la fois), sans quoi c’était une « catin ».

  • Merteuil cite d’ailleurs un exemple de monnaie, narcissique pour le coup, que peut apporter un partenaire sexuel : le starfucking.

  • Ah oui, prouver sa valeur en séduisant un mâle dominant, faire partie de son harem, etc. Je trouve assez significatif que ce soit le premier exemple qu’elle ait trouvé. Pour une femme qui se prétend à distance des schémas de pensée machistes… LOL, quoi !

  • Page 67, elle déclare « Qui sont-elles pour m’empêcher d’avoir recours à cela ? »

  • FOOTBALL/MISCS/BAYERN MUNCHEN IN DUBAIBen d’un certain point de vue, elle a raison. Si son trip est de servir d’objet soumis au bon plaisir des hommes, et d’en tirer des avantages narcissico-matériels, pourquoi pas ? Mais elle n’a qu’à jouer la courtisane, la maîtresse d’hommes puissants et leur soutirer du pognon. Ou se taper tel chanteur/sportif pour se convaincre qu’elle a de la valeur en tant qu’individu (partenaire qui oubliera son existence environ un quart d’heure après la giclure, tandis qu’elle se gargarisera de leur baise jusqu’à la fin de ses jours). Personne ne projette de lui en empêcher.

  • C’est vrai, Jean-Michel Spermufle. Ce que nous autres les abolos souhaitons, ce n’est pas définir les bonnes moeurs en matière de sexualité. Non, nous militons pour que la prostitution ne soit pas reconnue comme un métier à part entière et dûment réglementé. Les pays qui ont adopté la position réglementariste ont engendré des situations atroces, bien pires que celles qui prévalaient auparavant : les mafias ont prospéré, les étrangères clandestines continuent d’affluer pour se prostituer, sans espoir de reconversion, et les bordels légaux sont sordides au possible.

  • Du reste ce ne sont pas les prostituées qui sont directement visées par les abolos, mais les clients. Cette loi aura une portée didactique, il s’agit de saper les fondements de la culture du viol. Lorsque le désir féminin et le consentement éclairé (c’est à dire recueilli sans abus de faiblesse) ne sont pas posés comme des principes incontournables, ça donne une société où l’on pratique le harcèlement sexuel, le viol conjugal (avec recours au chantage ou à la menace – excusables puisque la conjointe finit par dire « oui »), et une société où la moitié des jeunes hommes estiment que baiser une femme ivre morte – trop pour émettre un avis clair – n’est pas un viol.

  • Bref, en reconnaissant la prostitution en tant que métier, on légitime une sexualité masculine reposant sur l’égocentrisme et la prédation. Pour ce qui est de l’émancipation des femmes, on repassera…

  • Oui, je me demande d’ailleurs comment on peut écrire des dizaines de pages sur la prostitution sans évoquer les clients plus en détail. Et en particulier, ce qui se cache derrière cette revendication du bon droit à baiser des femmes qui ne les désirent pas.

  • C’est juste, Merteuil est décidément très conciliante avec sa clientèle. Ils lui assurent son gagne-pain, après tout…

  • En somme, Artémise, tu affirmes qu’elle défend essentiellement ses intérêts pécuniaires et narcissiques, et pas du tout celui des femmes dans leur ensemble ?

  • Ouais.

L’EXEMPLE DESPENTIEN

  • Alors Jean-Michel Spermufle, un point qui m’énerve tout particulièrement, c’est la reprise à son compte du discours Despentien.

  • Oui, sur la prostitution comme instrument de reconstruction de soi après un viol.

  • 438510-virginie-despentes-637x0-3Rhaaa foutaise que tout ça. Pourtant, j’ai pendant longtemps moi-même fonctionné ainsi. Puis j’ai fini par réaliser que je ne faisais que rejouer à l’infini le traumatisme primordial (pénétration sans désir pour le partenaire), et, pire encore, qu’on ne pouvait pas remplir un panier percé. Plus je tapinais, et moins je me sentais « revalorisée » par le fric et le désir des clients. Je développais de graves troubles du comportement, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai immédiatement accordé du crédit à Trinquart lorsque je l’ai lue.

  • Tu vas mieux depuis que tu as raccroché ?

  • Incontestablement. J’ai relu récemment ma correspondance datant de l’époque du tapin, et c’est fou comme j’étais agressive envers mes proches et très égocentrique. Je crois que j’aurais fini internée si j’avais continué. C’est bien plus la prostitution en elle-même qui me faisait du mal, que la commisération dont je pouvais être l’objet (et qui m’inspirait alors une totale indifférence).

  • Si je te dis que Despentes aurait probablement subi le même sort si elle n’avait pas pu avoir une reconversion pérenne, ça te paraît vraisemblable ?

  • Oh que oui !

SUBVERSION DE FACADE

  • Page 101, Merteuil trouve le moyen de dire : « La prostitution déchaîne les passions parce qu’elle concentre tous les tabous bourgeois ». Ridicule !

  • EL-Apollonide-bulle-de-glamour-dans-un-bordel-de-reve_w670_h372ffectivement, Artémise, la morale bourgeoise s’accommodait fort bien de la prostitution. L’expression « maison de tolérance » n’est pas anodine. En outre il n’y a rien de moins subversif pour une femme que de louer ses organes génitaux, ça se pratique depuis la nuit des temps au sein du patriarcat. Que ce soit pour obtenir du fric, de l’affection, ou un statut valorisant. La femme-objet, c’est pas ce qu’on peut appeler un archétype illustrant la Révolution Sexuelle…

  • En effet, et j’ai eu maintes fois l’occasion de le constater, les gens méprisent moins les prostituées que les femmes qui assument leurs désirs et ne se rendent dépendantes d’aucun homme. Elles sont tantôt considérées avec mépris car elles représentent une menace (pour les virilistes), tantôt avec jalousie par des femmes envieuses de leur liberté.

  • Il te semble donc capillotracté, comme Merteuil l’affirme à la page 73, que « la pute a su s’approprier la liberté et l’indépendance masculine pour valoriser les codes féminins » ?

  • Assez. Il n’y a pas plus dépendant aux hommes qu’une prostituée, que ce soit pour la survie ou pour la mesure de sa valeur en tant que femme (dans le cas des « putes par choix »). Quant à la valorisation des codes féminins… Qu’on juge positivement la soumission au désir masculin, soit, chacun son truc, mais qu’on prétende qu’il s’agisse d’un comportement féministe… Faut pas déconner !

    Des féministes de tous horizons adhèrent aux positions du STRASS

    Des féministes de tous horizons adhèrent aux positions du STRASS

CONCLUSION

  • Bon, en définitive, tu en penses quoi de ce livre, Jean-Michel Spermufle ?

  • Le plus grand mal. Disons qu’en lisant un truc pareil, un homme va penser qu’aller aux putes, ça n’est pas si terrible. Il ne trouvera strictement aucun intérêt à s’interroger sur la condition des prostituées, et les mobiles de leur choix d’activité. Les clients sont complètement dé-responsabilisés : Merteuil les invite à laisser leur empathie au placard. Quant aux femmes aliénées aux schémas patriarcaux, qui ont intégré la domination masculine, elles y puiseront des arguments délirants pour prétendre être en réalité des féministes en voie d’émancipation. Un féminisme à la Grisélidis Réal, en somme…

  • En effet. Ce féminisme « libéré », « moderne », c’est en réalité un féminisme inoffensif, validé par les hommes, qui occasionne un statu quo qui arrange tout le monde. D’où la différence d’exposition médiatique entre une Merteuil et les féministes abolitionnistes. Les hommes peuvent maintenir leurs privilèges, et les femmes peuvent s’affranchir d’un effort coûteux de remise en question de la domination patriarcale.

  • Voilà, du coup, ça n’aura bientôt plus aucun sens de se revendiquer du féminisme. Ce terme se vide progressivement de son contenu, ce sera juste une posture valorisante. De nos jours, qui ne se prend pas pour un subversif, y compris lorsque ça n’est objectivement pas le cas ? Tu noteras que Merteuil suscite l’admiration de gens très attirés par sa posture de rebelle, et qui s’autorisent un avis catégorique sur la prostitution tout en ayant une connaissance théorique du phénomène.

  • Finalement, à bien y réfléchir, ce livre passera peut-être à la postérité. Non pas comme une contribution décisive au féminisme (LOL !) ; plutôt comme un témoignage de l’air du temps, de la glorification de la pensée brouillonne, narcissique et adolescente, et de la manière dont le patriarcat consolide sournoisement ses positions.

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15 commentaires pour Stérilisez le Féminisme !

  1. Yaztromo dit :

    Une remarque en passant : j’ai appris que Despentes avait écrit son King Kong Théorie à 35 ans passés, c’est très étonnant on aurait dit un livre de jeune adulte.

  2. Ju dit :

    Alors je sais pas si vous allez trouver mon parallele douteux, mais pour moi, une femme qui va dire « je vais etre prostituee pour changer cette institution dans un sens feministe », c’est un peu comme si un militant du droit des animaux disait « je vais me faire embaucher dans un abattoir pour en faire un endroit ou le droit des animaux est respecte ».

  3. Ping : Stérilisez le Féminisme ! | #Prostitution : les lobbys pro (french & english) | Scoop.it

  4. Merci pour la partie de rigolade.
    Décidément je n’ai rien en commun avec cette féministe défendant un des piliers du patriarcat. Je pense que je ne vais pas acheter le livre 😉

    La vraie remise en cause des attributs masculins réside davantage dans le fait que les femmes occupent le champ social dans tous les sens du terme (y compris la rue tard le soir) et puissent se sentir libres de concrétiser leurs fantasmes sensuels et sexuels loin de la seule valeur morale reconnue actuellement : l’argent.

    Amicalement,

  5. Ping : Osons la fellation ! | Un peu de Mollesse... Et beaucoup de Muflerie

  6. Femme libérée dit :

    Féminisme contemporain et enfin réaliste, cet essai est débordant d’intelligence. Merci morgane merteuil ça fait du bien!

    • spermufle dit :

      Les autres Féministes seront contentes d’apprendre qu’elles ne sont pas « réalistes »… En quoi, d’ailleurs ?

    • Artémise dit :

      Heu… En quoi légitimer la prostitution et les relations sexuelles soumises à des troc plus ou moins sordides mérite l’appellation « Féminisme contemporain » ? Parce que bon, ça revient quand même à véhiculer l’idée qu’une femme a besoin d’autre chose (à la place de ou en complément de) que du désir/plaisir sexuel pour coucher. Et aussi, particulièrement via l’apologie de la prostitution, que ledit désir/plaisir n’a finalement pas grande importance. Donc déjà c’est pas bien nouveau tout ça, et puis franchement j’ai vraiment du mal à comprendre en quoi c’est féministe. Qu’une femme ait ce genre de rapports à la sexualité, très bien, elle fait ce qu’elle veut et ce n’est certainement pas moi qui irais lui taper dessus avec une bible en beuglant « c’est le maaaaaaal !!!!». Mais ériger ces cas de figures en comportements modernes, libérateurs et féministes c’est soit profondément malhonnête, soit complètement idiot.

      • youlipe dit :

        Je suis juste estomaquée du ton de ce « dialogue ». On peut ne pas être d’accord avec Morgane Merteuil, mais là, ça s’appelle du lynchage. J’ai juste envie de vomir tellement ça manque de bienveillance et d’empathie, exactement ce que vous reprochez aux clients de prostituées, il me semble (et à juste titre). Bref, je n’ai pas lu ce livre, mais eu des discussions virtuelles avec l’auteure du livre et je crois qu’on ne peut vraiment pas l’accuser d’avoir un discours qui dédouane les clients.
        J’ai peu de considération pour mes clients et je ne me gêne pas pour les juger (dans ma tête), mais ça ne m’empêche pas d’avoir du plaisir pendant les passes, et je vais même vous dire un truc incroyable : c’est rare que je n’aie pas d’orgasme. Je ne vois pas en quoi dire cela, serait trahir le féminisme ou les prostituées qui souffrent. Je peux aussi, par ailleurs, me sentir violée pendant certaines passes, et remettre en question la poursuite de cette activité. Tout n’est pas blanc ou noir, et pour le coup la prostitution est pleine de zones grises.
        Oui parfois je m’auto-inflige des violences via la prostitution, mais il y a aussi plein de moments où j’aime ce que je fais. Mais vous savez quoi ? Ces violences auto-infligées, je les trouvais plus difficiles à vivre lorsque j’étais salariée. Et j’étais aussi sous l’égide d’un patron. Masculin. Et toutes mes collègues sous-payées étaient des femmes. Donc à partir de cela, qu’est-ce qu’on fait ? On dit aux personnes comme moi que je réfléchis à l’envers, que je suis folle, ou stupide ?
        Artémise : après avoir lu d’autres de vos articles, je vous croyais pondérée et intéressante même si nous n’avions pas les mêmes points de vue… mais là, à voir comment vous piétinez une personne qui exprime des ressentis que je peux moi-même avoir en tant que pute, ne me donne décidément plus envie de discuter le bout de gras avec vous.

  7. Ping : Stérilisez le Féminisme ! | SCAND...

  8. Juliette H dit :

    Spermufle : c’est quand même très amusant de reprocher à Femme libérée ce que vous faites vous-même : le jugement des autres féminismes que le vôtre.
    Oui, le féminisme est protéiforme, et nous pouvons nous en réclamer en ayant des vues parfois différentes, contradictoires. Et je trouve d’ailleurs assez triste de constater que vous faites un billet entier sans trop d’arguments, si ce n’est dire que Morgane Merteuil est une idiote, et qu’après tout celles qui défendent la prostitution n’en connaissent rien — et Morgane, alors ? Elle n’en connaît rien ? Oui mais elle ses positions ne valent rien, c’est ça ?
    Comme le féminisme, l’expérience de la prostitution n’est pas le même pour tout le monde, et si Morgane a tort de prêcher en fonction de sa propre expérience, alors Artémise a tout autant tort de prêcher en fonction de la sienne.
    La réalité se trouve sans doute bien entre les deux : ce n’est ni tout blanc, ni tout noir, et il y a des prostituées qui vivent leur métier de manière épanouie, et d’autres pour qui c’est une violence terrible. Il faut lutter pour aider celles qui le vivent mal et se l’infligent, sans retirer aux autres la possibilité d’exercer un métier qu’elles apprécient (aussi difficile que cela soit pour vous de le reconnaître).

    • spermufle dit :

      Oui le Féminisme est protéiforme. A tel point que même Marcella Iacub se dit Féministe… Bref, c’est devenu une étiquette vide de sens à force d’être revendiquée par n’importe qui.

      Quant à Morgane Merteuil, elle a tout de même tweeté un jour qu’elle n’était pas représentative des prostituées dans leur ensemble. Moyen pour quelqu’un se positionnant comme porte-parole des Travailleuses du Sexe.

      Quant à s’épanouir dans la prostitution… Oui, des gens s’épanouissent lorsqu’ils se font chier dessus, ou lacérer à coups de fouet. Avec cette idée que tout ce qui procure du plaisir est nécessairement « positif ». Comme si associer dans une même phrase « plaisir » et « adultes consentants » inhibait automatiquement toute réflexion sur les fondements de ce plaisir. Mais qu’il existe des gens (parmi lesquels des femmes) qui s’ « épanouissent » (ahem) dans leur réification, humiliation voire destruction, soit. Nul ne songe à s’y opposer. En revanche, il n’est pas question d’instaurer un cadre réglementaire où de telles pratiques, marchandisées, seraient légitimées. Les exemples Néerlandais, Allemands ou Espagnols montrent que les intérêts de ces « prostituées épanouies » ne rejoignent en aucun cas celles des autres prostituées, celles-ci non épanouies (et bien plus nombreuses), et par extension les intérêts des femmes dans leur ensemble. Allez donc éduquer les hommes à ne pas être des profiteurs de détresse, à introduire un peu d’éthique du respect de l’autre dans leur fonctionnement sexuel (prêter attention au désir de leurs partenaires) si l’on ouvre des bordels un peu partout.

      Ca ne vous interpelle pas de constater que les discours STRASSiens et apparentés (l’imposture du « Féminisme Sex-Positive », comme si les autres étaient nécessairement de vieilles bigotes) sont récupérés par les macho-masculinistes ?

      • youlipe dit :

        Le STRASS ne milite pas pour une réglementation à l’allemande ou à l’espagnole. Entre la « prostitution sous le manteau », et le bordel supermarché du sexe, y a p’têt moyen de trouver d’autres possibilités ? Comme permettre à plusieurs prostituées de louer un local ensemble et ne pas être seules par exemple ?

  9. youlipe dit :

    Quant à dire qu’on est pas « représentative des prostituées dans leur ensemble », c’est plutôt honnête comme position, tout comme Artémise ne l’est pas, ou moi-même.

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