Le château de Colditz

(16/10/2012 by Spermufle)

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, les Allemands regroupaient les soldats Alliés prisonniers dans deux types de camp : les Stalag et les Oflags. Ces derniers étaient spécialement destinés aux plus hauts gradés. Les plus récalcitrants d’entre eux, auteurs de multiples tentatives d’évasion, étaient parqués dans la citadelle de Colditz, dans la Saxe, autrement désigné Oflag IV-C.

La topographie rendait les geôliers sûrs d’eux : étaient affectés aux tâches de surveillance des soldats vétérans de la Première Guerre Mondiale, d’autres étaient des réformés du champ de bataille ; certains étaient même un peu simplets.

Les conditions de détention étaient moins pénibles que dans un Stalag, et, a fortiori, que dans un Camp de Concentration. Les Allemands, signataires de la Convention de Genève (traité établissant, entre autres, la manière dont doivent être traités les prisonniers de guerre), animés par leur vieux fond Prussien, étaient assez respectueux de l’uniforme et des officiers (fussent-ils ennemis). En outre, Hitler utilisait ces captifs comme monnaie d’échange ; les gardiens avaient pour consigne de ne pas les abattre en cas de fuite. En résultait une ambiance curieuse, une impression de « jeu du chat et de la souris » pour paraphraser un Caporal Allemand. La seule sanction en cas d’évasion avortée était l’isolement, en lieu et place de la traditionnelle exécution sans sommation.

Les prisonniers bénéficiaient de l’apport régulier de colis de la Croix-Rouge, contenant denrées, cigarettes, différents accessoires, et parfois même de l’argent. Situation curieuse, où les geôliers, qui bénéficiaient uniquement des faméliques rations de la Wehrmacht, jouissaient d’un confort inférieur aux hommes qu’ils surveillaient. Evidemment, tout ceci favorisait la corruption (un officier Tchécoslovaque avait d’ailleurs été désigné comme le soudoyeur attitré des gardiens). A noter que le contenu des colis pouvait aider à constituer du matériel de fortune : boussoles minuscules cachées dans les fruits, bois et métal pour constituer des machines à coudre ou à écrire rudimentaires, couvertures servant à confectionner des uniformes Allemands, etc.

L’ambiance tournait parfois au potache, lorsque les détenus balançaient sur les soldats Nazis des bombes à eau, ou lorsque des Polonais (comme par hasard) fabriquaient un alcool de contrebande fort indigeste (plusieurs cas de cécité temporaire ou de noircissement des dents à cause des impuretés).

Les tentatives de fuite étaient du même tonneau, certaines même dignes d’un bon vieil épisode de Papa Schultz. Au début, chacun des groupes oeuvrait dans son coin ; mais lorsque des Belges et des Britanniques entrèrent en collision en creusant un tunnel, les prisonniers se dotèrent d’une instance coordinatrice des évasions.

Parmi les plus astucieuses, voire cocasses, on relève principalement :

– celle du Français Pierre Mairesse-Lebrun. Pendant l’exercice, aidé d’un compatriote, il passa par-dessus la grille de barbelés (tendue à trois mètres de hauteur) en jouant à saute-moutons.

– celles du Néerlandais Damiaen Joan van Doorninck et du Britannique H. Fowler. Alors que le Britannique Pat Reid se livrait aux préparatifs d’une pièce de théâtre, il découvrit un étage vide et condamné sous l’estrade. Il creusa un trou dans le plancher, et s’aperçut que le chemin mène à un poste de surveillance. Van Doorninck et Fowler, déguisés en soldats Allemands, profitèrent d’une représentation et d’un relâchement de la surveillance pour se faire la malle.

– celle du Lieutenant Français Boulay. Travesti en femme, il s’apprêtait à quitter le château lorsque sa montre tomba. Ses camarades, nullement avisés de sa tentative, se mirent à le siffler, ce qui attira l’attention des gardes sur lui. Trois semaines de cachot à la clef.

 – celle du Britannique Jack Best. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une évasion : il découvrit une oubliette inconnue des Allemands eux-mêmes, et s’y cacha durant toute sa captivité. Il ne ressortait que lors de l’appel quotidien des prisonniers, afin de faire le nombre lorsqu’un camarade s’était échappé. Il hérita du surnom de « Fantôme ».

– celle du Français André Perraudeau. Grimé en ouvrier affecté aux réparations, il tente de sortir du camp. Un détail clochait : son brassard n’était pas adéquat, comme en témoigne ce cliché pris par un photographe Allemand. Il fut démasqué et condamné à quinze jours d’isolement.

– celles du Néerlandais Hans Larive et du Français François Steinmetz. Au cours d’un match de rugby, des prisonniers formèment une mêlée au-dessus d’une plaque d’égoût. Les deux fuyards en profitèrent pour s’y glisser. Les Néerlandais disposaient d’une méthode audacieuse pour dissimuler la disparition de l’un d’entre eux. Lors de l’appel, ils glissaient dans leurs rangs « Moritz », un soldat en carton réalisé à partir des colis de la Croix-Rouge. Les Allemands, qui réunissaient les prisonniers par colonnes de cinq unités, n’y voyaient que du feu.

– celle du Britannique Mike Sinclair. As du déguisement, il se fit passer pour une sentinelle Allemande, moustache factice et revolver en bois à l’appui. Hélas, il ne respecta pas scrupuleusement les gestes de l’homme qu’il imitait, et qui avait pour habitude de jeter un regard au-dessus d’une balustrade à un moment précis de sa ronde. Les Allemands le démasquèrent.

– celle d’un groupe de soldats Polonais. Après avoir noué des draps pour constituer une corde de trente mètres de long, ils se firent découvrir car leurs souliers produisaient trop de bruit lors de la descente en rappel.

– celle d’un groupe de soldats Français. Ceux-ci creusèrent, neuf mois durant, un tunnel sophistiqué (surnommé le Métro), qui passait sous la chapelle du château. Plusieurs compatriotes formaient des réunions de prières ; leurs cantiques couvraient les bruits des travaux. Les Allemands localisèrent le tunnel peu avant la fin des opérations.

– celle de trois Britanniques. Ces derniers construisirent un avion planeur (d’une structure en bois, et utilisant la garniture des matelas comme coffrage). Des tables devaient servir de rampe de décollage. Les Allemands capitulèrent peu avant la mise à exécution du projet.

Pour en savoir plus, ou écouter les témoignages des derniers rescapés, vous pouvez consulter ce documentaire sur Dailymotion.

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