The Sperminator

(15/12/2011 by Mol)

Je discutais hier soir avec un ami autour de quelques sushis dans un restaurant japonais à Genève,  lorsque la conversation a dérivé du contenu de nos assiettes –des petits œufs de poisson orange fluo– à celui de nos testicules. Légèrement éméchés par l’absorption d’un demi-litre de bière Kirin, nous imaginions les cavités de nos gonades tapissées de caviar en ricanant grassement. Et puis mon ami s’est souvenu d’une conférence donnée à Harvard il y a quelques années devant un parterre d’étudiants hypnotisés, qui abordait la question du droit des femmes porteuses, locataires contractuelles de leur abdomen à celles qui ne pouvaient offrir à leur progéniture un environnement utérin digne de ce nom. Le conférencier soulignait ainsi les limites de ce type de contrat au regard du droit civil américain, et la possibilité pour les mères porteuses de refuser in fine de rendre aux mères génétiques le fruit de leur gestation.

Mon ami s’est alors souvenu d’une remarque émise par le conférencier, vers la fin de son cours magistral, évoquant la carrière d’escroc magnifique de Cecil Jacobson, probablement l’homo sapiens le plus accompli de notre époque. L’histoire remonte aux calendes, à la fin des années 70. Jacobson est alors un chercheur en médecine qui prétend avoir réussi à féconder des babouins mâles (sic) quelques années plus tôt, et dont la spécialité est désormais l’insémination artificielle chez l’espèce humaine. Il propose à toutes celles qui viennent le consulter le service de donneurs de sperme anonymes (beaux, grands, intelligents) afin qu’elles puissent accéder à l’accomplissement ultime de leur existence : la procréation. Sauf que Jakobson, un médecin un peu laid et un peu obèse, utilise sa propre semence pour féconder ses patientes.

En un peu plus de 10 ans, il va engrosser environ 75 femmes. A raison de trois doses par patiente (pour maximiser les chances de fécondation), et en considérant qu’une sur trois seulement a pu accéder à la maternité, cela nous fait 75 x 3 x 3 = 675 doses de sperme injectées dans environ 225 vagins non consentants (soit environ une branlette tous les 5 jours).

L’affaire a évidemment mal fini pour Jacobson, qui a été confondu dans un premier temps par la ressemblance troublante entre ses enfants et lui-même. Puis à travers un procès qui a abouti en 1992 à une peine de 5 ans de prison.

On peut toutefois dire que Jacobson a mieux que quiconque sur cette planète accompli sa mission biologique primordiale qui consiste à disséminer ses gènes aux quatre vents. Grâce à la technologie accouplée au désir de nombreuses femmes de se reproduire absolument, y compris si cela implique de se faire intromettre un corps étranger dans les parties (et à condition que celui-ci provienne d’un individu dont on aura choisi les caractéristiques à l’aune d’une grille de critères stéréotypés), grâce à cette conjonction inespérée donc, le grassouillet Jacobson, dont on imagine qu’il s’est mangé une série infinie de râteaux à l’adolescence, a pu transmettre son patrimoine génétique de manière bien plus efficace que ne le fera jamais Brad Pitt ou Barack Obama (il est d’ailleurs fort probable que d’ici 400 ans, un de ses descendants soit élu à la Maison Blanche).

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