Les cinglés

(20/02/2012 by Spermufle)

Dernièrement, j’ai discuté avec un ami qui partage mes ambitions littéraires, et dont le roman comporte deux personnages principaux. Le premier est un violeur en série, le second est un psychiatre inspiré de Robert Hare, qui a consacré sa carrière à l’étude des psychopathes. Ce médecin a mis au point un outil diagnostic fiable pour déterminer le degré de psychopathie d’un individu, l’échelle de Hare.

Le praticien examine un sujet et tente de répondre à 20 questions le concernant. Un score de 0 est attribué si l’item ne le caractérise pas, 1 s’il le définit partiellement, et 2 s’il y correspond tout à fait. Les vingt question sont les suivantes :

1. Loquacité et charme superficiel ;

2. Surestimation de soi ;

3. Besoin de stimulation et tendance à s’ennuyer ;

4. Tendance au mensonge pathologique ;

5. Duperie et manipulation ;

6. Absence de remords et culpabilité ;

7. Affect superficiel ;

8. Insensibilité et manque d’empathie ;

9. Tendance au parasitisme ;

10. Faible maîtrise de soi ;

11. Promiscuité sexuelle ;

12. Apparition précoce de problèmes de comportement ;

13. Incapacité de planifier à long terme et de façon réaliste ;

14. Impulsivité ;

15. Irresponsabilité ;

16. Incapacité d’assumer la responsabilités de ses faits et gestes ;

17. Nombreuses cohabitations de courte durée ;

18. Délinquance juvénile ;

19. Violations des conditions de mise en liberté conditionnelle ;

20. Diversité des types de délits commis par le sujet.

Au-delà de 30 points, le sujet est catégorisé comme psychopathe. De 20 à 30 points, Hare évoque une problématique « mixte », avec des traits psychopathiques à surveiller. Le diagnostic est établi dans le cadre d’un suivi clinique (internement), et non dans celui d’une consultation hebdomadaire dans un cabinet au cours de laquelle le patient peut mettre en scène de manière fantaisiste sa biographie (une des limites de la thérapie classique, où le praticien est tributaire du matériel qu’il reçoit).

Evidemment, à la lecture de cet article votre premier réflexe sera de vous auto-évaluer, puis secondairement d’examiner le cas de vos proches, votre conjoint(e) par exemple. Il se pourrait que le résultat soit troublant : les figures faisant l’objet d’une réprobation sociale sont grossièrement caricaturées, si bien qu’on ne sait pas forcément les distinguer lorsqu’on les croise. On se représente ainsi l’électeur du FN comme un type nécessairement inculte et hargneux, un mari cogneur comme une brute avinée et intellectuellement limitée, et un psychopathe comme une sorte d’ermite reclus à la Ted Kaczynski. Or, la plupart des psychopathes sont très bien intégrés et passent inaperçus (le terme à la mode pour les désigner est « pervers narcissique »). Pire encore, dans une société fondée sur les rapports de force, leur comportement leur rapporte toute une série de gratifications, y compris sexuelles.

Schématiquement, les psychopathes sont des êtres égocentriques, capable dans les cas les plus sévères de sacrifier son intérêt à long terme à la satisfaction immédiate de leurs pulsions. Ils manquent d’empathie, dans le sens où ils peuvent conceptualiser les émotions d’autrui, sans toutefois les éprouver. Ils ne ressentent pas la culpabilité ou le remords, et les plus atteints ne ressentent pas ou peu des émotions fortes, telles que la peur ou le désespoir. Ce sont souvent des manipulateurs et des séducteurs dont le charisme repose sur une assurance sans bornes.

En d’autres termes, les psychopathes n’admettent fondamentalement qu’une seule loi : la leur. Les plus malins d’entre eux se hissent au sommet de la pyramide sociale et deviennent des mâles alpha, grâce à leur machiavélisme et leur ambition sans limites. On estime ainsi qu’un patron d’entreprise sur vingt-cinq est psychopathe, et ce cette proportion est sans doute nettement plus élevée dans le champ politique (Bernard Tapie incarne à merveille cet archétype). D’autres, moins habiles, louvoient tant bien que mal mais trouvent toujours des victimes fragilisées pour servir leurs intérêts. Ce sont fréquemment des multirécidivistes de toutes sortes de crimes et délits : escroqueries, violences sexuelles, usage et trafic de drogue, bagarres et voies de fait, conduite en état d’ivresse ou intoxiqués, violences conjugales, violences et maltraitances d’enfants, etc. En d’autres termes, on retrouve souvent de grands psychopathes chez les « Bad Boys« , archéype extrêmement populaire auprès des femmes. Rien d’étonnant à cela : le psychopathe détient l’ensemble des caractéristiques perçues comme « viriles » (ambition, charisme, agressivité, assurance) et constitue en quelque sorte la forme la plus aboutie de la masculinité traditionnelle.

Récemment, j’ai lu la sentence suivante sur Internet : « girl want to have a bad boy which is good just for her, boy wants a good girl which is bad just for him » (une fille veut avoir un Bad Boy qui soit bon juste avec elle, un garçon veut une gentille fille qui soit vilaine juste pour lui). Autant la seconde requête semble tout à fait raisonnable, autant la première est complètement extravagante. Ou comment engendrer une nouvelle génération de psychopathes en confiant à ces derniers la fonction de figure paternelle…

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Un commentaire pour Les cinglés

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