Ken chez les Mormons

(11/09/2012 by Spermufle)

La prochaine élection présidentielle américaine se tiendra au mois de novembre. Elle mettra aux prises le sortant, le Démocrate Barack Hussein Obama II, à son rival Républicain Willard Mitt Romney, qui présente la particularité d’être Mormon. Pour mémoire, ces individus croient que Jésus est apparu à Joseph Smith en 1830 ; de même que Moroni un prophète hébreu jusque lors inconnu, qui l’aurait guidé jusqu’à des plaques en or massif. Celles-ci auraient contenu les annales du peuple Néphite (tribu qui aurait migré du Proche-Orient vers le continent américain pendant l’Antiquité), écrites en hiéroglyphes, et restituées à Dieu par Smith sitôt traduites. Ridicule, me direz-vous ? Pas plus que toute autre croyance à caractère surnaturel, après tout.

La conjoncture n’est pas du tout favorable à Obama. Le déclin américain, tant économique que géo-politique, semble inexorable. L’électorat lui reproche sa complaisance face aux institutions financières, actrices majeures de la crise. Quoi de plus logique, considérant qu’il a reçu 42,2 millions de $ des grandes banques et firmes financières pour sa campagne électorale en 2008 ? On estime par ailleurs à un bon tiers le nombre de ses collaborateurs issus de la Finance (Goldman Sachs en particulier, mais aussi, Citibank/Citigroup, Morgan & Chase, Bank of Chicago, IndyMac, Wasserstein Perella, etc). Obama n’a rien entrepris de concret pour remédier aux causes de la crise ; il ne s’est guère montré plus efficace lorsqu’il s’est attaqué aux conséquences. Ainsi, son plan d’assurance-maladie ne convainc ni les Républicains (opposants traditionnels de l’Etat-Providence), ni son propre camp, sceptique face aux cadeaux ainsi octroyés aux assurances privées. Les citoyens expropriés, faute d’avoir pu honorer les traites de leur crédit hypothécaire, sont à peine moins nombreux qu’autrefois. Enfin, le chomage demure toujours aussi élevé.

En 2008, Obama a pu compter – entre autres – sur la faiblesse de son opposant pour conquérir le pouvoir. A l’époque, le candidat du Grand Old Party était un vétéran du Vietnam à moitié sénile, flanqué d’une co-listière pas franchement plus éveillée. La crédibilité du parti avait alors été considérablement amoindrie, du moins hors de sa base électorale (les citoyens indécis font généralement basculer l’élection). Les Républicains n’ont pas commis deux fois la même erreur ; cette fois-ci, le ticket électoral est relativement jeune, intégralement masculin, et à peu près inattaquable sur ses facultés intellectuelles, au contraire (nous y reviendrons un peu plus bas).

Le vice-président potentiel Reb, Paul Ryan, a récemment accédé à la notoriété mondiale en déclenchant la polémique. Ainsi a-t-il manifesté son opposition à l’IVG, y compris dans le cas d’une conception résultant d’un viol. Propos qui ont froissé l’électorat féminin, malgré ses efforts d’exhibition musculaire constamment renouvelés pour l’amadouer (voir photo ci-contre). C’est en outre un libertarien, qui projette de réduire au maximum le rôle de l’Etat, sabrant le budget de l’aide sociale au passage. Un bon vieux réac, en somme. A l’inverse, les convictions de Romney sont fluctuantes. En tant que Gouverneur du Massachussets, il a mis en place un système de couverture maladie dont s’est inspiré Obama. L’électorat Républicain voit donc en lui l’initiateur d’un programme social dispendieux. En terme de contrôle des armes à feu, ou de droits accordés aux homosexuels, ses positions ont été hésitantes ; Mc Cain l’a un jour qualifié de « girouette ». Pour rassembler ses troupes, et remporter les Primaires, il a néanmoins adapté son discours : réduction des dépenses publiques, libéralisation du système de santé, et refus du mariage entre homosexuels. Le tout sur fond de patriotisme exacerbé. Le message est clair : tous deux incarnent les valeurs de l’Amérique Eternelle, pas comme ces tapettes socialistes et cosmopolites en collants. Avec au passage le sophisme habituel : la modernité, les « réformes », impliquent un retour à une situation ancienne (pour schématiser : celle d’avant le New Deal).

Rappelons que l’homosexualité est perçue comme une maladie par les Républicains les plus radicaux, curable par la prière ou par une thérapie appropriée.

Vestige d’une culture protestante (et non puritaine, mot galvaudé pour définir la mentalité locale), les Américains n’éprouvent généralement aucune espèce de culpabilité par rapport à l’argent, même accumulé dans des quantités extravagantes. Les inégalités sociales très fortes ne sont pas nécessairement perçues comme des injustices à résorber : elles sont socialement légitimées, et sont même envisagées comme des moteurs de progrès (principe du Rêve Américain : la richesse est la juste sanction du travail). Pourtant, cette idéologie résiste peu aux faits. Les inégalités constituent des facteurs qui biaisent la compétition, et l’évolution récente du capitalisme récompense davantage les financiers que les forces productives.

Le parcours de Romney illustre à merveille cette dérive du capitalisme. Né avec une cuillère en argent dans la bouche (fils d’une Sénatrice et d’un Gouverneur d’Etat, par ailleurs ex-PDG d’American Motors Corporation), il est bien vite embauché par Bain & Company, une société de conseil en stratégie. Dix ans plus tard, une poignée de jeunes loups de Bain & Co (voir photo ci-contre) fondent Bain Capital, société de conseil-investissement.

Concrètement, de quoi s’agit-il ? Romney et son équipe identifient d’abord une société en difficulté, mais dotée d’une trésorerie importante. Romney et ses potes rachètent la dite société en uilisant peu capitaux de Bain Capital ; l’argent nécessaire à l’acquisition est obtenue en souscrivant un gros emprunt auprès de Goldman & Sachs ou Citibank. La société rachetée se retrouve alors lestée d’une dette considérable, justifiant l’expertise (à vil prix) de Bain Capital. Celle-ci propose alors une solution toute prête pour réduire les coûts et honorer les traites du crédit : licencier du personnel et délocaliser les opérations. Cette technique rappelle celle du pompier pyromane, ou encore le Bust Out, fraude typique de la Mafia : un bandit rachète une société qui périclite, emprunte massivement, et lorsque les banques exigent un remboursement, il met le feu aux locaux pour payer les banques avec l’argent de l’assurance.

Bref, Romney est une sorte de parasite, l’incarnation du capitalisme financier, qui contrairement au capitalisme industriel ne produit rien, et dont les conséquences économiques et sociales sont pour le moins préoccupantes. Il est assez comique de l’entendre affirmer que la dette (qu’il a contribué à creuser par son activité professionnelle) est comme « un feu de brousse qui menace de brûler nos enfants ». Son patriotisme exacerbé, posture incontournable pour un politicien américain, est également contredit par son rapport à l’impôt. Un vrai patriote ne rechigne jamais à contribuer au budget de l’Etat. Or, grâce à une comptabilité audacieuse, Romney n’est imposé qu’à hauteur de 15% de ses revenus. Le pornographe Démocrate Larry Flynt offre d’ailleurs 1 million de dollars à quiconque fournira plus de détails sur sa déclaration fiscale (suspicion de comptes dissimulés à l’étranger). Signalons au passage que Romney a invité ses plus généreux donateurs de campagne (tel le magnat des casinos de Las Vegas Sheldon Adelson) sur son yacht privé ; navire battant pavillon des Iles Caiman, un état qui immatricule des bâteaux à des conditions fiscales avantageuses.

« Les américains sont cons ». Voila une affirmation tellement répétée qu’elle ne fait plus débat. Moi-même, je n’ai pas une grande sympathie pour ce pays ; ce que j’en entrevois à travers le prisme médiatique français ne me le rend pas particulièrement attractif. Ce peuple n’est pourtant pas le seul à être sensible aux postures des politiciens crapuleux (Xavier, si tu me lis, que faisais-tu au soir du 10 Mai 1981 ?). En outre, le raidissement droitier du discours Républicain est typique d’un pays en déclin. Face aux difficultés, les américains ne sont pas le seul peuple à fantasmer sur un Eden perdu, un passé mythifié, accessible à condition d’appliquer les mêmes principes qu’autrefois. C’est même une réaction quasi-universelle. Les américains sont « cons »… Peut-être bien, après tout. Ceci dit, pourquoi puis-je l’affirmer publiquement sans crainte de comparaître devant la 17ème chambre du Tribunal Correctionnel de Paris, alors que je m’exposerais à l’accusation d’incitation à la haine raciale si j’en disais autant d’un autre peuple ?

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