La Lozère

(10/03/2012 by Spermufle)

Qu’évoque le mois de Mars pour la plupart d’entre nous ? Le printemps, les giboulées, et le passage à l’heure d’été ; mais aussi (et surtout) la planification des vacances estivales. En ces temps de  sévères restrictions budgétaires, beaucoup devront renoncer aux destinations lointaines et à l’exotisme. Ou pas, car de nombreux coins de France proposent un dépaysement inattendu. J’interpelle ici la prêtresse mystico-sensuelle qui se farcit des voyages jusque dans les steppes mongoles : nul besoin d’embarquer à bord de vieux coucous à la fiabilité incertaine, le contact avec l’intemporel est accessible à seulement six heures de train. Allez, merde, viens en Lozère !

Le dépaysement commencera dès la Gare de Lyon, lorsque vous monterez à bord d’un vétuste train Corail. Le manque de confort vous évoquera immédiatement les grandes heures du chemin de fer soviétique des années 70. Après une correspondance à Klermonferansk, vous emprunterez un train régional qui serpentera sur les voies escarpées du Massif Central, ou alors un autocar qui vous donnera l’inestimable plaisir de circuler sur l’autoroute sans payer le moindre centime au péage. Une fois parvenu à destination (Mende ou Marvejols), vous ferez connaissance avec la pureté de l’air lozérien, qui possède à lui seul des vertus anti-dépressives. Songez donc : jusqu’au milieu des années 90, le département ne comptait qu’un seul feu de signalisation.

Sitôt que vous quitterez les mégalopoles lozériennes (se définit comme une ville de plus de 5000 habs, soit toutes sauf deux), vous effectuerez un bond de plusieurs décennies dans le passé. Le béton y est rare ; les pierres des environs constituent le principal matérieau de construction des maisons. En résulte un charme désuet ; en Lozère, le dépaysement est avant tout temporel.

Dans ce département, la distribution des patronymes est assez homogène : par exemple, la population chanacoise (1300 habs) est à 47% composée de Vieilledent, à 46% de Vieillevigne, les 7% restants sont formés par les estrangers (des montpelliérains principalement). Autant dire que le solde naturel de population est négatif, signifiant ainsi que les lieux sont un peu plus tranquilles chaque année. Adouci par un régime alimentaire équilibré, le lozérien est d’une nature peu belliqueuse. Contrairement à d’autres coins de l’hexagone, les fêtes de village ont gardé une ambiance bon enfant, et l’on peut y flâner tard dans la nuit sans risquer une douche de mollards ou d’être importuné par un fêtard-cogneur. Héritiers des peuplades pré-européennes qui occupaient les lieux, et qui soignaient la migraine par trépanation, les autochtones vous épateront par leur savoir-faire médical. Ainsi, le boulanger du village de Chanac est capable de soigner les hernies testiculaires par apposition des mains ; et il se murmure que nombre de lozériens pratiquent ces méthodes curatives ancestrales (on peut les rencontrer tard le soir dans des lieux dédiés).

Le grand atout du département réside indéniablement dans ses paysages, particulièrement variés. Au Nord-Est se situe la Margeride est une vaste étendue boisée, située entre Lot, Allier et Truyère. Ce massif forestier dense et peu fréquenté fut jadis le territoire de la fameuse Bête du Gévaudan. Le mystère reste entier quant à la nature de l’entité qui décimait les troupeaux de villageois. Meute de chiens féroces, fauve échappé d’un cirque, loup-garou : les hypothèses les plus farfelues ont circulé. La dernière en date émane de la cryptozoologie. Aujourd’hui encore, le département est peuplé par quelques créatures étranges et isolées, notamment aperçues par les boulangers au cours de leur tournée de distibution de pain. Qui sont ces individus singuliers ? Des mutants victimes du nuage radioactif de Tchernobyl ? Des fossiles vivants perpétués par des millénaires d’endogamie ? La meilleure illustration des liens particuliers qu’entretiennent les lozériens avec le règne animal ? La question reste en suspens. Quoiqu’il en soit, il est fortement recommandé de sympathiser avec eux : ces êtres dissimulent une grande bonté sous leurs aspects rustiques. Une fois mis en confiance, ils vous vendront leurs excellents fromages artisanaux à un prix très abordable.

Le coin de Lozère le plus pittoresque est sans conteste les Gorges du Tarn, équivalent français du Grand Canyon (n’ayons pas peur des comparaisons). Je vous recommande particulièrement la visite du village troglodyte de Castelbouc, niché au creux des Gorges et accessible en barquette. A signaler que la hauteur des portes y est exceptionnellement basse (le lozérien des temps jadis était court sur pattes). Non loin de là se situe le Point Sublime, panorama exceptionnel que vous atteindrez au terme d’un trajet routier qui mettra au supplice votre estomac. Vous aurez ainsi une vue imprenable sur la vallée du Tarn.

Je vous invite à visiter le Causse Méjean, pour rendre visite à son demi-habitant au km² (lequel a tendance à s’emmerder). Sur ce plateau rocailleux, au climat proche de celui de la Mongolie, a récemment été introduit le cheval de Przewalski. Il s’agit d’une sorte de demi-cheval (équidé nain) dont l’habitat naturel est le désert de Gobi. Sachez toutefois que les touristes ont consigne de ne surtout pas approcher l’animal, qui doit conserver son tempérament sauvage. En plein coeur du Causse Méjean, entre Sainte-Enimie et Meyrueis, vous pourrez aussi descendre dans l’Aven Armand, une grotte aux stalagmites majestueux, si haute que la Cathédrale Notre-Dame pourrait tenir à l’intérieur.

Il existe d’autres coins magnifiques à visiter, comme la Cascade de Déroc, le col de Montmirat, l’Aubrac (et ses vaches rousses à moitié sauvages), le Mont Lozère, ou encore les versant Nord des Cévennes (gare aux cueilleurs de champignons gardois, ils sont féroces), mais faute de place je n’ai pas la possibilité d’en dire davantage. Je conclurai en affirmant que la Lozère est un authentique paradis, enfin, exclusivement de mai à septembre ; le reste du temps, c’est un plateau d’altitude aride balayé par les vents et fortement enneigé. Les publicitaires l’ont d’ailleurs magnifiée avec ce slogan qui a traversé les âges : « Lozère, tu m’aères ».

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