Apartirdeulah

(18/05/2012 by Spermufle)

Le 8 juin prochain, à Varsovie, débutera le championnat d’Europe de Football 2012. Les équipes favorites sont celles dont le collectif est bien rôdé, comme par exemple l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne. Les chances de l’équipe de France sont a priori minimes. Elle a conquis sa place de haute lutte, à l’issue d’une campagne éliminatoire globalement médiocre, malgré une opposition faiblarde, avec notamment un match nul décisif et chanceux face aux bosniaques à Saint-Denis. En terme d’état d’esprit et de qualité de jeu, aucun progrès significatif n’a été accompli depuis la triste période 2004-2010 (sous le mandat de Raymond Domenech).

Le jeu pratiqué par les Bleus sous l’ère Domenech (2004-2010) se caractérisait par une grande pauvreté. L’animation offensive était déficiente, l’état d’esprit déplorable et l’équipe subissait les évènements dès qu’elle rencontrait des adversaires huppés. La seule éclaircie correspondit aux réapparitions de ZidaneMakélélé et Thuram (2005-2006), et le retour à un jeu certes peu spectactulaire, mais cohérent et efficace (sanctionné par une finale au Mondial, perdue aux tirs aux buts). Les quatre années suivantes furent tout aussi exécrables, avec une alternance de qualifications chanceuses et de performances minables en phase finale lors de l’Euro 2008 et du Mondial 2010.

Nommé Sélectionneur au terme du triste Mondial en Afrique du Sud, Laurent Blanc jouissait alors d’un crédit quasi-maximal. Son palmarès brillant en tant que joueur (vainqueur du Mondial 98 et de l’Euro 2000), son bilan prometteur en tant qu’entraîneur de Bordeaux (champion de France 2009), plaidaient en sa faveur. Blanc devait incarner le changement, le retour aux valeurs d’abnégation et de cohésion, sous l’autorité d’un sélectionneur à la légitimé incontestée. De fait, sa première composition d’équipe (pour un match amical contre la Norvège), considérablement rajeunie, ne comporta aucun des mutins de Knysna, et présenta une attaque bi-céphale offrant les promesses d’un jeu offensif absent sous l’ère Domenech. Deux défaites plus tard (Norvège, donc, puis Biélorussie à Saint-Denis), Blanc densifia le milieu de terrain, dégarnissant l’attaque au passage, puis re-convoqua ultérieurement Evra et Ribéry, joueurs emblématiques du délabrement moral du foot contemporain. En somme, les mauvais résultats obligèrent Blanc à opérer son Tournant de la Rigueur et s’asseoir sur les nobles idéaux initialement professés.Blanc a certes obtenu une qualification pour l’Euro ; il serait néanmoins hâtif de juger de sa compétence au simple vu des résultats. Le but décisif, qui a propulsé les Bleus à l’Euro, n’a été inscrit qu’à un quart de la fin du match contre les bonsiaques, qui avaient jusque lors baladé les français en termes de maîtrise collective et de technique individuelle. Sans une maladresse du défenseur Spahic, qui condéda un pénalty maladroit au cours d’une action anodine, les bosniaques auraient pris la place des Bleus. Du reste, si l’on examine attentivement le parcours des français depuis deux ans, on s’aperçoit que les résultats les plus probants ont été acquis en amical face à des adversaires diminués (Angleterre, Brésil, Allemagne), et que les matches de compétition face à des opposants faiblards (Albanie, Biélorussie, Roumanie) se sont traduits par une grande médiocrité.

 La crédibilité dont jouissait Blanc s’est peu à peu érodée. La convocation systématique de joueurs tels que Ribéry ou Evra, à la mentalité contestable et à l’implication douteuse sous le maillot national (leurs performances en sélection sont bien plus ternes qu’en club), et l’absence d’innovation tactique tranchant avec la période Domenech (maintien d’un 4-5-1 offensivement improductif) fait de Blanc un sélectionneur guidé par le court terme, loin des Bielsa, Aragones ou Hiddink qui ont patiemment élaboré un projet audacieux, porté par de nouveaux éléments quitte à écarter des stars vieillissantes (comme par exemple l’espagnol Raul au terme du Mondial 2006). Les critères de sélection opérés par Blanc posent d’ailleurs question : GourcuffAlou Diarra ou Ribéry, qui n’ont guère convaincu ces dernières années en équipe nationale (et même en club s’agissant des deux premiers) ont le même impresario que Blanc, le repris de justice Jean-Pierre Bernès. Enfin, l’ « affaire des quotas ethniques » lui vaut d’être soupçonné de racisme, l’infâmie suprême des temps modernes.

 Cette affaire, qui défraya la chronique au printemps 2011, offre plusieurs enseignements navrants. Primo, les caciques du football français attribuent des caractéristiques bien précises aux joueurs en fonction de critères raciaux : les « Blacks » (sic) détiendraient une supériorité athlétique intrinsèque, tandis que les Blancs seraient par essence des « petits gabarits intelligents ». Il est d’ailleurs significatif que dans toute l’Histoire des Bleus, le seul meneur de jeu Noir ou  métis fut Gérald Passi (11 misérables sélections en 1987-88 pour ce précurseur des footeux non-bogossoïdes). Secundo, nous avons la démonstration que, depuis au moins vingt-cinq ans, les cadres techniques de la FFF formaient des athlètes auxquels on apprenait plus ou moins bien à jouer au ballon – les joueurs Noirs bénéficiant par conséquent d’un a priori favorable expliquant leurs sur-représentation dans nos équipes, en club ou en sélection nationale. Préjugé qui colle à la peau d’un Mamadou Sakho, présenté par Laurent Blanc comme l’archétype du « Grand Black costaud » (sic) alors qu’il s’agit d’un défenseur central très prometteur en terme d’intelligence de placement et de relance. Ici, notre sélectionneur s’illustre par sa méconnaissance des joueurs français, travers également observé lorsqu’il a évoqué l’attaquant français Gomis (dont il ignorait jusqu’au prénom), qu’il définissait comme un remplaçant lyonnais au moment précis où il venait de marquer pendant six matches consécutifs au poste de titulaire.

Cette conception du football estampillée FFF, essentiellement axée sur le physique, fut récompensée par le titre mondial en 1998, époque où « le monde entier enviait la formation à la française ». Ces dernières années virent la réhabilitation de l’attaque placée, du jeu de passe, et des dribbleurs fluets (impulsée notamment par les espagnols, champions du Monde et d’Europe en titre), rendant obsolètes les options définies jadis par les formateurs français. Notons au passage que les choix de Blanc en tant que sélectionneur entrent en contradiction avec l’idéal dont il s’est pourtant prévalu. Ainsi écarte-t-il systématiquement Florent Balmont, au style capillaire atroce, mais dont le jeu se rapproche du subtil passeur espagnol Xavi. De même, Blanc n’hésite pas à densifier son milieu de terrain à grand renfort de « Blacks costauds » (sic) dans les matches cruciaux.

En somme, le jeu des Bleus à l’Euro 2012 ressemblera à celui pratiqué sous Domenech : défense de fer sur lequel reposera le poids des matches (Mexes et Rami devront impérativement être infaillibles), milieu densifié, et l’on comptera sur les contre-attaques ou les coups de pieds arrêtés pour marquer de temps en temps. Ce type de jeu peut fonctionner à haut niveau (les grecs ont gagné l’Euro 2004 et les paraguayens sont arrivés en quart de finale du Mondial 2010 en procédant ainsi), mais selon toute vraisemblance les français devraient au mieux arracher un quart de finale après un premier tour à caractère purgatif. Puis, Laurent Blanc signera un contrat lucratif avec un grand club étranger, laissant intact le chantier des Bleus à son successeur.

M.A.J du 23/06/2012 : Les Bleus ont donc passé le premier tour. La qualification a été obtenue chichement, à la faveur d’un pietre match nul devant les anglais, une victoire devant les ukrainiens (51e équipe mondiale selon le classement FIFA), et une défaite minable devant les suédois. Conscients des lacunes françaises dans l’animation offensive, leurs adversaires se sont adaptés en se regroupant en défense. Il a fallu un concours de circonstances favorables pour que nos joueurs se qualifient (mansuétude de l’arbitre contre l’Ukraine, qui aurait dû expulser Menez avant que celui-ci n’ouvre le score ; but injustement refusé aux ukrainiens contre les anglais). Le prochain adversaire est l’Espagne, qui va confisquer le ballon. La configuration sera alors proche de celle que j’ai décrite au cours de mon dernier paragraphe.

M. A. J. du 30/06/2012 : Ha ha !

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