Gruik Gruik

(04/03/2012 by Spermufle)

Suite à l’article d’Octave Mol sur les méfaits de l’alimentation carnée et le caractère atroce des conditions d’élevage du bétail, j’ai décidé de visiter une exploitation agricole appartenant à la filière porcine. Séjour édifiant : j’ai pu valider certaines des observations formulées par mon alter blaireau, et je me suis familiarisé avec un espèce animale très attachante, que je me suis juré de réhabiliter. Sans plus attendre, voici mon compte-rendu.Avant d’être une insulte, le cochon est un animal. Il ne me paraît donc pas inutile de questionner ce point de langage qui nous conduit fréquemment à associer une personne à un porc ou une truie. A titre d’exemple, je prendrai cette phrase : « Octave, tu n’es qu’un gros porc puant du fondement » (toute ressemblance avec une personne ou une situation réelle est fortuite). Cette phrase anodine relève à l’évidence d’une méconnaissance totale de la physiologie de l’animal (et aussi d’une clairvoyance remarquable).

Certes, la psychologie du porc est basique, puisqu’elle induit une réification de ses objets de conscience : l’autre est celui qui empêche ou favorise la satisfaction de ses pulsions (qui ont trait à la nourriture, au jeu, à la sieste, et au vagin de la femelle/pénis du mâle – deux attributs difficilement différenciables pour un oeil non exercé). Mais quelle différence entre le goret et l’homo sapiens, qui réduit sans scrupule et par réflexe son prochain à l’état d’objet ? Qui parmi vous n’a jamais transformé un homme en biceps, en verge ou en chauffagiste-électricien ? Qui n’a jamais transformé une femme en cuisinière, en balai-brosse ou en anus artificiel ? Ne jetons donc pas la pierre au cochon, car lui au moins ne revendique pas sa connerie.

La société porcine est régie par un code hiérarchique très flou, qui favorise nettement l’égalité des sexes. Le grognement est le moyen par lequel le porc manifeste ses états d’âme, mais dont il abuse tant que lui-même finit par ne plus savoir pourquoi il grogne. L’accès à l’auge nourricère n’est pas rigidement règlementé comme chez d’autres mammifères supérieurs et procède de la vivacité motrice des individus : le premier arrivé est le premier servi. La satisfaction alimentaire est donc inféodée à la musculature postérieure du cochon. Toutefois, puisque les plus rapides sont ceux qui mangent le plus, ils grossissent les premiers et finissent par ne plus courir assez vite pour monopoliser les écuelles. Une seconde variable vient atténuer la prépondérance du facteur musculaire : le facteur cérébral. Ainsi, celui qui sait anticiper la venue de la main chargée en graines vitaminées du paysan rougi par vingt ans de labeur, est celui qui par son astuce prend de vitesse le plus svelte des gorets.

Par ailleurs, le cochon a un caractère grégaire et joyeux qui le rend agréable à fréquenter. Il lui arrive fréquemment de bondir follement dans tous les sens sans raison apparente ou de sprinter follement, arc-boutant son gros corps malhabile et flirtant à chaque instant avec la dislocation. Il s’agit également d’une créature sensible. Lorsque le boucher vient dans la fosse aux cochons s’emparer d’un individu pour le destiner à nos estomacs, le pauvre animal a besoin d’ignorer ce qui se trame. Il faut alors employer des subterfuges pour ménager sa sensibilité : par exemple, le fermier doit isoler plusieurs animaux afin de n’en prélever qu’un seul puis relâcher le reste de ses compagnons. La harde peut ainsi constater de visu que ses semblables ont été épargnés (la harde ne sait pas compter, ce qui est une chance pour le boucher).

Malgré son caractère fruste, le porc est somme toute un animal sympathique qui ne mérite pas d’être méprisé. Notre manie de consommer ses joues ou ses jarrets pour aller aussitôt les déféquer est un comportement qui, à mon sens, ne nous singularise pas spécialement dans le règne animal. On le dit sale, et pourtant il prend soin de sa peau en pratiquant le bain de boue. Il est également inoffensif pour les autres créatures, puisque son régime alimentaire se compose exclusivement de graines. Alors O.K., il pue du goulot, mais personne n’est parfait.

Erratum : Ces sales bêtes sont omnivores. Valent pas mieux que les humains.

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Un commentaire pour Gruik Gruik

  1. Pour aller plus loin, je ne vois qu’une suggestion de lecture: la délectable « Stratégie pour deux jambons », de Raymond Cousse.

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