Duel au Sommet

(05/02/2012 by Spermufle)

Dans trois mois, les électeurs français devraient élire un nouveau président de la République. La conjoncture semble fatale aux ambitions sarkoziennes : la crise économique s’éternise, accentuant davantage la paupérisation des classes moyennes (qui composent la majorité du corps électoral), et l’ascenseur social est moins opérant que jamais pour les défavorisés. Les sondages sont mauvais, à tel point que mêmes ses troupes jugent la partie perdue d’avance. Elément significatif : dans une grande ville de province, les militants UMP distribuent exclusivement des tracts en rapport avec les prochaines législatives, et confient aux badauds que leur champion est presque assuré d’une déconvenue aux prochaines présidentielles. 

Nicolas Sarkozy restera certainement dans l’histoire comme l’un des Chefs d’Etat les plus impopulaires de la Vè République. Son caractère clivant et nerveux a rapidement réduit sa crédibilité, contrairement aux quasi-monarques charismatiques et rassembleurs qui incarnaient bien mieux la fonction présidentielle. Ces derniers partagent d’ailleurs un point commun : tous collaient à l’archétype du père de famille, autant pour leur personnalité que pour leurs caractéristiques corporelles.

Inutile de revenir sur le Général De Gaulle – 1.95m sous la toise – ancêtre-fondateur de la Vè République, qui possède son propre totem, et qui a longtemps été l’objet d’une quasi-divinisation (le RPR puis son émanation l’UMP se sont longtemps réclamés du gaullisme). Son successeur Georges Pompidou est sans doute le président le plus méconnu de la Vè République. Primo, son mandat a été écourté par sa mort, due à un myélome multiple (cancer sanguin) ; secundo, la couleur n’était pas encore généralisée à son époque (1969-1974), et les télévisions rechignent à diffuser des images d’archives. Le grand public ignore donc que Pompidou était un homme cassant, à la gestuelle agressive, et dont le regard broussailleux était empreint d’une sévérité qui évoque un père chapitrant son enfant. Il avait des idées bien arrêtées, qu’il formulait d’une manière volontiers dédaigneuse. Ainsi considérait-il de manière sarcastique l’industrie du luxe, attribut d’un pays manquant de « sérieux » (à l’image du Brésil, archétype du pays fantaisiste à ses yeux), et prônait le développement de l’industrie lourde sur le modèle allemand. Il méprisait en outre les écologistes, qu’il tenait pour d’indécrottables opposants au progrès (la voiture doit s’adapter à la ville et non l’inverse, estimait-il). Passons sur Alain Poher, Président par intérim à la mort de Pompidou (en sa qualité de Président du Sénat), pour mieux nous concentrer sur Valéry Giscard d’Estaing, élu en mai 1974. Homme au long squelette (1.89m) et au long phallus (son surnom de jeunesse était « le chibre »), il représentait mieux que quiconque le technocrate sûr de lui, voire condescendant, dont le brillant parcours scolaire puis politique rendait la légitimité incontestable. Un autre crâne dégarni (signe d’expérience) lui a succédé, en la personne de François Mitterrand. Sa posture de sage impassible, sur lequel les évènements n’ont aucune prise, lui a valu le surnom de « Sphinx ». Jacques Chirac, élu en 1995, impressionnait par sa taille imposante (1.90m), et son caractère conquérant. Renouant avec une posture gaulliste, autant par conviction qu’à cause du contexte (cohabitation puis ré-élection face à Jean-Marie Le Pen avec un score extravagant), il s’est toujours présenté comme un Chef d’Etat conciliateur et au-dessus des querelles partisanes.Autant dire que Nicolas Sarkozy détonne parmi ses devanciers, des gérontes érudits et animés par des prétentions littéraires. L’actuel Président est un homme peu cultivé, impulsif, irascible, ne disposant pas du flegme de son précédesseur. Ce dernier réagissait aux injures tels que « connard ! » par un « enchanté, moi c’est Chirac », tandis que Sarkozy perd facilement son sang-froid. Son agitation traduit un manque d’assurance qui nuit à son autorité. Manifestation la plus éclatante : contrairement aux autres présidents au squelette ramassé (Pompidou et Mitterrand dépassaient à grand peine le mètre soixante-dix), il a été l’objet d’attaques constantes en rapport avec sa taille. Sarkozy est loin de correspondre à l’image d’un père de famille ferme, mais bienveillant ; sa posture le rapproche davantage d’un cadre hyperactif d’une grosse PME, collant ainsi àl’idéologie de la Droite post-gaulliste et néo-libérale qui postule qu’un Etat doit être dirigé comme une entreprise.

Malgré ses handicaps, N.S. sera vraisemblablement propulsé au second tour de la prochaine présidentielle, où François Hollande devrait être son adversaire. Homme de consensus, pour ne pas dire franchement mollasson (la ligne politique du PS s’est caractérisée par une absence totale d’audace durant son secrétariat), manquant de pugnacité (son surnom est « Flamby »), la voix plutôt aiguë et chevrotante, doté d’un faciès affable, le candidat PS clairement dépourvu du charisme qui caractérise les Présidents habituels. Les sondages lui sont toutefois très favorables à l’instant où j’écris ces lignes (58% en cas de second tour face à Sarkozy d’après BVA). Comment interpréter la (probable) élection de François Hollande ? Evolution progressive de l’idée que se font les citoyens d’un chef d’Etat (on n’attend plus nécessairement une caricature de figure paternelle) ? Ou bien le candidat PS a-t-il juste la chance de connaître des circonstances favorables, avec une crise économique pénalisant le sortant, lequel est en outre doté d’une personnalité hautement antipathique ?

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