Sociologie du verbeux

(17/11/2012 by Spermufle)

Les réactions à ma bafouille sur Rue89 sont décidément riches d’enseignements. J’ai notamment été frappé par ce mécanisme de solidarité instinctive des hommes (pas forcément clients des prostituées), qui, sans même se concerter, se sont ligués pour préserver leurs intérêts narcissico-sexuels et refuser tout effort d’empathie à l’égard des prostituées. Tant pis pour les déterminismes qui sous-tendent la pose d’une annonce d’escort, chacun ses problèmes, ça ne regarde en aucun cas les clients (et, semble-t-il, les hommes d’une manière générale).

A l’inverse, ces derniers peuvent gloser à l’infini sur la détresse liée à la misère affective ou sexuelle spécifique aux hommes. Chacun est prié de compâtir à la douleur des ces braves types, le plus souvent dédaignés par les femmes pour cause de gentillesse excessive. Quel recours ces hommes trouvent-ils pour obtenir plaisir et tendresse ? La prostitution, bien sûr, le mécanisme compensateur des inégalités sexuelles. Ceux qui sont affligés par des handicaps parfois cumulatifs (pauvreté, gentillesse, laideur, gabarits fluets ou trop adipeux, etc.) peuvent ainsi trouver un plaisir inaccessible autrement – les femmes étant intrinsèquement vénales, masochistes et superficielles. Leurs déconvenues les rendent souvent réceptifs aux thèses d’Alain Soral, porte-parole officiel des mâles brimés par un féminisme tatillon et hostile à la prostitution (quand une prostituée raccroche, c’est une brique de leur maison du bonheur qu’on retire).

Mais qui donc cet Alain Soral qui permet aux damnés de la braguette de se réapproprier la virilité ? Il s’agit d’un penseur complexe, au menton fourni et à la parole touffue. Le pragmatisme constitue le fondement principal de son approche de la séduction. Ce mâle à l’ancienne, rustique, qui ne s’en laisse jamais compter, surmonte jusqu’aux obstacles que la génétique a semés sur sa route. Ainsi, une pratique intensive du sport lui a permis de développer une musculature puissante, ambitieuse, en un mot : virile. Chacun, et surtout chacune, n’a d’yeux que pour sa puissance thoracique, qui compense astucieusement une phonation peut-être un peu aigüe. De même, sa calvitie n’a jamais été un sujet de complexes. Au contraire, Soral assume cette marque incontestable d’expérience et de virilité. Mesdames, laquelle d’entre vous n’a jamais été émoustillée par son crâne luisant sous les projecteurs ? Qui peut rester indifférente à ce symbole testiculaire brandi avec éclat à la face du monde ? Soral est un débatteur coriace, qui triomphe de ses contradicteurs par de puissants enchaînements argumentatifs. Il martèle des raisonnements imparables, assène vigoureusement son discours, et alterne crochets du gauche et uppercuts de l’extrême-droite. L’influence de la boxe anglaise (sa grande passion) est manifeste. Tant sur le ring que sur les plateaux, c’est lui le patron.

N’ayons pas peur des mots, parmi le troupeau des mâles condamnés à l’abbatoir castrateur du « néo-féminisme judéo-protestant américain », Soral est celui qui se dresse, et entraîne dans son sillage ses semblables. Je vais à présent me livrer à une exégèse de sa pensée, subtile et néanmoins virile (« La drague est un sport de combat », « Les femmes aiment les hommes qui ne les respectent pas », constituent les cris de ralliement à son panache blond). Pensée qui lui a notamment valu l’adhésion d’intellectuels de premier plan tels que Jean-Marie Bigard ou encore Lesly Mess (alias Afida Turner).

Extraits :

« Osons la vérité : le garçon voit la fille, il la trouve désirable, troublante. Il est ému, son petit cœur bat. Intimidé, il faut qu’il aille lui parler, l’air à l’aise, souriant, malgré la castration qui plane, l’humiliation du « non ». (…) Sept fois sur dix, la fille l’envoie chier par un « je suis pressée » un peu sec, un « vous n’y pensez pas ? » outré. Pourquoi ? Par principe, pavlovisme, simple souci du « quand dira-t-on ». »

Soral a bien cerné le désarroi qui frappe les hommes de notre temps : trop souvent, par orgueil mal placé, ou par conditionnement judéo-socio-culturel, les femmes rechignent à laisser leurs prétendants déployer leur ego et leur phallus (les deux sont étroitement associés). Ne pas offrir de perspective sexuelle à un homme, c’est lui infliger une castration irrémédiable.

« Les garçons vivent dans une misère sexuelle grandissante, notamment dans les cités, les premières responsables sont les filles qui vont chercher ailleurs. »

Là encore, Soral tape fort et juste. Ces castratrices vénales (il est évident que l’hypergamie est le mobile souterrain de leurs choix conjugaux) sont injustement sévères avec leurs homologues masculins. Certes, il leur arrive d’exprimer leur virilité de manière un peu trop démonstrative, mais cela ne les rend-il pas touchants ? Sous l’enveloppe d’un gros dur est enfoui un petit coeur qui palpite aussi fort qu’un autre.

« Il faut énormément de courage pour parler à une fille dans le monde occidental, alors que dans plein d’autres pays elles te répondent avec le sourire. »

Voila un propos d’une justesse remarquable, on ne souligne jamais assez que le matérialisme décadent brise le lien social en Occident. Mes amis voyageurs sont unanimes : lorsqu’ils descendent de leur 4×4 de location, pour battre quelque trottoir défavorisé d’un bidonville exotique, l’autochtone XX les accueillent avec une délicatesse étrangère à la féministe Parisienne.

« Quand on retire l’amour de la relation du sexe, on arrive dans le sexe comme performance transgressive. Et on peut aller très loin jusqu’à la pédophilie. »

Limpide. Il est notoirement connu que Marc Dutroux avait commencé par sodomiser ses conquêtes au collège, avant de les faire partouzer au lycée, puis d’organiser des rencontres sensuelles avec des Bouviers des Flandres à l’université. Au moment de son arrestation, lassé par les corps juvéniles, il planifiait sa transition vers la nécrophilie.

« Il y a une [telle] terreur des femmes chez les jeunes mecs qu’ils préfèrent s’arranger entre eux, comme au Maghreb. Là-bas les femmes sont interdites par la religion, ici elles sont interdites par la violence du féminisme judéo-protestant Américain. »

Je crois qu’il n’y a rien à ajouter, l’énoncé est imparable, il défie le politiquement correct © en combat singulier pour lui défoncer la gueule à grands coups de battoir. On n’avait plus vu un boxeur blond aussi pugnace depuis René Jacquot. Pour plus de précisions sur les puissances occultes qui tirent les ficelles en secret, la consultation de ce lien me semble indispensable.

***

Trêve d’ironie. Le constat de la survivance des archaïsmes féminins est certes juste (interrogez par exemple cent femmes au hasard, combien seraient instinctivement attirées par des hommes d’une taille significativement inférieure à elles ?), mais l’analyse proposée par ces Messieurs est aberrante. Ils ne sont pas oppressés par les femmes, mais par un système de pensée (le patriarcat) qui attribue aux individus des rôles précis et intangibles. Les mâles ostracisés pour leur inadéquation aux critères de la virilité disposent de trois options alternatives à la complainte perpétuelle : un effort d’introspection, pour interroger leurs propres archaïsmes et s’en mettre à distance (les femmes à peine majeures et dont le poids avoisine le demi-quintal ne sont pas les seules désirables) ; un effort d’adaptation (chacun n’a pas l’âme d’un militant désintéressé capable de renoncer au plaisir de la chair) ; ou alors la prospection de partenaires moins aliénées au conditionnement patriarcal. Ces femmes existent, elles ne le brandissent pas forcément en étendard (curieusement, parmi celles que j’ai croisées, aucune ne se définissait comme féministe), et elles ne forment pas nécessairement une caste ultra-minoritaire. En tous cas, envisager la drague comme une procédure codifiée, avec des acteurs respectant scrupuleusement un rôle socio-culturellement (voire biologiquement) assigné, n’est qu’une manière dérisoire de se rassurer face à l’angoissante complexité d’un monde en mutation.

En outre, j’aimerais bien qu’on m’explique ce qu’il y a de fondamentalement féministe à se prostituer, activité qui consiste à flatter l’orgueil et la libido des mâles aussi frustrés que misogynes, qui légitime leur vision du genre féminin, et leur permet de différer à l’infini leur remise en question.

(Clin d’oeil à des camarades qui réhabilitent la virilité sans perdre de vue son aspect vertueux).

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3 commentaires pour Sociologie du verbeux

  1. bustydoll dit :

    soral est surtout juste une frustré usant sa culture comme un vernis afin de cacher ses lieux communs et ses pamphlets ultra réactionnaires et haineux…haine de la femme, haine de l autre, haine de lui-même….rien à voir ou à lire, à dégager!

  2. Pumm dit :

    On n’a pas du tout lire/écouter le même Alain Soral, que je trouve aux antipodes de vos propos, MM. Spermufle et bustydoll. En tant que femme, je suis assez souvent d’accord avec son décryptage de la société en général et du féminisme en particulier. En outre, il n’est « haineux » qu’envers les gens qui lui portent préjudice sans raison (censure dans un pays de liberté d’expression, cassage de gueule pour délit d’opinion), que ces gens soient des hommes ou des femmes… De plus, citer deux trois extraits de Soral sans contexte global et conclure le tout par la fumeuse ‘théorie du complot’ à laquelle personne ne croit n’est pas des plus élégants. Cette théorie n’a pour but que couper court au débat et décrédibiliser l’auteur du propos en tant que ‘complotiste’ car se posant des questions dérangeantes. Un beau point Godwin en quelque sorte. Je vous conseille une relecture de ses diverses analyses avec un état d’esprit plus neutre, peut être y verrez vous autre chose que de la haine universelle de la part d’un mec ayant créé une assoc’ appelée egalité et réconciliation… un peu paradoxal quand même.

    Sinon, concernant le début de l’article… Je suis pour ma part pour la suppression de la prostitution, que je trouve malsain car cela ne résout pas les problèmes évoqués (misère sexuelle/affective entre autre), et en créée de nouveaux (traite des prostituées). La prostitution révèle un certain mal-etre de la société (la misère sus-citée) et les illusions diverses que (1) le sexe est la clé du bonheur et que (2) on peut tout acheter, entre autres. Supprimer la prostitution ne résoudra pas ce mal-être dont la source est d’après moi, une certaine mutation des valeurs et une perte de spiritualité de la société.

    Bien cordialement et merci pour votre article sur Rue89 que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt et que j’ai trouvé très courageux.

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