Le raciste

(23/11/2013 by Artémise)

Il m’avait « réservée » pour la soirée. Un dîner, et puis ensuite… Je vais pas vous faire un dessin. Il est passé me prendre en voiture au lieu du rendez-vous, grand, corpulent, environ 30/35 ans. Le trajet pour nous rendre au restaurant était en fait bien plus long que ce qu’il m’avait assuré au préalable et nous avions largement le temps de « faire connaissance ». Lui de s’épancher complaisamment, moi de jouer mon rôle de poupée mécanique qui est ce qu’on attend d’elle. Il se disait grec, je le pensais plutôt d’origine turque, il n’avait pas d’accent et lâchait parfois quelques détails saugrenus sur ses origines. Le restaurant était en fait un club échangiste situé dans un bled paumé qui servait des repas sur réservation et dissimulait quelques activités de prostitution. Des hôtesses étaient régulièrement recrutées pour proposer des massages avec finition, et quand le personnel venait à manquer c’était la patronne, âgée d’une cinquantaine d’années, qui assurait le service sous l’œil complice de son mari. Je faisais ce qu’il me demandait, je donnais le change pour qu’on croit en nous voyant à un couple lambda. Les patrons n’étaient pas dupes mais l’orgueil de mon client lui permettait de croire que si. J’ai trouvé le trajet du retour affreusement long, la soirée avait été éprouvante pour moi même si la passe en elle-même n’avait duré qu’à peine dix minutes, un missionnaire laborieux et presque pas de préliminaires. Il se mettait à me parler des Noirs, de femmes Noires en particulier. Un copain à lui s’était fait arnaquer par l’une d’elles mais j’ai très vite compris qu’il parlait en fait de lui même. Il s’était fait pigeonner et sa rancœur n’avait apparemment aucune limite, ses déboires avaient ouvert la vanne d’un flot d’intolérance et de racisme primaire qui devaient croupir au fond de lui jusque là. Les Noires puaient, elles étaient manipulatrices, menteuses, voleuses, c’était « dans leurs gènes »… Il passait de l’indignation à la moquerie la plus crasse, la voiture roulait au milieu de nulle part et moi je me mordais la langue pour ne pas l’insulter. J’avais honte aussi, honte d’accepter d’être le réceptacle d’une telle merde idéologique, honte d’acquiescer quand il me le demandait parce que j’étais payée pour cela.

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Le pervers

(07/11/2013 by Artémise)

Il faisait nuit noire, le taxi m’a déposée devant l’enceinte du collège dont mon futur client est le concierge/homme à tout faire. C’est un homme maigre et passablement édenté qui m’ouvre la porte avant de me proposer de m’asseoir et de prendre un verre. Je suis venu pour un rdv « classique » d’une heure, une heure et demi maximum, mais il ne l’entend pas de cette oreille et je suis loin de chez moi, pas d’autre solution que de payer à nouveau 50 euros à un taxi pour repartir. Il veut parler. De lui, de moi, mais surtout de sa fille de 16 ans dont il me montre la chambre ainsi que des photos. « Elle est belle hein ? tu t’entendrais bien avec elle ». Il veut parler, longtemps, d’à quel point il aime sa fille, il veut aussi et surtout que je mette un de ses pyjamas. « Pour que tu sois plus à l’aise ». Je tente de refuser sous n’importe quel prétexte, d’embrayer sur le côté « physique » du rdv, rien n’y fait. Son truc, c’est que j’aille dans la salle de bain pour enfiler le t-shirt court et la culotte que sa fille met pour dormir quand elle est chez lui. Ce qu’il, veut c’est me voir vêtue comme cela pour me baiser. J’ai franchement la trouille, et c’est exactement pour cette raison que je m’exécute au lieu de tenter de me barrer. Il m’emmène dans sa chambre et tient à ce que je garde le t-shirt, imprégné du parfum de l’adolescente, pendant toute la durée de la passe. Et moi, je regarde ce père incestueux aller et venir entre mes cuisses complaisantes.

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Le Puceau

(06/11/2013 by Artémise)

On s’est retrouvés dans le bar d’un hôtel du centre ville, à prendre un verre ensemble avant de monter dans la chambre. Il avait l’air très jeune, bien plus que l’âge qu’il annonçait, et le reste de son discours (« j’ai une copine mais on se voit pas souvent ») n’était guère plus crédible. Fluet, les traits fins et délicats, timide et absolument passif. L’air d’un étudiant entretenu par des parents aisés. Aucune exigence particulière, tout à fait prêt à se contenter de ce que je voudrais bien lui « donner » malgré l’importance de la somme déboursée. C’était absurde, aucun de nous deux n’était à sa place dans cette chambre d’hôtel. J’ai fait semblant de croire à ses mensonges, ça fait partie du « job », en maudissant l’idée reçue moyenâgeuse qui voue aux gémonies les mecs puceaux, timides, inexpérimentés… Au point de trouver ça logique d’aller se faire dépuceler par une pross comme on irait se faire soigner chez le médecin d’une maladie honteuse. Après le rendez-vous je me suis sentie assez déprimée, assez mal à l’aise dans la peau d’une petite prol’ venant de dépuceler un gosse de riches paumé pour une poignée de billets.

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Automate

(05/11/2013 by Artémise)

Je l’entendais s’extasier sur mon ventre plat et mes 20 ans, la douceur de ma peau. Puis je l’ai vu ahaner sur mon corps, dans mon corps, en m’écrasant de tout son poids. J’avais du mal à respirer à cause de ma cage thoracique compressée et de l’abominable haleine qu’il me soufflait au visage. Je me concentrais sur ça, respirer et me retenir de hurler « arrête ! » en le repoussant. Il ne me serait même pas venu à l’esprit de lui demander de changer de position, ou à tout le moins de ne pas peser de tout son poids sur moi. Je voulais juste que ça se termine le plus vite possible, ne pas couper son excitation, qu’il jouisse. Je ne sais plus si il m’a baisée deux ou trois fois, par contre je me souviens bien du soulagement d’en avoir fini la première fois mêlé à l’angoisse de devoir m’y soumettre à nouveau. Pour moi, par la suite, ça a toujours été un problème de savoir exactement en quoi une passe allait être insupportable, ça explique en partie pourquoi j’ai toujours évité d’avoir des « habitués ». L’anticipation du truc me rendait dingue, ça se révoltait trop en moi. Je me sentais piégée et pleine de dégoût. Il a fallu que je sourie et que je lui fasse un brin de conversation. « Ca va ? ». « Oui ». Prononcé d’une voix douce, un petit oui suffisamment léger et serein pour donner le change. En réalité d’une extrême violence, celle que je me fais à moi-même pour arriver à le prononcer si bien et à y assortir l’expression de mon visage. J’ai refusé de me laver chez lui, d’utiliser ses produits, une de ses serviettes de bain… Et je suis rentrée chez moi comme un automate : absolument neutre en apparence, atrocement mortifiée jusqu’au plus profond de moi. 

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La première passe

(04/11/2013 by Artémise)

Je ne comptais pas le faire. Le contrat officieux était clair, faire « l’hôtesse » pour remplir le frigo et payer le plus urgent mais pas de sexe. A la fin de la deuxième bouteille de champagne j’étais ivre sur un canapé à l’étage, avec le client, un gros routier quinquagénaire. Il m’a proposé qu’on fasse un marché : au lieu de reprendre une autre bouteille, il préférait me donner l’argent directement en échange d’une pipe, au lieu d’une commission en buvant. Ma première passe. Je ne voulais pas. Il a insisté, encore et encore, j’ai réitéré mon refus. Je n’avais que vingt ans, j’étais dans la merde, je venais juste d’échouer dans le milieu des bars à hôtesses, tout ceci il le savait. Et puis il a sorti une grosse liasse de billets et me l’a tendu. « Prends, tu en as besoin, et en échange je ne te demande pas grand-chose. C’est une belle somme, bien supérieure aux tarifs en vigueurs, réfléchis au fait que tu risques de le regretter plus tard ». Je me suis retrouvée avec ce fric dans la main, j’ai hésité, pensé à ma situation, j’ai mis les billets dans ma bottine et je me suis exécutée en me disant façon leitmotiv « pourvu que ça finisse vite ». Ce soir là, en rentrant chez moi, j’ai vomi tout ce que je pouvais avant de me taillader les avant-bras à coups de lame de rasoir.

Encore aujourd’hui je ne suis sûre de rien, c’est-à-dire que je ne saurais affirmer en toute honnêteté que, sans ce mec, je ne me serais jamais prostituée.  

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Les lois qui tuent

(01/11/2013 by Artémise)

Pénaliser et harceler les personnes qui se prostituent (lois sur le racolage, entre autres, pour ceux qui n’auraient pas suivi) fait partie des actions gouvernementales à fourrer dans la liste des choses allant odieusement à l’encontre des droits de l’Homme et du devoir de solidarité le plus élémentaire. Face à deux protagonistes dont les intérêts s’opposent dans un rapport de force (définition d’un rapport commercial/salarial aujourd’hui en France) en l’occurrence putes vs clients, j’aurais tendance à préférer que la loi protège le plus vulnérable des deux.

savez-vous pourquoi cette illustration figure ici ? pour aucune raison valable

savez-vous pourquoi cette illustration figure ici ? pour aucune raison valable

Dans le cadre de la pross, quelle soit réglementée ou pas, le rapport commercial influence le comportement de l’acheteur qui va raisonner, grosso modo, comme tout consommateur lambda. C’est à dire qui ne voit pas forcément le mal à chercher à obtenir plus quitte à être “roublards ». Un consommateur averti ne « se fait pas avoir », « fait de bonnes affaires » et « obtient plus de satisfactions que la moyenne »… et pourra se dire qu’un doigt ou un baiser intrusif n’est ni un « vol de service », ni une agression, plutôt une sorte de tentative de négociation, d’obtenir du rab. Quelque chose d’anodin et qui fait partie du job. Contrairement à d’autres je ne crois pas que « prostitution=viol ». Je ne crois pas non plus que « prostitution=sexualité entre adultes libres et consentants » parce que même quand il s’agit effectivement d’adultes libres et consentants je doute qu’il s’agisse réellement de sexualité concernant ceux qui prennent l’argent (mais ceci mériterait d’être étayé). Par contre, je sais que la prostitution expose énormément aux viols, commis par la force, la menace ou le chantage, et l’on peut dire que les « dérapages » et autres « roublardises » des clients ne sont pas autre chose, d’un point de vue pénal, que des agressions sexuelles voire des viols par surprise.

Je suis plutôt d’accord avec le discours strassien pour remettre en question le fait d’amalgamer systématiquement les agresseurs des prostituées et leurs clients. Il est évident pour moi que bon nombres d’agressions sont le fait de prédateurs profitant de la possibilité d’établir un contact avec des cibles plus ou moins choisies parce qu’accessibles, et qui se font passer pour des clients qui volent, violent, frappent, tuent. Et puis qu’il y a des clients, des « vrais », qui abusent et violentent, profitent de leur statut de clients pour imposer, et engraissent principalement les macs, les dealers et les huissiers étant donné qu’ils ont une forte prédilection pour la facilité (je parlais plus haut de prédateurs, ici charognards serait plus approprié concernant leurs stratégies). Enfin il y a des clients qui respectent les termes du contrat et se contentent globalement de bonne grâce de ce que les putes leur proposent comme transaction (ce qui n’évacue pas toujours, loin de là, les risques de conséquences néfastes de l’activité sur les pross).

le projet de loi pénalisant les clients pourrait être plus dissuasif que prévu

le projet de loi pénalisant les clients pourrait être plus dissuasif que prévu

Ces derniers représentent principalement la clientèle que j’ai pu avoir lorsque je pouvais me permettre d’exercer un tri drastique, de ne pas négocier mes tarifs (pourtant élevés) ni mes pratiques (pourtant pas du tout représentatives de l’éventail courant des acronymes à cocher (GFE, FK, CIM, COB, etc)). A chaque fois ou presque que j’ai été dans l’urgence et/ou en situation de vulnérabilité j’ai eu affaire à la deuxième catégorie voir à la première (les prédateurs). Et nul besoin pour ça que les putes soient stigmatisées, les prédateurs et les clients abuseurs ne sont pas plus idiots que la moyenne. Ils comprennent très bien quelles opportunités de nuire leur offre le principe même de la prostitution. Ils comprennent aussi instinctivement comment les saisir. Il parait impossible de mettre les victimes potentielles efficacement hors de portée des malfaisants, à moins de les enfermer et de les mettre sous surveillance permanente (normalement c’est à ce moment là que quelqu’un a l’éclair de génie de beugler que la solution c’est de rouvrir les bordels. Sans commentaire.).

Pour que les pross puissent exercer avec le moins de contraintes possible, il ne parait pas forcément idiot que le législateur leur donne comme arme l’épée de Damoclès qui se trouverait au-dessus de la tête de chaque client : une loi pénalisant ces derniers. Et à mon avis c’est surtout pour ça qu’on entend si fort les hommes s’indigner au sujet de cette fameuse loi. Plus que la crainte de ne plus pouvoir avoir accès à la prostitution, qui n’est de toute façon pas fondée* (et puis merde, ils étaient où quand elle est passée la loi sur le racolage ???) c’est la conscience plus ou moins aïgue que cela modifierait le rapport de force qui est majoritairement en leur faveur au sein des transactions prostitutionnelles. On a pu constater que les lois sur le racolage n’ont fait de dégâts que sur certaines catégories précises de prostituées, et on sait aussi pourquoi. On sait à qui elle a donné du pouvoir (flics, prédateurs, macs, clients) et aux dépens de qui. On peut raisonnablement envisager que la loi de pénalisation ne fera au pire de « dégâts » que sur une catégorie bien précise d’individus : les clients.

On dit que la loi rendra la prostitution encore plus clandestine et donc plus dangereuse. C’est en tout cas ce que produit le fait de pénaliser les putes (et de « nettoyer » les centres villes), c’est vrai, en plus que d’acter qu’elles ne sont pas dans leur droit, contrairement aux clients, ce qui ajoute de gros facteurs de vulnérabilité au tableau. Premièrement, j’aimerais bien qu’on m’explique comment une loi qui pénalise non plus les putes mais leurs clients, pourra faire pire que celle effectuant l’exact inverse et qui n’a, même si les conséquences n’ont été que négatives, pas à ce que je sache fait migrer la prostitution dans des lieux inaccessibles tels que des maquis ou des forteresses souterraines. J’ai du mal à imaginer, aussi, comment la demande pourrait baisser du jour au lendemain au point que les (encore plus de) putes se retrouveront à mourir de faim (de froid, de crise de manque, du sida…), et soi-disant dans l’indifférence générale. J’ai encore jamais vu de loi ayant d’effets si foudroyants, quelle est donc la particularité de celle-ci ? A-t-on constaté cela en Suède, pays abolitionniste

Nicolas Bedos est formel : la prostitution canalise les comportements déviants. Ici, un jeune suédois rendu barjot par la loi abolitionniste

Nicolas Bedos est formel : la prostitution canalise les comportements déviants. Ici, un jeune suédois rendu barjot par la loi abolitionniste

La loi est cependant lacunaire car le volet social n’est pas assez étoffé. Les moyens ne peuvent découler que d’une volonté populaire qui ne surviendra que si l’on parle de la pross comme de ce qu’elle est : quelque chose de trop souvent destructeur, sans doute même intrinsèquement. Sans cette reconnaissance, aux antipodes du discours « c’est un métier comme un autre », il sera presque impossible de mobiliser la solidarité nécessaire à la protection des prostituées les plus vulnérables (qui se trouvent être aussi les plus nombreuses). La sensibilisation aux problèmes se trouvant en amont et et en aval de la prostitution est primordiale, celle des flics comme celle de l’opinion publique. En attendant l’avènement du fameux « empowerment » par le biais de la prostitution et l’effondrement du système-capitaliste-exploiteur il serait peut être bien de tenter de limiter le massacre, et pour cela on ne peut se permettre de minimiser la responsabilité des clients dans les violences subies par les pross. Ou alors, on est un Tartuffe.

* A vrai dire je ne crois absolument pas que l’application de la loi pénalisant les clients de la prostitution fera « disparaître » la prostitution. Et je ne pense pas non plus que son effet dissuasif/éducatif sera un minimum probant avant quelques décennies. Par contre ce que je pressent fortement c’est que, sur le lieu de la passe et au moment de la transaction, l’existence même de cette loi pourrait équilibrer le rapport de force en faveur des putes. Au moindre dérapage, et pour peu que les représentants de la force publique soient dûment formés, les clients pourront être dénoncés, et je pense que rien qu’à cette idée ils se poseront un peu plus la question du respect de l’autre. 

prédateur abolitionniste en goguette

prédateur abolitionniste en goguette

ALERTE ROUGE !!! Une rumeur circule sur les réseaux sociaux, au sujet d’un prédateur abolitionniste et manipulateur rôdant sur la toile. L’individu ciblerait principalement des putes en fragilité dans le but de les faire sortir du tapin. Je préconise la plus grande prudence, ainsi qu’une solidarité de circonstance. Il paraîtrait aussi que ses agissements seraient en grande partie à l’origine de la bouse des 343 salauds, à juste titre effrayés et scandalisés par tant de fourberie liberticide.

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Chronique du viol ordinaire

(30/08/2013 by Artémise)

«  Quand une porte a été enfoncée, ensuite c’est difficile de la tenir fermée.  » (une prostituée de quatorze ans, citée par Marro dans «  La puberté  » en 1902 et reprise par Beauvoir dans «  Le deuxième sexe  » volume deux)

« Il faut aussi savoir que beaucoup de filles abusée deviennent des salopes car elles n’ont plus de respect pour elles mêmes » (un player, cité sur Tweeter par l’Elfe, 2013)

player

Être en quelque sorte programmée pour servir, de temps à autre, de sac à foutre au premier clampin venu. A disposition, sans désir ni volonté, je fais de mon corps un objet. Je les touche et les embrasse le moins possible, en général je ne les suce pas ou alors mal, mécaniquement, sans plaisir. Je ne goûte pas leur peau et leurs odeurs ne me plaisent pas. Ils me répugnent, je les méprise. Pourtant je narrive pas toujours à résister à cette pulsion. Il marrive aussi de repousser en premier lieu des avances puis, finalement, de céder sous la contrainte en laissant le mec se branler dans mes chairs. C’est ce que je me permets de nommer un «  viol ordinaire » et c’est d’une affreuse banalité.

On peut établir un parallèle avec les pulsions boulimiques, ou encore l’automutilation, voire certaines formes de toxicomanie. A ceci près que la pulsion sexuelle morbide implique la plupart du temps un tiers, c’est-à-dire une volonté et des pulsions qui rentrent elles aussi dans le «  jeu  » et qu’il faut donc gérer, quand cela reste possible bien sûr… La prise de risque est évidente. Une boulimique, quand elle sent la pulsion satisfaite, arrête de manger et va se faire vomir. A ce moment-là les aliments ne continuent pas l’acte destructeur en pénétrant d’eux même, donc de force, son système digestif. Pareil pour la drogue, l’automutilation, etc. Quand une pulsion sexuelle morbide envoie le signal «  stop  » il est reçu par son hôte mais pas forcément par son «  partenaire  » qui, lui, peut avoir envie de passer outre. Et qui peut d’autant plus se le permettre qu’il sollicite alors la soumission d’une personne fragilisée et plus ou moins rompue à encaisser les violences sexuelles. Merveilleuse occasion pour les prédateurs de tous poils, assumés ou non (surtout ceux qui n’assument pas, je crois), que cette mise à disposition d’une intégrité écorchée dont la pulsion de mort s’inscrit autant dans l’ambiguïté : «  je suis d’accord pour te servir d’objet, mais à un moment je ne le suis plus.  » Un objet n’a pas de volonté ni de désir, il ne peut donc pas refuser de servir. En se positionnant en objet il faut presque un miracle, c’est-à-dire tomber sur (choisir…) une «  bonne  » personne, pour pouvoir espérer se faire considérer en sujet quand cela nous devient consciemment nécessaire.

exemple de prédateur sexuel incapable de différer l'actualisation pulsionnelle

exemple de prédateur sexuel incapable de différer l’actualisation pulsionnelle

Quand finalement je me laisse faire, silencieuse et immobile, parfaitement passive, ce «  consentement  » pèse plus lourd sur la balance que les multiples refus explicites qui l’ont précédés (verbaux et physiques). Et le fait de céder suite à une contrainte physique (il me retient fermement et me pénètre alors que je tente encore de le repousser) est jugé par lui comme acceptable, c’est-à-dire «  normal  ». «  Céder n’est pas consentir  ». Les hommes qui m’ont violée (ou ont tenté de le faire) n’ont apparemment pas été éduqués dans ce sens. Faut-il hurler, griffer, frapper ? Un homme capable de maintenir une femme pour la pénétrer prendra conscience de la gravité de cet acte et cessera si sa victime se défend plus ? Il n’y a pas de mode d’emploi miracle mais force est de reconnaître que se débattre peut avoir des conséquences autres que le but initial : exciter l’agresseur, provoquer les coups, voire l’étouffement (surtout pour les cris, on peut se retrouver à ne plus pouvoir respirer sous la main ou la bouche du violeur). D’un autre côté, il y a ces horribles histoires où l’on s’aperçoit qu’un violeur en série a fait de nombreuses victimes et que la seule qui ait réussi à échapper à l’agression est celle qui, passant outre la peur du couteau avec lequel il les menaçait, s’est défendue en le frappant et en hurlant. Il y a toujours ces questions : «  pourquoi tu n’as pas frappé/crié  ?  », «  Pourquoi tu ne t’es pas laissée faire pour éviter les coups  ?  ».

Mmmh certes, faudrait penser, au moment de l’agression, à demander au violeur : «  Minute mec, excuse-moi de t’interrompre mais j’ai une question. Si je hurle et/ou me débat plus fort, si je te frappe, tu :

a. me cogneras 

b. m’étrangleras 

c. me lâcheras  »

Puis agir en fonction de la réponse qu’il ne manquera pas de nous donner avec la plus grande sincérité. Précisez toutefois, afin de lui éviter un embarrassant dilemme, que le choix des réponses n’est pas restrictif et que a et b sont éventuellement cumulables.

A titre personnel, la question que j’ai envie d’entendre posée ne s’adresse pas aux victimes : «  Pourquoi l’avoir pénétrée alors qu’elle refusait au début et qu’elle a fini par faire la morte pendant que tu la tenais   ?  ».

Cependant, je crois que ce qui se joue là va aussi au-delà de la peur des coups. Pour ma part, et dans les cas de viols ordinaires, je cessais de me débattre à partir du moment où la pénétration n’avait pas réussi à être évitée. Pourquoi ? La première fois j’étais complètement tétanisée par la douleur et la surprise, paralysée par le choc, mais les autres fois ? Je n’en suis pas certaine mais j’ai l’impression que je rejouais inconsciemment, par réflexe, ce premier viol. Que mon corps et mon psychisme avaient gardé l’empreinte de cette réaction, parfaite immobilité et silence total, attendre que ça passe en se détachant au maximum de ses sensations corporelles. Les violeurs ne se contentent pas de jouir dans un ventre, un orifice, ils éjaculent aussi, plus ou moins abondamment, dans le psychisme de leur victime (laisser une trace, une empreinte, une emprise, service après vente de la domination par la violence sexuelle). Avec à la clef le Syndrome de Stockholm, qui se déploie lorsqu’on intériorise le regard et le ressenti de l’agresseur.

Il en est de même, je pense, pour les prises de risques, la plupart du temps parfaitement conscientes. Choisir de suivre, de laisser rentrer chez moi, de se retrouver en tête à tête avec un individu alors même que mon intuition décryptait clairement des signaux de danger.

La culpabilité s’est délitée au fil du temps et au profit de la responsabilité, prendre conscience de cette tendance à me positionner comme proie, cette pulsion que longtemps je n’ai su/voulu identifier et contre laquelle je ne pouvais donc pas lutter. La distinction sémantique entre culpabilité et responsabilité me paraît essentielle dans un processus de résilience. Il y a une grande différence, ainsi qu’un lien étroit, entre la responsabilité et la culpabilité. Nier ma part de responsabilité, laisser la part belle au déni, c’était me condamner à reproduire inlassablement ce « besoin » de mise en danger et cette passivité dans l’agression.

La responsabilité, qui permet de retrouver un statut de sujet, se substitue à la culpabilité qui elle, provoque/empire les pulsions mortifères. Lorsque j’estime inconsciemment mériter du mal, je fais tout pour provoquer ma mise en danger. Culpabilité qui, dans mon cas précis (et peut-être bien d’autres) provient de tout à fait autre chose que le contexte socio-culturel. J’ai ressenti la culpabilité bien avant d’avoir caractérisé mon premier viol comme tel (processus qui a pris des années). Par conséquent, quelle peut en être l’origine ?

A bien y réfléchir, je crois qu’elle trouve aussi sa source en grande partie dans la jouissance du violeur. Les regards extérieurs, les jugements négatifs vis-à-vis de la victime ne font que la rendre plus aiguë, elle est déjà là et ce dès l’agression. Il est courant de se sentir coupable d’avoir été agressé, mais dans le cas du viol c’est bien pire  : on a «  pas su  » se défendre et en plus, on a «  donné  » du plaisir, un orgasme, à notre agresseur. Le plaisir sexuel de l’agresseur (ressenti par la victime, donc réel ou fantasmé par l’agresseur) pose la différence fondamentale entre une violence ordinaire et une violence sexuelle, ce qui explique probablement, au moins en partie, que le viol soit plus traumatisant et culpabilisant. Et le déni est une conséquence courante du traumatisme et de cette culpabilité.

l'éducation conditionne grandement le fonctionnement sexuel

l’éducation conditionne grandement le fonctionnement sexuel

Il est selon moi idiot, et même carrément contre-productif, de prétendre qu’un viol n’a rien à voir avec du sexe selon l’agresseur. Là, je ne me base pas sur la définition saine, donc souhaitable, de ce que devrait être le sexe (désir mutuel + rapport consenti) mais sur le fonctionnement et le ressenti de l’agresseur. Je le fais aussi et surtout parce qu’ils déteignent souvent dangereusement sur ceux des victimes (et c’est parfaitement transposable au rapport prostitutionnel). L’agresseur est aussi et peut être même avant tout à la recherche d’une jouissance génitale, qu’il l’obtienne ou non ne change pas grand-chose à sa motivation originelle. Que sa libido s’épanouisse dans la domination et la violence n’est pas du tout antithétique avec cette vision et ce ressenti de l’agresseur  : il a eu un rapport sexuel. (culpabilité de la victime en lien avec le plaisir de son bourreau  : la victime ne s’y trompe pas, il y a bel et bien eu du sexe pour lui).

J’ai l’impression que l’inconnu, que ce soit la pratique sexuelle ou celui qui l’impose, est un facteur déclenchant plus de réactions d’auto-défense. Dans mon lexique, le «  viol ordinaire  » est commis par un individu faisant partie de l’entourage, éventuellement un amant passé ou présent, qui nous force à un acte sexuel que l’on a déjà pratiqué par le passé, ou en tout cas que l’on ne considère pas comme   particulièrement tabou  dans notre sexualité. Et les stats sont formelles, le viol ordinaire est largement le plus répandu. Je crois bien que c’est aussi ceux pour lesquelles les victimes déposent le moins de plaintes. Et je vais jusqu’à penser que c’est notamment ceux pendant lesquelles les victimes se défendent le moins…

J’ai pu identifier quelques traits psychologiques souvent communs aux violeurs du dimanche. Il s’agit de personnes égocentriques, habituées à prendre leurs désirs comme des impératifs souverains, idéalisant volontiers leur propre valeur et donc plutôt réfractaires à la remise en question. J’ai notamment pu constater qu’ils étaient plus ou moins choyés par leur mère, dont on peut dire qu’elle les déifiait, et qu’ils n’hésitaient pas à tyranniser à la moindre occasion. Ils ont tendance à envisager le monde comme un champ de bataille, le théâtre d’un rapport de force permanent. Certains mêmes excellent dans la séduction, puisque, hélas, celle-ci procède trop souvent d’une logique de pouvoir. Ce sont des hommes qui croient que tout leur est dû, peu habitués à fonctionner sur le partage. Selon eux, le sexe représente avant tout un corps féminin qu’on «  obtient  ».

«  Obtenir  » du sexe… Mais que recouvre exactement cette notion ? La croyance qu’au fond, le sexe se mérite (par la conquête, la transaction, la pression, etc). Les moins malfaisants d’entre eux se contentent de flatter la couenne de leur cible ou encore d’acheter son consentement par une monnaie «  symbolique  ». Comme par exemple le Poire décrit par l’Elfe, qui tente d’échanger une gentillesse purement intéressée contre un peu de sexe. «  Mériter  » et «  obtenir  » du sexe ne désignent pas exactement la même chose. Et la distinction est subtile. A tel point qu’elle finit parfois par s’estomper… Il n’est pas si difficile de basculer d’un «  je manipule pour baiser  » à un «  je force un peu pour baiser  ».

le célèbre Poire s'est tourné vers le body-building afin d'emballer Cerise

le célèbre Poire s’est tourné vers le body-building afin d’emballer Cerise

Messieurs, vous voulez savoir comment être sûrs de ne pas violer ? Soyez attentifs, non seulement aux paroles, mais aussi au langage corporel de la personne que vous désirez. Parce que celle-ci ne vous désire pas forcément, a fortiori si elle dit «  non  », «  arrête  », «  j’ai pas envie  »… Oui si elle se crispe, si son regard exprime de la crainte, un malaise, si son bassin esquisse des mouvements pour éviter la pénétration et que cela ne fait pas partie d’un jeu complice clairement défini… Bref, ne «  séduisez pas comme Kamal  » si vous ne voulez pas devenir un violeur du dimanche. Vous croyez vraiment, sincèrement, que le désir est une chose si mystérieuse et versatile qu’il est impossible de s’en assurer pleinement ? Vous, vous avez la certitude que le vôtre est bien présent et vous l’exprimez. Quelle est donc cette fondamentale différence qui fera que vous ne prendrez pas au sérieux l’expression de son absence chez votre partenaire ? J’ai ma petite idée là-dessus : il s’agit de votre égoïsme, votre manque d’empathie, votre refus d’avoir à contenir vos pulsions ainsi que votre vision glauquissime et mortifère de ce qu’est un rapport sexuel. Travaillez donc là-dessus au lieu de vous demander quelles sont les meilleures techniques pour arriver à vos fins, c’est à dire réussir à baiser des femmes qui ne vous désirent fondamentalement pas. J’ai envie de vous dire que cela vous permettra d’éviter la prison, mais c’est malheureusement souvent faux, dans la majorité des cas cela évite juste de devenir un violeur en liberté…

NDSpermufle : il m’arrive souvent de discuter avec des homologues masculins qui, en présence d’une femme telle qu’Artémise, ont tendance à raisonner selon le principe « Elle avait qu’à pas dire oui, après tout, c’est une adulte et elle sait ce qu’elle fait ; si elle a des problèmes, qu’elle s’en prenne d’abord à elle-même au lieu de se plaindre d’autrui » (le même refrain est d’ailleurs employé s’agissant de la prostitution « librement consentie » et de son caractère destructeur). J’espère que de tels individus n’expérimenteront jamais la dépression nerveuse, état psychique dans lequel des comportements aberrants peuvent se produire en contradiction totale avec la volonté consciente. Sans quoi ils seront mal placés pour grogner face à quiconque exigerait qu’ils se « sortent les doigts du fondement ». J’espère également que ces individus ne croiseront jamais la route d’un patron tyrannique, voire authentiquement psychopathe. Sans quoi ils ne seront pas du tout fondés à se plaindre de leur sort. « Bah quoi, t’as qu’à te faire respecter, ou alors changer de boulot, quand on veut on peut dans la vie ! ». J’espère aussi que de tels individus ne militent pas bruyamment contre la domination de tel groupe sur un autre (les Blancs sur les Noirs, les Israéliens sur les Palestiniens, etc). Car leurs beaux discours entreraient en contradiction flagrante avec leur vision des femmes et de la sexualité, qui repose sur le très libéral « Chacun sa merde et après moi le déluge », unevision souvent légitimée par l’invocation d’une sorte de Loi Naturelle, intangible, sur laquelle l’éducation aurait peu de prise. Le problème est que la « Nature » est sans pitié, elle ne laisse aucune alternative aux rapports de domination et broie impitoyablement les faibles. Qu’on y songe avant de trouver parfaitement légitime d’avoir le cœur à Gauche et la bite (ou le vagin) à l’Extrême-Droite.

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