Un secret bien gardé

(26/02/2012 by Mol)

Qu’évoquent les Philippines dans l’imaginaire collectif français ? Pas grand-chose pourrait être une réponse pertinente. On se souvient vaguement de l’affaire des otages de Jolo, on imagine des îlots insurrectionnels au sud du pays, des terroristes musulmans indépendantistes barbus prêts à en découdre. On se remémore aussi des images vues à la télé de bidonvilles inondés par les flots d’un typhon tropical du cru, des enfants en guenilles avec de grands yeux noirs dévisageant la caméra d’un reporter, des abris de carton s’étalant sur des kilomètres autour de Manille, mégalopole asiatique symbolisant le développement anarchique des pays du Sud.

Tentons de démêler le vrai du faux. Les preneurs d’otages à Jolo d’abord n’étaient pas des musulmans scrupuleux mais plutôt de pauvres fanfarons désireux de s’octroyer une petite notoriété et quelques deniers afin de se payer une poignée de motos rutilantes. Les bidonvilles, les enfants à grands yeux, les inondations, oui c’est un fait. Démocratie bâtie sur les ruines fumantes du joug hispano-américain (puis de l’occupation japonaise), les Philippines sont une république unique en Asie. D’abord, c’est le seul pays catholique de la région (hormis le minuscule Timor oriental). C’est aussi un des pays du sud-est asiatique les moins développés. Corruption au sommet de l’état et à tous les étages régionaux, développement économique fastidieux, les Philippins ne baignent pas dans l’opulence –la plupart des investissements injectés dans l’économie sont d’origine étrangère, chinois en particulier.

Il est pourtant des populations auxquelles les Philippines évoquent des images d’une nature moins négative. Imaginons une translation de quelques centaines de kilomètres. Téléportons nous mentalement en Suisse germanique, un pays où la taille moyenne des hommes avoisine les 1m90. Que nous apprendrait un scanner du cervelet de ces goliaths blonds ? Qu’ils partagent avec une frange non négligeable de leurs cousins Allemands et Américains une vision unique de ce pays. Pour ces messieurs (car nous avons affaire à une population massivement pourvue en testostérone), les Philippines ne riment pas avec taudis, gangs d’adolescents, extrémistes barbus ou inondations intempestives. Pour ces géants bedonnants, les Philippines sont une aubaine. Hors radars touristiques, le pays laisse volontiers à son lointain voisin thaïlandais la fonction d’aimant à touristes sexuels.

Pour ces germanophones grabataires et ces anglophones croulants –moyenne d’âge 70 ans-, passer incognito est capital. Peu de visiteurs, c’est augmenter d’autant les chances de préserver intact leur paradis tropical, peuplé de jeunes femmes alanguies s’abreuvant à leur(s) bourse(s) généreuse(s). Sous le soleil humide des Visayas, les corps flétris reprennent de la vigueur, la sève tarie se remet à couler à flot dans les membres fripés. Une défaillance érectile impromptue frappât-elle la virilité de ces vieillards que sans la moindre sollicitation, ils se voient offerts dans l’instant et contre une poignée de pesos une boîte d’un viagra frelaté promettant à leur compagne juvénile un retour de leur virilité la plus rigide. Comment dans ces conditions blâmer ces spectres moribonds de vouloir prolonger de quelques années leur existence auprès de naïades d’ébène, comment leur reprocher de s’accrocher encore un peu aux basques de quelque autochtone bienveillante ?

Sociologiquement, comment interpréter ce transfert des ressources vives de l’antique Europe (et de la vieillissante Amérique du nord) sous les tropiques ? Sur le versant philippin, nous avons d’une part un phénomène de paupérisation des classes pauvres parallèle à un enrichissement de franges réduites de la population, concentrées dans les quartiers d’affaires de Manille et quelques centres urbains disséminés sur le territoire. L’héritage culturel et religieux occidental d’autre part semble amoindrir la retenue des Philippins (les pays musulmans comme l’Indonésie érigent davantage de barrières sociales) ou exacerber l’attraction qu’exercent sur eux les valeurs culturelles véhiculées par l’Occident. Si les garde-fous de l’éducation n’ont pas inhibé l’attirance a priori des jeunes filles, si celles-ci ont été confrontées comme beaucoup à l’irresponsabilité sexuelle des jeunes Philippins (qui ignorent pour beaucoup l’existence du préservatif et engrossent à tour de bras leurs partenaires -voir à ce propos l’excellent Serbis de Mendosa), les visiteurs occidentaux auront toutes les chances d’être surinvestis par elles, eussent-ils le triple de leur âge.

Sur le versant des Occidentaux enfin, le ressort est aussi bien économique que psychologique. La vie sous les tropiques est bien sûr fort peu coûteuse pour des pensionnés européens ou américains. Un atout qu’ils ne se privent pas de faire miroiter à leurs partenaires potentielles. La qualité de vie, pour qui n’est pas allergique au cocktail chaleur + humidité, vaut bien celle des banlieues de Chicago ou de Hambourg. Les bénéfices secondaires à un « appariage » interethnique et intergénérationnel de cette nature sont évidents : les homo sapiens déclinants trouvent un cadre épanouissant et inespéré à leur narcisse défaillant, dans un pays où, dupe ou pas, une catégorie de très jeunes femmes se laissent séduire par eux. Là où dans leur pays, ils seraient seuls ou accompagnés d’une vieillarde frigide (de leur âge), ils ont ici le choix parmi un vaste panel d’autochtones narcissisantes qui leur offrent le loisir d’entretenir l’idée qu’ils sont encore verts.

Un tel bonheur narcissico-génital n’est pas sans achopper sur quelques légers désagréments et angoisses évidemment, mais quel prix ne serait-on pas prêt à payer pour vivre telle retraite dorée, sous les mamelles exactement ?

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